Viens, je t’emmène en Mongolie. Déjà, parce que c’est beaucoup plus sympa maintenant qu’il y a 900 ans, quand Gengis Khan faisait des barbecues humains dans les steppes et jouait à Risk, niveau expert. Et aussi parce que c’est l’un des rares pays où les nomades vivent encore à l’ancienne, sans eau courante et sans UberEat.
Oulan-Bator : la capitale qui ne sera jamais sur Insta
Après mon premier raid au Guatemala, j’ai repris mes bâtons nordiques direction la Mongolie. À la sortie de l’avion, le coup de foudre n’est pas immédiat. La capitale, Oulan-Bator, c’est un peu… comment dire ? Sarcelles. En pire. Avec une série de bâtiments du plus pur style soviétique avant la chute du mur. Niveau attractions touristiques, c’est vite fait : un musée tout neuf dédié à Gengis Khan, le Napoléon local, et… euh… c’est tout. Même TripAdvisor a baissé les bras. Bref, la vraie Mongolie commence dès que tu fuis la capitale, direction les steppes.
Gengis Khan, le king des steppes
Contrairement à son cousin, Dominique Strauss, Gengis Khan est une figure vénérée dans le pays. Une statue monumentale de LA star nationale trône dans son musée, avec interdiction absolue de lui tourner le dos. Tu sors de la pièce en reculant. Sinon, tu as aussi une version Guy Degrenne en extérieur. Un Gengis Khan en acier de 30 mètres de haut, sur son fougueux destrier, situé dans un parc à une encablure d’Oulan-Bator. Ce mec est tellement respecté qu’il pourrait avoir sa série Netflix en 10 saisons. En même temps, Gengis Khan a laissé sa trace dans notre monde puisqu’on estime qu’un homme sur 200 est son descendant direct (0,5% de la population). Respect.
Des steppes aussi vides que ton frigo un dimanche soir
La Mongolie, c’est 3,5 millions d’habitants sur un territoire trois fois plus grand que la France. Autant te dire que tu peux danser la Macarena sans croiser personne pendant trois jours. Par contre, tu croises des yaks à tire-larigot, d’énormes troupeaux de chèvres et de moutons, des hordes de chevaux et même des chameaux qui te jugent en silence. Honnêtement, on pourrait en importer en France, histoire de relancer la filière bio et les soirées raclette.
Le pays où tu te couches habillé(e)
Très vite, je comprends que la Mongolie, c’est le pays du « Toc Toc Toc » version hardcore :
— Toc toc toc.
— Qui est là ?
— Jésus.
— Jésus qui ?
— Jésuperfroid, dépêche-toi d’ouvrir !
La nuit, ça caille sévère. Sous zéro, même en été. Du coup, tu t’habilles SOUS la couette si tu veux garder tes dix orteils. La yourte a bien un poêle à bois, mais il faut se lever en pleine nuit pour le recharger. Spoiler : personne ne se lève. Résultat : le feu s’éteint, et toi tu réalises que sans lui, t’es un peu en misère intergalactique. Mais comment qu’ils ont fait les premiers Hommes, hein ?
Étape 1 : la marche (presque) tranquille
Premier jour du raid (sur cinq). L’heure n’est pas à la rigolade : le nez gelé, j’enfile mon legging glacé, trois couches de vestes, et je fonce au bloc sanitaire non chauffé pour un pipi express qui fume, littéralement. Classe. Petit-déj expédié en sept minutes chrono : toasts au beurre de yak et café soluble. Départ à 7h30, température négative sous un ciel qui ressemble à celui de la Côte d’Azur, le traître.
Leçon N°1 :
Toujours privilégier les destinations chaudes car, c’est bien connu, l’effort est bien moins pénible au soleil.
Le programme : 25 kilomètres à parcourir entre quatre et cinq heures. C’est long. Très long. Surtout quand on foule le sable du mini-Gobi. Dès les premiers mètres, je respire comme un Dark Vador asthmatique. Les premières du groupe filent devant moi, légères comme des gazelles. Moi, je décide de ralentir et de passer en mode COP21 : rythme soutenable. Je papote donc avec Véro, ma copine, Ambiance « terrasse de café », mode espresso, avec le soleil qui nous fait l’honneur de sa présence. On s’arrête même pour prendre des photos. À l’arrivée, Sylvie, la co-organisatrice du raid, me glisse qu’en bavardant moins j’avancerais plus vite. Mais où serait le fun ? Son regard d’adjudant-chef me dit clairement qu’elle trouve pas ça drôle. Message reçu cinq sur cinq.
Étape 2 : l’art subtil de souffrir moins longtemps
Le lendemain, je fais ce que Sylvie-la-Cheffe a dit. Je passe en mode warrior et je rattrape Juliette, mon autre copine, qui caracole avec l’énergie d’un lapin Duracell sous stéroïdes. Il faut dire qu’un vent venu tout droit de la Reine des Neiges nous balance un ressenti de -50°. Résultat : je crache mes poumons … mais au moins j’ai chaud. Et surtout, je retrouve plus vite z’Homme, qui lui, court la distance en deux heures trente. Deux. Heures. Trente. J’suis dègue.
Leçon N°2 :
Toujours écouter la cheffe, même quand t’as envie de lui lancer ton bâton de marche à la figure.
Évidemment, le problème avec le sport, c’est que tu sues, donc tu pues. Heureusement, le staff a tout prévu : de petites tentes-douches sont installées à l’arrivée. Sauf que l’eau est glacée. Se laver dans ces conditions, c’est comprendre de l’intérieur pourquoi le ballon d’eau chaude est l’une des plus belles inventions de l’humanité. Promis, je ne critiquerai plus jamais EDF.
Étape 3 : la marche (presque) facile
Nous voilà dans la vallée de l’Orkhon, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO. Et là, waouh. Vraiment waouh. Des paysages à couper le souffle, avec des edelweiss comme dans les alpages suisses… sans les chalets, ni la fondue. Cette étape est entièrement en descente, sur un terrain volcanique né d’un mélange de tremblements de terre et d’éruptions. Traduction : des rochers acérés qui veulent ta mort et des pierres volcaniques façon Jurassic Park, avec les yaks à la place des dinosaures. On longe la rivière de l’Orkhon sur une bonne partie du parcours. Et là, miracle : je boucle l’étape en 3h35. Du jamais vu !
À l’arrivée, certains courageux se rafraîchissent dans la rivière. Je décline poliment.
Déjà que l’eau du robinet est glacée, alors la rivière… autant rentrer dans un congélateur de chez Picard.
Leçon N°3 :
Toujours choisir un terrain en pente. Parce que la gravité, c’est gratuit et ça bosse pour toi.
Partout, le paysage est immense avec des yourtes posées ici et là, comme des camemberts géants. Et surtout : des animaux. Beaucoup. Vraiment beaucoup. 70 millions de bêtes pour 3,5 millions d’habitants. C’est simple, en Mongolie, les chèvres ont plus de droits syndicaux que toi, parce que le cachemire rapporte un max, la viande est la base de l’alimentation et les légumes… ben… ils n’ont pas encore été invités à la fête. Bref, si t’es végétarien(ne), prévois de mettre des brocolis dans ta valise.
Interlude : journée de repos (enfin, presque)
Sur la route, on s’arrête chez des familles nomades dans leurs yourtes — ou plutôt leurs ger (parce que visiblement, « yourte », c’est trop mainstream). Et là, initiation express à la gastronomie locale : lait de jument fermenté, beurre rance, yaourt acidulé … Autant te dire que si les produits laitiers sont leurs amis pour la vie, mes intestins, eux, ont demandé l’asile politique direct. Je sais, c’est laid.
Pour nous plonger dans la culture mongole, le staff nous a offert une journée de pause, l’occasion de découvrir le Besreg Naadam, une fête traditionnelle qui a lieu mi-juillet. Au programme : des gamins qui montent à cheval comme s’ils étaient nés dessus, des femmes qui tirent à l’arc à 65 mètres de distance en mode badass et des hommes qui pratiquent la lutte en se tapant sur les fesses. Bref, le triathlon mongol, sans médailles ni podium.
Puisqu’on est logés juste à côté des sources chaudes de Tsagaan Sum-Temple, on s’y plonge comme des raviolis dans un bouillon fumant. À mon avis, le staff avait tout prévu : après plusieurs jours de raid, il fallait bien qu’on se décrasse correctement. Vu l’odeur dans le bus, c’est clairement un service rendu à l’humanité.
Étape 4 : la trop trop dure
Dans tout raid, il y a toujours une étape qui pique sa mère. Eh bien… c’est celle-là. Une première partie très vallonnée, où chaque montée te fait reconsidérer tes choix de vie, y compris celui d’avoir signé pour ce raid. Puis vient une deuxième partie plus « roulante »… enfin, façon de parler, parce qu’il y a quand même quelques bonnes côtes pour te rappeler que, dans un raid, la souffrance est une constante. Au total : 750 mètres de dénivelé positif. C’est simple, je me retrouve face à une colline qui ressemble à une piste de ski, mais sans tire-fesses ni chalet pour boire un vin chaud en haut.
Leçon N°4 :
Avant une étape difficile, feindre l’entorse pour faire l’étape en voiture.
Quand je ne suis pas au bout de ma vie, je prends le temps de regarder autour de moi. Et là, la carte postale romantique du berger des steppes sur son cheval avec son long bâton, tu oublies. Aujourd’hui, les bergers sont à moto et les nomades en UAZ, ces fourgonnettes russes increvables qui passent absolument partout. Il faut dire que le bitume, en Mongolie, c’est un peu comme le Wi-Fi dans une yourte : rare et précieux. Dans les régions reculées — c’est-à-dire à peu près tout le pays — il n’y a que des pistes. Et parfois… même pas de piste du tout. Juste un nomade qui t’indique vaguement la route : « Tout droit, puis à gauche après le gros caillou. ». Pratique.
Étape 5 : la dernière
Elle ne pouvait pas arriver assez vite, celle-là. Te dire que j’en ai ras les gutuls – les bottes mongoles – est un doux euphémisme. Aussi beau que soit ce pays, je commence à en avoir marre de me lever au sifflet, d’avaler mon petit déj’ en mode speed eating et de partir en trombe pour parcourir Mongolie Land. Pourtant, l’étape d’aujourd’hui me réserve quelques surprises : nous traversons notamment une forêt de sapins qui me rappelle les Vosges… sans les fermes-auberges et leurs tartes aux myrtilles. (Soupir.)
Leçon N°5 :
Ne pas dépasser les 5 étapes de marche rapide. Après, tu commences à parler aux yaks.
Dans le groupe, l’ambiance est au top. Normal : rien de tel qu’une bonne hypothermie pour créer du lien. Mais le clou du raid, c’est la soirée de remise des prix, après cette cinquième et dernière étape. C’est le moment où tout le monde lâche prise, façon Koh-Lanta après l’épreuve des poteaux. Z’Homme monte sur le podium, je verse une larmichette et plusieurs larmes de vodka-orange dans mon verre. Très vite, nos chakras sont tellement ouverts que z’Homme veut planter une yourte dans le jardin et moi je parle d’adopter un yak (et de l’appeler Patrick). Certain(e)s finissent par danser sur les tables, ambiance mariage breton sous vodka, ce qui ne choque absolument personne. Tant pis si on a mal aux cheveux au réveil, le jeu en vaut la chandelle.
De retour en France, quand tes potes te racontent leurs vacances en Espagne ou en Thaïlande, tu les écoutes puis tu lâches : « Moi, j’ai parcouru 125 km en cinq jours, à marcher comme une dératée dans le froid et le vent avec des yaks. Best. Voyage. Ever. »
Et là, silence gêné. On te ressert un mojito en te tapant sur l’épaule. Et on te glisse un regard qui dit : « Ok… elle est rentrée vivante, mais pas entière. »
PS : si je t’ai donné envie d’aller en Mongolie, je te recommande chaudement les réceptifs qui ont brillamment orchestré notre voyage : Perle de ALTAÏ MONGOLIE AVENTURE et Wladimir de.UURGA MONGOLIE Sans oublier tout le staff de COURSE AUTOUR DU MONDE, Patrick et Sylvie Roblin en tête.s





J’adore je suis totalement fan. Bises à vous deux
Merci pour ton gentil commentaire et à bientôt pour de nouvelles aventures!
Barbara
Tellement drôle, merci pour ce partage !
J’ai hâte de converser avec toi de mon aventure en Mongolie avec les chamanes.
Je me suis fait un petit carnet de voyage !
C’est une chouette idée de le partager !
Bises
Avec plaisir ma chère Fabienne !
Barbara
Bravo!
J’adore . Sans oublier notre masseur renifleur et son podcast en Mongole !
Oh ouiii j’avais complètement zappé ce grand moment du massage !!!
Finalement, je ne sais pas encore si je regrette ou pas de ne pas y être allée. Là, j’ai bien rigolé en te lisant mais en live, j’ai des doutes.
Oui, mais n’oublie pas que je suis parfois de très mauvaise foi :-))