J’ai parfois du mal à imaginer nos greffons exercer un métier. Moi qui les vois glander à longueur de samedi-dimanche et se lever en début d’après-midi toutes les vacances scolaires, comment les imaginer au boulot ? Taffer, eux ? Mouahahaa. Tu imagines notre surprise quand Louloute nous déclare qu’elle veut s’inscrire en école d’inf’ sur Parcours Sup’. Z’Homme et moi on décide de tester sa motivation.

« Gné ? Toi, infirmière ? Mais … tu vas beaucoup, mais alors VRAIMENT BEAUCOUP bosser », je lui dis.

Et je me retiens d’ajouter que ça s’accorde difficilement avec les expressions « j’ai trop la flemme » ou « t’inquiète ».

« Tu auras aussi droit à des horaires de misère » ajoute Z’Homme

« Et des permanences le week-end », je souligne, histoire de lui montrer que j’ai bossé le dossier.

Louloute lève les yeux au ciel :
« Oui, tout ça pour un SMIC amélioré … sauf si je me mets en libérale. »

Je choisis la minute de vérité :
«  Mais dans ce cas, t’es partie pour 60 visites-jour chez les particuliers, à faire des glycémies, des prise de sang, des poses de poches et des pansements en quelques minutes, bonjour madame, au-revoir monsieur. En plus tu te coltines l’administratif à la française après une journée de travail éreintante … j’ai peur que tu sois vite au bout de la roulette ma fille ! »

« On dit pas « au bout du rouleau » ma chérie ? » demande Z’Homme, pensif.

« Oui, enfin, Louloute m’a comprise. Bosser presque 7 jours sur 24, c’est pas rien tout de même ! ».

« Tu veux dire 7 jours sur 7 ? » questionne Z’homme, inquiet.

« C’est exactement c’que je viens de dire. Et pis ta peur des piquouses, t’en fais quoi ? Toi qui fais même pas un don du sang, de peur de tourner de l’œil …»

« Rhooo t’abuses. De toutes façons je serai de l’autre côté de l’aiguille, alors c’est pas pareil » réplique Louloute

Z’Homme décide de détendre un peu l’atmosphère :
« Tu connais la blague ? Si à l’hôpital tu vois une infirmière avec un thermomètre rectal sur l’oreille, dis-toi qu’il y a un patient avec un stylo dans le *** ! »

Je lâche un sourire pour faire genre MDRR, mais j’en reviens vite au sujet brûlant du jour : l’orientation de Louloute sur Parcours Sup’.
« Enfin tu réalises quand même que c’est le seul métier du monde qui t’oblige à t’habiller moche mais VRAIMENT MOCHE pour aller bosser ? On est loin, mais TRÈS loin, du cliché de l’infirmière sexy avec option Pole Dance »

Z’Homme relève la tête.
Louloute re-lève les yeux (au ciel) :
« T’es vraiment reloue, on dirait papa et ses commentaires sexistes ! »

Z’Homme proteste :
« Eh oh, j’ai rien dit moi ! Bon maintenant, si tu pouvais te trouver un médecin… »

CQFD.

Unies dans l’adversité, Louloute et moi on le dévisage :
« T’es sérieux papa ?  Déjà que les médecins se prennent pour Dieu et se la pètent pendant que les inf’ se coltinent tout le sale boulot … non merci ! »

Je lâche pas l’affaire :
«  Pour en revenir à la tenue, tu vas devoir porter d’horribles crocs ou des chaussures orthopédiques, t’es au courant ?  »

Louloute est exaspérée :
« M’enfin, maman, on choisit pas son métier sur la tenue vestimentaire ! Tu t’es vue toi ? T’es toute la journée en tenue de traductrice-auteure-blogueuse, c’est pas glam’ non plus ! »

Louloute veut dire par là jogging et t-shirt dépareillés. Généralement boulochés. Et parfois déteints. En tout cas pas classe. Le coup est bas.

Et z’Homme enfonce le coup – enfin le clou :
« M’en parle pas. Des fois je sais plus si elle se couche avec ses vêtements ou si elle travaille en pyjama. »

Je m’apprête à lui parler de son peignoir favori, dans lequel il traîne quand il n’a pas de rendez-vous client, mais Louloute s’exclame :
« Nan mais franchement ! On dirait que vous avez quelque chose contre le métier d’infirmière ? Y’a d’autres parents, y seraient fiers que leur fille soit inf’ !!! »

Je grommelle :
« Nan c’est pas ça, j’ai juste peur que tu tiennes pas le coup. C’est un métier dur, voilà, c’est tout. »
Et je me retiens de dire qu’il s’accorde difficilement avec les soirées arrosées et les  « on verra demain ».

Cela dit, « demain » est arrivé plus vite qu’on ne le pense et on a bien vu : elle a été prise en école d’inf’ ET le Covid a débarqué.

Commentaire de z’Homme :
« Elle nous a assez dit qu’elle avait le virus de la profession. C’est le moment de le prouver. »
Pas faux.

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