Des Gaulois en Égypte

par Barbara | 31 Oct 2025 | Voyages

Avant, pour moi, l’Égypte se résumait aux pyramides, au Nil, à Toutânkhamon et bien sûr aux répliques cultes d’Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, la base quoi. Maintenant que j’en reviens, c’est toujours ça… mais en version immersive, avec les orteils ensablés et le soleil façon Dolby Surround.

 

Pour fêter son passage dans une nouvelle décennie, notre pote Frantzi (dit Magnétix), frère cosmique de z’Homme (dit Meilleuramix), a lancé « qui vient avec moi en Égypte ? ». En compagnie d’autres irréductibles Gaulois proches de Frantzi, Piou-Piou, z’Homme et moi avons répondu présents. Piou-Piou, parce que voyager tous frais payés par les darons, ça se refuse pas ; z’Homme, parce que « pharaon » rime avec « plongeon » et moi… parce que c’était sur ma liste des «  top spots à voir avant de mourir ». Autant s’y prendre à temps, on n’est jamais trop prudente.

On a commencé par Le Caire. Une ville aussi polluée qu’embouteillée, avec suffisamment de particules fines pour transformer tes poumons en cendrier. Mais bon… tu veux voir les pyramides, ou bien ? Spoiler : elles sont littéralement collées à la ville — ou plutôt, la ville s’est incrustée jusqu’à leur base, ou presque. Résultat : tu t’imagines un désert mystique, silence, dunes et chameaux, tu te retrouves dans la queue du Silver Star à Europa Park avec vendeurs de souvenirs et rabatteurs : « camel selfie, Madame Jacqueline ? »

Une fois sur le site, t’as l’impression d’être dans une partie de Tetris géant. Prends Khéops, la première (et seule rescapée) des Sept Merveilles du monde. 2,3 millions de blocs de pierre, parfaitement alignés, transportés on ne sait comment, hissés on ne sait par qui, avec une précision qui ferait pleurer un ingénieur de la NASA. Cerise sur le sarcophage : toutes les proportions tombent pile-poil sur le nombre d’or ou pi.

Les chercheurs qui ont tenté de la reproduire avec nos technologies actuelles se sont pris un échec cuisant. En vrai, personne ne sait comment elle a été construite ni même pourquoi. Le supposé tombeau de Khéops, planqué au centre, était vide quand on l’a découvert — sans qu’il ait été pillé. Et ce sarcophage, modeste bloc de granit de plusieurs tonnes, ne pouvait même pas passer par l’étroit (et unique) couloir menant à l’intérieur. Donc quoi, ils ont bâti la pyramide autour du truc ? On nage entre théorie scientifique, fiction ésotérique et casse-tête IKEA niveau divinité. De quoi coller une migraine au sphinx. Mon hypothèse préférée ? Des géants de l’Atlantide en RTT ce jour-là, auraient attrapé chaque bloc comme un bout de bois et monté le tout façon Kapla. Sans niveau à bulles ni plan. Ça claque et ça évite 2 000 ans de débats scientifiques. Et hop, une pyramide !

Sinon, l’Égypte, c’est aussi des temples, des tombeaux et la mythologie la plus complexe du monde. Un enfer. Question cruauté, on est sur du niveau « ne les énerve pas », sinon tu finis découpé(e) en morceaux, réassemblé(e), maudit(e) et recyclé(e) en momie. D’ailleurs y’a qu’à les regarder : avec leurs têtes d’animaux, ils font clairement flipper. Nous, les chrétiens, on s’agenouille devant un gars qui s’habille avec un bout de drap tout tâché. Eux, ils prient un chacal doré avec eyeliner waterproof. Niveau charisme, on s’est clairement fait avoir. Question mœurs, Game Of Thrones n’a rien à envier à la mythologie égyptienne. Osiris et Isis, frère et sœur dans la life, sont aussi mari et femme. Tout comme Seth et Nephtys. Les pharaons ont pris exemple sur eux et tout le monde s’en fout. On est sur un arbre généalogique en forme de boucle — pas besoin d’Ancestry, ça reste en famille.

Sinon, l’Égypte, c’est surtout du sable et du soleil. Du sable partout. 94 % du territoire est inhabité et les 6 % habités, c’est uniquement parce que le Nil a dit : « Bon ok, je vous mets un peu d’eau ici, mais vous me léchez les bottes. ». Quant au soleil, il distribue généreusement les coups. Tu sais à quel point, lui et moi, on est en froid depuis qu’il m’a collé un baso au visage (carcinome basocellulaire — j’en parle dans ce billet-là). Depuis, je ne plaisante plus : indice 50 tartiné en couche géologique à chaque visite. Et franchement, même pas sûre que ça suffise sous ce soleil égyptien pas voilé pour un sou, grrrr – ou plutôt grr-râ ! Pendant que je ressemble lentement à une feuille de brick oubliée au four, notre guide nous fait un TED Talk sur les pharaons en plein soleil. Le gars est en pantalon, chemise, et pull — à 38°C, ressenti 50°. Pour lui, c’est l’hiver. L’HIVER. Là j’ai pigé pourquoi les dieux sont en pagne sur les façades d’Abou Simbel : à cette latitude, le slip est clairement un textile de luxe.

Sinon justement, à propos de notre guide Ali, impossible de ne pas l’aimer. Archéologue-égyptologue-linguiste, il te parle hiéroglyphes, mythologie et étymologie comme d’autres parlent météo. Même z’Homme en oublie qu’il n’a pas le droit de courir sur les sites archéologiques. Tant de science dans un seul homme, ça te laisse baba (Baba, Ali… tu l’as ?) Tu te dis qu’avec deux cailloux, le gars te fait du feu et ça te met en confiance. Ali démystifie la malédiction de Toutânkhamon. C’est juste l’air putréfié et des microbes vintage. Un moustique s’est faufilé dans la tombe et a piqué les gars venus pour piller ouvrir le tombeau. On s’est bien foutus de nous. Mais le plus fort, c’est quand Ali se met à faire des ponts entre les mots. Un vrai linguiste de terrain : il t’explique les points communs entre le caire, chair, canicule, charles, puis enchaîne avec akedet, rakoda, rachid, rosette et termine avec mout, mater, amour, matou. Là où l’Académie française débat encore du genre de « wifi », Ali, lui, te redonne foi en la grammaire vivante.

Sinon, l’Égypte c’est aussi la mer rouge. Et nous, on y a échoué. Littéralement. Après une croisière sur le Nil et un road trip pharaonique — du Caire à Abou Simbel, en passant par Louxor, Karnak, la Vallée des Rois et des Reines (et quelques autres merveilles en bonus pour la route) — on a fini par toucher le fond… des transats. On a atterri à Hurghada comme des papyrus froissés. On s’est traînés jusqu’aux transats en mode momies, cerveau ensablé.

Verdict : les Gaulois sont venus, ont vu et ont été convaincus par la grandeur de l’Égypte. Incha’Allah, ils s’en remettront.

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