À Madagascar, « I like to move it, move it »

par Barbara | 20 Juin 2026 | Couple, Voyages & Vacances

Tout commence par une idée qui paraît excellente un soir de canapé, un verre de vendanges tardives à la main : « Et si on s'inscrivait à un trail à Madagascar ? » Sur le moment, ça sonne aventurier, exotique et hautement instagrammable. Tu te vois déjà poster une story #DépassementDeSoi. Surtout que t’as vu le film d'animation Madagascar, et que ça va, t’es pas plus bête que les pingouins du film, tu vas gérer. Non ?

Quelques mois après, on débarque à Madagascar avec nos chaussures de running Gel-Pulse, nos barres énergétiques saveur fraise-betterave et notre confiance d’occidentaux bien hydratés. Ce que personne ne nous avait précisé, ou seulement à demi-mot, c’est que le vrai boss, ici, c’est le soleil malgache. Il rigole pas, lui. Il est pas là pour trier les lentilles. Lui, il a vu des choses. Il a asséché des fleuves et des gens. Il peut transformer ton cerveau en compote de mangues tiède en moins de deux heures, s’il veut. C’est là que tu comprends que ton short technique ne peut rien pour toi. Le climat te rappelle juste, avec la politesse d'un videur de boîte de nuit que tu n'es qu'une invitée fragile et que tu ferais mieux de retourner boire des Spritz en terrasse.

Chronique d’un cerveau malmené

À partir de là, ma stratégie de course est d’une clarté limpide : marcher le plus vite possible pour prendre le Dieu Soleil de court. L'idée, c'est de plier l'affaire avant qu'il ne décide de griller mes quelques neurones encore valides. Sur le papier, le plan est parfait. Dans la réalité, il y a un léger détail technique : on parle de s’enquiller 20 kilomètres par jour, répétés sur 6 étapes. 120 bornes au total. Comme au Guatemala. ou en Mongolie. Autant te dire que ce n'est pas exactement une promenade de santé que tu peux faire en écoutant un podcast de développement personnel.

Chaque matin, le départ est donné et c’est le même scénario :

Kilomètre 1 à 5 : « Franchement ça va, le paysage est magnifique, j’ai pas de crampes au bide, en vrai, je suis la reine du monde. »

Kilomètre 5 à 10 : Le soleil a décidé que c'était son heure. Là tu comprends physiquement ce que le verbe "cogner" veut dire.

Kilomètre 10 à 15 : Tu es un radiateur en surchauffe et ta peau commence à crépiter comme une entrecôte oubliée sur un barbecue.

Kilomètre 15 à 20 : Place aux hallucinations auditives. Au milieu de la brousse, tu es désormais persuadée d'entendre la sonnerie du camion de glaces de ton enfance.

Heureusement, j’ai un compagnon de galère qui passe ses matinées à encaisser mon humeur de dogue allemand et mes propos totalement incohérents. Parce qu'au bout de trois heures à cuire à l'étouffée, mon cerveau déconnecte et je me surprends à lui dire : « Qu'est-ce qu'on serait bien en Bretagne là... Sous la pluie, à 12 degrés max... ».

Quand ton microbiote déclare la Troisième Guerre mondiale

Et si tu pensais que le soleil était ton seul problème, c’est que tu as oublié le véritable maître du jeu, celui qui détient les clés de ta dignité : ton système digestif. Parce qu'on ne va pas se mentir, après trois jours sur place, tes bactéries occidentales, élevées au pain sans gluten et au quinoa bio, font un burn-out immédiat en découvrant la cuisine locale.

De mon côté, j’ai tiré le ticket « soft » : mon corps a juste décidé de mener une grève de la faim pendant 24 heures. Rien qu'une bonne vieille nausée de l’espace, gérée à coups de Vogalène et de mine crispée. Disons que c’était une mise en bouche.

Pour mes compagnons de route, en revanche, c'est le Titanic. Certains ont hérité de la turista « classique », d’autres ont pris l'option « combo royal ». Le temps de prononcer le mot Smecta, leurs intestins se sont transformés en rave-party techno. Au réveil, tu les reconnais direct à leur mine de papier mâché.

Inquiète par ce spectacle de désolation, je me tartine les mains de gel hydroalcoolique toutes les trois minutes, pire qu'au pic du Covid en 2020. Je dis adieu, les larmes aux yeux, aux mangues juteuses et aux légumes du marché. Mon régime alimentaire se résume désormais au triptyque de l'enfer : riz blanc, patates, viande bien cuite. Zéro fibre, zéro vitamine, 100 % de plâtre intestinal. Si ma diététicienne me voyait, elle ferait un arrêt cardiaque direct sur son tapis de yoga.

Le phénomène z’Homme ou l’injustice incarnée

Pendant que les kilomètres défilent - quoique trop lentement à mon goût - dans un cadre exceptionnel, z’Homme foule les terres malgaches d’un pas de félin. Il ne transpire pas, enfin si, mais proprement, version glamour comme dans les pubs pour déodorants. Il s’arrête pour prendre des photos. Parce que pourquoi pas. C’est Alex, le lion du film, version trail : carnivore assumé, foulée royale, regard laser qui repère les rubalises à trois kilomètres à la ronde.

Quand il me voit arriver, deux heures après lui, la main crispée sur ma dernière barre énergétique et le visage couleur homard ébouillanté, il me fait un check décontracté et me demande : « Ca a été, non ? Tu as vu ces magnifiques paysages ? Et la jeune malgache qui portait un sac de riz sur la tête, t’as vu ? ». Il a l’air sincèrement étonné quand je lui dis que c’était l’enfer, que j’ai probablement pris un coup de chaud et que non, je n’ai pas vu la jeune malgache en question, vu que mes yeux étaient rivés sur mes pieds pour éviter de m'étaler comme une bouse.

  • z’Homme n’a pas d’insolation.
  • z’Homme n’a pas la turista.
  • z’Homme a bien dormi.
  • z’Homme a bien couru.
  • z’Homme est frais comme un gardon.

Je l’aime. Mais en ce moment précis, au 21ème kilomètre, avec le soleil qui me perfore le crâne et mes baskets couvertes de boue et de poussière, je l’aime … modérément.

Non, Gloria ne raffole pas des bains de boue

Si z’Homme est l’Alex du film, moi je suis Gloria l’hippopotame. Sauf que moi, mon habitat naturel, c’est le spa 5 étoiles avec peignoir moelleux, pas le survivalisme en tongs. Après deux premières étapes au départ de l’hôtel – dont on comprendra plus tard que c’était le luxe absolu –, nous voilà partis le long du fleuve Tsiribihina pour les deux suivantes. Au programme : « Campement au bord de l’eau ». Ça claque. Tu t'imagines déjà un coucher de soleil enchanteur sur la brousse, un transat en bambou et un petit Spritz bien frais pour fêter l’effort.

Ce qu’on trouve en vrai, c’est des latrines aménagées sous une petite tente de camping. Un concept architectural qui présente la particularité technique de concentrer les arômes. Sachant que la moitié du groupe a choppé la turista, c’est un voyage sensoriel dont je me passerais bien.

Pour la douche, l'organisation nous a mis à disposition des bassines d’eau. De l’eau puisée directement dans le fleuve. Le fleuve couleur marronasse. Le même fleuve qui voit défiler à longueur de journée des troupeaux de zébus, des pirogues à moteur, et dans lequel les villageois font leur linge, leur vaisselle et leurs petites affaires. Je me lave sans récriminer, parce que la couche de sueur et de poussière incrustée sur ma peau a développé son propre écosystème. Mais que les choses soient claires : hippopotame ou pas, Gloria adore l'eau propre. Et Gloria ne valide absolument pas cette expérience de thalassothérapie low-cost.

Les lémuriens sont au rendez-vous

Oublie la faune sauvage et les peluches aux grands yeux : les véritables stars incontestées de cette expédition, ce sont eux. Nos guides, porteurs et chauffeurs malgaches. En gros, les lémuriens du film en chair et en os, mais dotés d’une bonne humeur permanente qui défie toutes les lois de la psychologie humaine. Parce qu'on ne va pas se mentir : à leur place, il y a longtemps que j'aurais abandonné le groupe au pied d’un baobab pour retourner faire la sieste.

Tu veux des preuves que l'équipe malgache est composée de super-héros ?

  • Les guides locaux nous accompagnent en claquettes ou pieds nus, armés d'une bouteille d'eau qui ne suffirait pas à hydrater Mimi Mathy. Tout ça sans jamais lever les yeux au ciel quand on ahane sous la chaleur avec notre équipement de compète.
  • Les porteurs se trimbalent des sacs dont le poids ferait pleurer un mulet.
  • Les chauffeurs pilotent des 4x4 sur des pistes tellement défoncées qu'elles ressemblent à la surface de la lune après un bombardement météorique. Ils font ça avec la désinvolture la plus totale, une main négligemment posée sur le volant, la musique afro-pop locale à fond dans les enceintes.

Gloire à King Julian XII

Parce que oui, c’est grâce au roi des lémuriens, King Julian XII, alias Stéphane, que l'on termine ce Trail de l’île rouge sans encombres. Officiellement, il est directeur de course. Officieusement, il est à peu près tout le reste : chef d'orchestre, psychologue de brousse et garant suprême que cette joyeuse bande de coureurs et marcheurs arrive entière à chaque étape. Il briefe les troupes, découpe les étapes comme un chirurgien, et surtout, mène une lutte acharnée contre la prolifération des bactéries. Le mec s'est transformé en distributeur officiel de gel hydroalcoolique, dégainant son flacon plus vite que son ombre pour tenter de sauver ce qui reste de notre dignité digestive.

Alors merci, Stéphane - et à toute l'équipe malgache - d'avoir transformé une bande d'occidentaux suréquipés en finishers, certes cramoisis et un peu vidés de l'intérieur, mais entiers.

Et comme dans le film : si on est arrivés là sans trop savoir pourquoi, maintenant qu’on y a été, on n'a qu'une envie, c’est d'y retourner !

PS : et si toi aussi tu veux découvrir ce magnifique pays, alors fonce chez MAHAY EXPEDITIONS, une agence de voyage solidaire exceptionnelle, qui organise le Trail de l'Île Rouge et d'autres circuits sportifs sur Madagascar mais aussi des circuits sur l'Île Maurice et l'île de La Réunion.

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Parce qu'on ne peut pas vivre que d'humour et d'eau fraîche, j'ai déniché ces pépites pour toi. En craquant pour mes coups de coeur, tu soutiens mon travail (et tu aides mes chats à garder leur train de vie de ministre).

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2 Commentaires

  1. Meyer Martine

    Coucou Barbara !
    J’ai eu beaucoup de plaisir à te lire, tant et si bien que c’est comme si j’étais avec toi..
    Mais tu l’as fait.. moi, tu me confirmes que je ne ferai jamais ce voyage sous un soleil de plomb !!
    Bravo ! Ça donne quand même envie de découvrir ces magnifiques paysages que tu nous as pas décrit et pour cause
    Gros bisous

    Reply
    • Barbara

      Merciii Martine

      Reply

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