Ma mère a tort sur toute la ligne. Quand elle pense à ma place. Il est donc utile que je l’écoute pour faire le contraire de ce qu’elle dit. Crois-moi, c’est libérateur. Et ça t’empêche de finir allongée pendant 10 ans sur un divan à décortiquer la complexité des relations mère-fille.
Tout au long de ma vie d’adulte, les échanges avec ma mère ont suivi la météo alsacienne : grand soleil le matin, grêle l'après-midi et Météo France qui ne peut rien pour toi. Un peu comme le Blue Fire à Europa Park : tu sais que tu vas morfler, mais tu y retournes quand même le cœur battant. Et parfois, tu voudrais que ça dure encore un tour.
Fossé intergénérationnel
Depuis qu’elle est à la retraite, nos conversations tournent autour des besoins du moment – sortir les poubelles, débloquer sa wi-fi, nourrir mes chats, noter les dates des repas de famille ... Mais de temps en temps, elles font une incursion brutale sur mon mode de vie. Avec une règle immuable : ma mère sait ce qui est bon pour moi. Mieux que moi. Manifestement depuis toujours et pour l'éternité.
Voici quelques exemples qui prouvent qu’entre elle et moi, le fossé intergénérationnel a encore de beaux jours devant lui :
1. L’affaire des géraniums
Ce qu’elle dit : « Tu devrais mettre des géraniums dans ton jardin, c’est joli les géraniums ! »
Ce que je réponds : « nan mais on est trop souvent absents pour avoir des fleurs. Et qui va les arroser en notre absence ? Je ne veux pas te donner encore plus de travail vu que tu as déjà ton jardin ... »
Ce qu’elle pense vraiment : lâche un peu ton portable et occupe-toi intelligemment.
Ce que je pense vraiment : les géraniums, c'est joli, oui — à condition d'arroser tous les jours sans exception dès qu'il fait chaud, d'encaver les jardinières en hiver vu qu'on est en Alsace et pas à Marbella, et de ne pas partir en weekend spontané sous peine de retrouver un herbier à ton retour. Si tu me donnes le choix entre les corvées de jardinage et mon fil LinkedIn, c'est pas les fleurs qui vont gagner.
Ce que je fais : j'ai remplacé mes haies par des murs de gabions : esthétiques, zéro entretien, et dont le petit air « loft industriel » fait toussoter ma mère. Et puis j’ai gardé la seule variété vraiment résistante aux oublis d'arrosage comme aux excès de pluie : des photinias rouges, du plus bel effet, que je remercie chaque matin d'avoir choisi mon jardin, les pauvres.
2. Le syndrome du burn-out
Ce qu’elle dit : « Tu devrais travailler moins. »
Ce que je réponds : « ah non, j’ai suffisamment trimé pour créer ma boîte, maintenant que j’ai de la demande, je vais pas faire la fine bouche ! »
Ce qu’elle pense vraiment : viens me voir plus souvent.
Ce que je pense vraiment : entre l'écouter me parler en boucle de la vie qui est devenue trop chère et des déplorables manies de sa copines Huguette, bizarrement, mes tableurs Excel me semblent hyper relaxants. Presque méditatifs.
Ce que je fais : je ne dévie pas ma trajectoire professionnelle d’un iota et je lui envoie des textos entre deux appels clients pour lui prouver que je suis vivante, et toujours aussi surchargée, donc non, je ne viendrai pas mardi.
3. Le sacrilège culinaire
Ce qu’elle dit : « Ah, tu as cuisiné végétarien ? C’est bien, c’est léger. Tu veux ma recette de bœuf bourguignon ? Parce que bon, pour ton mari, c’est quand même plus nourrissant. »
Ce que je réponds : « Maman, la viande rouge, c'est l'apocalypse écologique. Goûte mon quinoa, je t'assure, ça a du goût quand c'est bien relevé. »
Ce qu’elle pense vraiment : on ne nourrit pas sa famille avec des graines et de l'eau claire. Pas étonnant que son mari maigrisse à vue d’œil.
Ce que je pense vraiment : à l’entendre, je n’ai plus qu’à passer mon dimanche en cuisine au lieu de profiter de ma terrasse. Et de mon Kindle. Et de mon Apérol. Non merci.
Ce que je fais : Je lui sers mon plat végé et je fais mine de ne pas remarquer qu’elle fronce les sourcils. Je garde ma meilleure poker face quand elle enchaîne sur : « C’est original... mais pour la Fête des Mères, on pourrait peut-être manger une choucroute, ça fait longtemps, non ? ».
La Fête des Mères, ou le cessez-le-feu annuel
Au fond, la Fête des Mères, c’est le seul jour de l’année où je dépose les armes. Où j’accepte l’idée que l’on ne sera jamais d’accord, et c’est très bien comme ça. Où je me rends compte que si elle arrêtait de me donner des conseils que je ne suivrai jamais, je me sentirais bien seule devant mon quinoa.
Alors, pour la Fête des Mères, je vais faire ce qu’elle attend de moi : lui offrir un bouquet de fleurs, l'écouter me dire que je devrais me reposer, manger sa choucroute sans broncher, et lui répondre avec mon plus beau sourire : « Oui maman, t'as raison ».
Même si on sait toutes les deux que je n'en ferai rien.
Faites des mères qu’ils disaient !







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