Travailler en pyjama : chic ou shit ?

Travailler en pyjama : chic ou shit ?

20 novembre 2019 6 Par Barbara

J’adore commencer ma journée de travail en pyjama. Faire couler un café (ou trois) et me coller devant mon écran pour surfer sur les réseaux (en mode full combat – déjà), trier ma boîte mail (trop pleine – déjà) et revoir ma To Do list (trop chargée – encore).

De base, je pratique assidument la Gymnastique Matinale Pour Les Nuls : je passe de la position couchée (lit) à la position assise (bureau), quasi sans transition. Je dis « quasi » pasqu’y a le pipi matinal, obligatoire. Et le brossage des dents, non négociable pour ne pas imposer mon haleine de cheval à mes proches. Habawi, j’ai quand même cette décence-là.

Quand Pavlov fait un bug

À part ça, tout est permis : le cheveux gras ou en pagaille, parfois les deux à la fois, les yeux cerclés de mascara en mode raton-laveur, un pyjama complètement dépareillé et généralement difforme… Je sais bien que le matin c’est fait pour se laver, s’habiller, se coiffer et peut-être – soyons folles – se maquiller, des années d’éducation l’ont imprimé dans mon disque dur. Mais c’est tellement trop jubilatoire d’envoyer promener toutes ces bonnes manières et de travailler comme je suis, là, dans l’instant. C’est surtout aussi ultra-méga-hyper-confortable. Bon en général, y a un moment dans la matinée où mon conditionnement revient au galop. Un petit passage à la salle de bains et hop, coucou me revoilou !

Parfois, il y a un bug et le réflexe de Pavlov échoue lamentablement chez moi, chienne de vie. L’autre jour, je portais mon plus beau pyjama panthère du moment, et je m’étais promis de mettre un stop à mes odeurs corporelles ASAP. C’est-à-dire dès que j’aurais fini de taper un mail, puis de préparer un article et aussi de bloguer un livre… bref, ASAP s’éternisait. J’étais tellement absorbée par mon clavardage, que je n’ai pas entendu le premier coup de sonnette. Mais ça a re-sonné. J’ai fait lag, puis freeze, pasque là, non vraiment, c’était pas possible que j’aille ouvrir dans cet état. Où est donc z’Homme quand j’en ai le plus besoin ? Guess what ? Ça a re-sonné une troisième fois ! La matinée était bien avancée, ça devait être la factrice pour un recommandé.

Les limites de l’entreprenariat-pyjama

Avec toute la réticence que tu peux imaginer, j’ai entrebaillé la porte. Je n’ai jamais autant espéré me retrouver nez à nez avec l’employée des postes revêche sur son engin jaune. No such luck : c’était le voisin qui me demandait de lui refaire son CV. Impossible de lui claquer la porte au nez, ni de lui arracher le papier des mains pour abréger mon supplice. Je l’ai fait entrer en résistant à l’envie de me renifler sous les aisselles pour faire un damage control. De toutes façons c’était mort : il était dans mon couloir et prenait l’air poli de quelqu’un qui ne remarque rien d’anormal. J’ai joué la parfaite maîtresse de maison en lui servant un café et en faisant comme si pyjama-cheveux gras était une interprétation très personnelle de la tendance fashion du moment.

Pendant qu’il me causait, j’ai émis quelques onomatopées par-ci par-là, au risque de lui faire croire que j’avais laissé mon cerveau en dépôt-vente. Quand il est parti, j’ai filé dare-dare dans la salle de bains. Pour constater que z’Homme était sous la douche. WTF ?
Les poings sur les hanches, je lui ai joué la grande scène du 2 :
-«  Mais t’étais OÙ quand ça a sonné ? Je croyais que t’étais parti bosser ??? »
– « Nan j’ai fait une petite récup’ pour mon trail. C’est kiki a sonné ? »
– «  Alors non seulement tu te payes une grass’mat’ en pleine semaine mais en plus tu me laisses ouvrir la porte dans cet état ??? Juste, n’essaie MÊME PAS de bosser un jour en peignoir pasque je vais faire défiler toutes mes copines pour te mettre la honte !!! »

Pour faire bonne mesure, j’ai claqué la porte bien fort. Après ça, j’ai googlé en douce « espace de coworking près de chez moi » pasque que quand même, j’ai bien senti que j’avais frôlé les limites de l’entreprenariat-pyjama ce jour-là.