Comment un simple bas de jogging peut ruiner tes relations avec ta fille

Humour Me comment un simple jogging peut ruiner tes relations avec ta fille

Comme tu as pu le constater, je ne suis pas une top influenceuse en matière de mode. Avec un budget fringues plus proche de Tati que de Vogue et une nette préférence pour mon bas de jogging, régulièrement élu vêtement de l’année pour son confort inégalé, je pars avec un gros handicap face aux Reines du Shopping.

Même, j’envie secrètement la garde-robe de z’Homme. Pas de robes, jupes, jupe culottes, jeans tailles basses, tailles hautes, slims, trois-quarts, leggins dans toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Non, pour z’Homme le choix est binaire : chemise + jean OU chemise + pantalon noir. Cette combo gagnante se décline parfois avec un pantalon gris ou marron quand il se sent d’humeur audacieuse. Comme disait Zuckerberg, abonné au sweat à capuche et tee-shirt gris, c’est pour pas fatiguer le cerveau inutilement. Comme ça t’as de la place pour les questions plus importantes du genre « qu’est-ce qu’on va manger ce soir ? ». J’ai jamais été une fashionista acharnée, mais depuis Marie Kondo et le minimalisme, j’ai considérablement simplifié ma garde-robe. À tel point que désormais, z’Homme ne m’offre plus de cadeaux mode mais des iAccessoires. Aussi chers qu’un carré Hermès mais nettement plus utiles.

Team Córdula

N’empêche, même si je joue pas pour la Team Córdula, ça m’a quand même fait un coup quand Louloute m’a dit qu’elle allait s’acheter des fringues sans moi : « non pas avec toi maman, sérieux, déjà que t’es … enfin plus trop… plus vraiment… pas jeune quoi … et en plus… pas très tu vois….branchée … mode … en même temps… je préfère y aller … avec une copine. » Notre conversations est hachée, comme si on passait sous une série de tunnels, parce qu’elle fait des snaps ou qu’elle répond en message vocal en même temps. Alors j’étais pas sûre qu’elle s’adressait bien à moi. Ou peut-être que je voulais pas y croire. Attends, hier encore je lui achetais des robes à pois avec des collants multicolores, ça va juste trop vite tout ça !

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Un cachalot dans une piscine

Bon, en même temps, il faut voir le verre à moitié plein : plus besoin de m’exposer aux odeurs d’aisselles dans les cabines d’essayage, plus besoin de lui donner mon avis qui lui sert à décider le contraire et plus besoin de porter des sacs qui me défoncent les bras. « Tu me donnes ta carte, maman ? ». Je lui tends un billet : « Même pas en rêve, tu te débrouilles avec ça… ». Z’Homme, avec la subtilité d’un cachalot dans une piscine, intervient : « Si tu veux, moi et ma carte de crédit on vient avec toi ma Louloute ». Et là, miracle, elle lève les yeux de son portable, son visage s’illumine comme si elle venait de rencontrer Jésus en personne, et elle répond … « ouais, c’est top ! » J’HALLUCINE ! Z’Homme se tourne vers moi, surpris par mon regard hostile : « C’est pas une bonne idée ? J’ai pas bien fait ? ». Je lui réponds : « Nan-nan, c’est cool, vas-y».

[Spoiler : quand une femme te dit ça, en réalité elle veut dire « mais bien sûr que c’est grave et tu vas me le payer ».]

Crédit photo : la talentueuse Mathou, à suivre ici : crayondhumeur.blogspot.fr et là : Facebook Mathou illustrations

Les joyeuses colonies de vacances

colonies de vacances

colonies de vacancesCette année, pour se promener en paix à plus de 4000 mètres d’altitude, z’Homme et moi on a casé piou-piou et la pré-ado en colo. Tout contents d’être enfin entre adultes. Et aussi un peu – mais pas longtemps – tristes à l’idée de les voir partir.

Séquence euphorie d’abord : je me suis dit qu’on allait revivre notre vie d’avant, en couple, sans greffons qui te fatiguent parce qu’ils ont constamment faim, soif, sommeil, ou préfèrent passer leurs vacances devant une Wii que dans un pays où la connexion internet n’est pas garantie.

Séquence lucidité ensuite : j’ai réalisé qu’il fallait préparer leurs bagages. Avec un tout petit détail technique : TOUS les vêtements et accessoires doivent être marqués au nom des greffons. Le trousseau officiel (sous-titrage : minimum vital à emporter) contient 12 slips, 12 paires de chaussettes, 10 t-shirts, 3 pantalons, 5 shorts, maillots de bains, k-way, serviettes, draps de plage, nécessaire de toilette, chaussures, déguisements, etc. Le trousseau inofficiel est plus étendu, celui de mon ado est carrément vaste.
J’ai demandé à z’Homme s’il voulait bien m’aider à tout marquer au feutre. Devant son manque flagrant d’enthousiasme, et pas sûre de gérer toute seule le marquage à la main de plus de 200 articles, j’ai commandé les fameuses étiquettes thermocollantes, celles que tu appliques 5 secondes sur le vêtement, fer chaud. De deux maux, il faut choisir le moindre. Et je m’y suis mise. Le fer à repasser, devenu mon meilleur pote, s’est installé à demeure sur la table de la salle à manger. C’était un peu Bagdad pendant quelques jours, il fallait se frayer un passage entre les piles de vêtements marqués et tous les autres en attente. Mais ça ne dérangeait que z’Homme qui ne pouvait pas passer la serpillère comme il voulait. Il m’a d’ailleurs encouragé à sa façon : « Tu verras, ça va super vite avec le fer. Quand je pense que ma mère cousait toutes les étiquettes ça c’était du boulot. »

Séquence émotion pour finir : j’ai bouclé les bagages à l’ancienne (en m’asseyant dessus), je leur ai préparé leur petit sac à dos pour le voyage comme il fallait, avec les sandwiches et l’argent de poche, je leur ai rappelé toutes les consignes supra importantes qu’on ne peut pas s’empêcher de donner quand on devient parents (tu seras sage, hein, pas de bêtises ? Tu penseras à écrire à tata germaine ?) et j’ai eu les yeux humides. Un peu. Jusqu’à ce que je me souvienne que j’avais d’autres bagages à préparer : les miens.

 

Z’Homme vient de mars

C’est sûr, z’Homme vient d’une autre planète. Vu comment ça plane pour lui, je pencherais plutôt pour la lune. De la Terre à la Lune il n’y a qu’un petit pas pour z’homme. Pas nécessairement un bond pour l’humanité.

 

C’était pourtant pas difficile de se souvenir qu’il fallait amener un gâteau après le match de foot. Ni de se rappeler qu’après avoir amené piou piou au solfège, il était de bon ton de le rechercher. Au moins avant que la prof n’appelle toute paniquée parce que le gosse est encore dans le couloir une heure après la fin du cours. Sinon, ne pas oublier de souhaiter l’anniversaire de ma mère fait aussi partie du top 10. C’est tous les ans à la même date, ça semble pas infaisable. Mais c’est imprévisible un z’Homme sidéral.

 

Attention, il faut être juste : il y a des choses que z’Homme n’oublie jamais. Par exemple, la date des matches de la Champions League ou encore le premier samedi du mois. Il sait aussi toujours quel temps il fait dans tous les pays où on était. Oui, parce que z’Homme collectionne les météos du monde sur son appli. Comme d’autres les timbres [enfin ça c’était avant, quand on écrivait encore des lettres]. Quand il se lève le matin, il regarde le temps qu’il fait ailleurs et ça le fait jubiler – «  T’as vu, il fait moche à Budapest ! » – ou alors, ça lui fait mal, très mal  -« Les veinards, ils ont 35° à Bali ! ». Les enfants et moi faisons mine de trouver ça normal, c’est délicat un z’Homme-grenouille.

 

Au niveau alimentaire, il serait plutôt monodiète. « Qu’est que tu veux manger aujourd’hui ? » « j’sais pas, une côte de bœuf ? ». Je lui rappelle patiemment en mode CQFD l’histoire des flatulences bovines, fauteuses d’émissions de méthane et dont découlent 40% des rejets de gaz à effet de serre mais je crois que je l’ai perdu – Allô la terre ? La preuve, il propose « Un steak haché alors ? ». Bon, j’insiste pas. « Et comme légumes ? ». «  Ben des patates ! ». Okkayyy. C’est pas regardant un z’Homo-carnivorous.

Vivre avec z’Homme, c’est un peu comme être dans un docu-fiction sur la vie des primates. Il sait se contenter de plaisirs simples. Hyper simples même. Et ça c’est beau à voir. Comme par exemple : maîtriser la zapette, parler seulement quand il a quelque chose à dire, ne jamais penser à la vie après la mort, mettre la bière sur la liste des courses, s’endormir devant la télé. Y’a pas à dire, c’est cro-mignon un z’Homme.

 

PS : mon chéri, si tu lis ces lignes, n’oublie pas que c’est pour faire rire les copines. Et les copains qui ont le sens de l’humour.

 

La femme chocolat

Si ça ne tenait qu’à moi, je collerais Pâques en hiver. Parce que faire coïncider la haute saison du chocolat avec l’arrivée des beaux jours, je sais pas qui a eu cette idée, mais c’est vraiment pas cool.

Je m’explique : printemps rime avec amincissement. Avec ma ligne qui tient plus de la courbe que de l’angle, l’arrivée des beaux jours est forcément une source de stress. Surtout quand z’Homme me fait remarquer avec toute la diplomatie dont il est capable que je me suis un peu enrobée cet hiver (rassure-moi, c’est le tee-shirt qui te grossit comme ça ?) Je me dis que la vie est trop injuste : une poule enrobée, quand elle est au chocolat, ça dérange personne hein !

Mais revenons-en à nos agneaux qui, ayant l’avantage d’être trois, se sont vus offrir une montagne de lapins de Pâques dans toutes les tailles et dans toutes les variations, noir & blanc ou couleur, TROOOP mignons pour les mettre au placard. Résultat : à chaque fois que je passe devant la machine à café – et c’est quand même souvent dans une journée de blogueuse au foyer – ils me tapent dans l’œil.

L’opération maillot a peut-être commencé, mais les bourrelets de l’hiver jouent les prolongations. Alors je craque et j’en croque. Mais comme dans les polars, le plus difficile est de brouiller les pistes.

L’adulescent me demande, perplexe :

– « Maman, je trouve plus mon lapin, tu sais le tout grand ? Tu l’as pas mangé quand même ? »

Je feins l’indignation :

– « Ah non, c’est pas moi. »

Et j’ajoute, pour faire bonne mesure :

– « Je le jure sur le pot de Nutella. »

Puis je balance sournoisement :

– « Ça doit être pioupiou qui l’a mangé, je vois que ça. »

Pioupiou – j’aurais pourtant juré qu’il était plongé dans son bouquin – se récrie avec véhémence :

– « C’est pas vrai, c’est pas moi ! »

Il clame son innocence avec tant de sincérité que j’embraie pour faire diversion :

– « C’est sûrement ta sœur alors ? »

Mais Pioupiou se sent obligé de rajouter :

– « Nan c’est pas elle, je la surveille. »

C’est hélas la triste réalité.

Je joue alors mon va-tout :

– « À tous les coups c’est papa ! »

Ne me jugez pas : le chocolat suisse, ça le vaut bien.

 

Et comme dirait mon père, la meilleure défense c’est encore l’attaque.

 

Big stress

Bon ben ça y est, j’ai bouclé mon Programme Déstresse Express. Celui de mon autre vie, sur mon autre blog, www.en-1-mot.com. Oui, j’ai du penser à un moment de ma vie que les blogs, ça allait de paire, comme les lunettes. C’est tout moi, ça : généreuse jusque dans l’excès.

C’est sans doute pour ça que j’ai trouvé urgent de parler de stress. Et devine quoi ? Sortir un programme antistress, c’est pas déstressant pour un sou. Je ne vais pas te faire le coup du cordonnier qu’est toujours le plus mal chaussé, parce que tu le sais déjà, quand tu donnes aux autres les conseils que tu ne t’appliques pas à toi-même. Et ben là c’est pareil : j’explique aux autres comment se détendre alors que je tape sur mon clavier comme une brute et que j’aboie sur quiconque rentre intempestivement dans mon bureau.

C’est pas parce que tu baignes dans la sophrologie et le yoga à longueur de journée que tu te sens plus détendue. Nan nan. En fait, si tu veux vraiment te détendre, il faut te les prendre ces fichues 5 minutes chaque jour … ou plus si affinités. Évidemment, on n’a pas tous trois heures devant nous chaque matin comme le Dalaï-lama pour méditer, rapport qu’on a des greffons à lever, habiller, vêtir, nourrir, voiturer, et aussi voiturer, et puis voiturer encore … et j’ai déjà dit voiturer ?

Mais on a toutes et tous 5 minutes par jour. En principe. Quand la famille Tuche ne s’invite pas chez nous. L’autre jour, j’étais bien décidée à me brosser les dents en pleine conscience. C’est un truc de malade, où tu es au ralenti dans le plus pur style des paresseux de Zootopie (si t’as pas vu le film, cours-y vite), et tu mets un temps fou à faire un geste que t’expédie normalement en 30 secondes chrono tout en faisant mentalement la liste des courses et en écoutant les infos à la radio. Enfin dans les bons jours. Mais ce matin-là, je m’étais armée de patience, laquelle n’est pas ma qualité première qu’on se le dise, quand patatras : pioupiou est entré dans la salle de bains en pleurnichant parce qu’il trouvait plus son slip Star Wars, la cadette m’a rappelé les sandwiches à préparer et z’Homme m’a demandé si je n’avais pas vu sa ceinture, tu sais celle en cuir marron ? Après avoir recommencé plusieurs fois le geste de poser de la pâte dentifrice sur ma brosse à dents à la vitesse d’un arrêt sur image, j’étais plus vraiment dans l’ambiance. Va comprendre pourquoi.

Demain, c’est promis, je m’y remets. Je vais tenter la cohérence cardiaque. Cinq petites minutes de respiration en conscience, à regarder une bulle de couleur monter et descendre sur l’écran de mon portable, ça devrait être faisable, non ? J’attendrai juste que tout le monde soit parti, c’est plus sûr.

En même temps, comme dirait mon père (qui l’a piqué à Desproges) : la détente, faut surtout pas appuyer dessus.

Aie confianssss

L’hypnose me captive et Messmer m’intrigue : il ne m’en fallait pas plus pour assister au spectacle du fascinateur québécois. Je me demandais surtout s’il aurait le regard envoûtant et la voix hypnotique de Kaa, le serpent aux yeux perçants du Livre de la jungle. On a les références qu’on peut.

Je m’attendais à voir Messmer faire les yeux ronds, en spirale, comme ceux de Kaa -raté, l’hypnotiseur n’a rien du vil reptile qui veut gober Mowgli. C’est pas pour casser du boa sur son dos ni pour répandre mon venin, mais le seul point commun que je lui vois avec le python beige, c’est les pigeons bêtes qui se laissent envoûter. Tant voûtés qu’à la fin ils se cassent, d’ailleurs certains ont dû quitter la scène.

Mais ceux qui restent sont forts : fort impressionnants, de véritables champions à la manière de François Pignon. On aurait bien aimé participer, nous aussi, mais on a lamentablement échoué au fameux test « au compte de trois, vos doigts se collent et vous n’arrivez plus à les décoller ». Comme près de 2000 autres personnes dans la salle, z’Homme et moi on n’a jamais perdu l’usage de nos doigts ce qui nous a mis d’office à l’index. Quelques poignées de participants, tous majeurs, sont restés doigts figés jusqu’à ce que Messmer intervienne presque manu militari.

Évidemment que j’ai tout de suite pensé que c’étaient des comédiens, vous me prenez pour qui non plus ? Et puis, sur scène, c’était un peu ambiance Foire du Trône : Messmer s’entêtait à les faire téter à tâtons les tétons d’une mère fictive, la Femme Sans Tête aurait pu faire la première partie de spectacle. Demandez l’programme, m’sieur, dame ! Mais il semble que les « réceptifs » suivent la voix de leur maître à l’insu de leur plein gré. Que Garcimore se décontraste et que Majax remballe, y’a pas de truc.

Alors je me suis prise à rêver : et si je parvenais à hypnotiser les miens, histoire d’améliorer mon quotidien ? Tu imagines pioupiou qui, au compte de trois, attendrait que j’aie pris mon café en intraveineuse avant de me parler, le matin ? Et l’adulescent, cet hybride mi-adolescent mi-adulte, tu le verrais en transe, lâcher son téléphone portable et son clavier d’ordi pour vider le lave-vaisselle en souriant ? Quant à z’homme, alors là j’ose à peine y songer : je lui dirais « Dors, je le veux ! » et il retiendrait TOUT, mais absolument tout, ce que je lui dis. Finis les Post-it sur le frigo. Bon là j’arrête , je me fais trop de mal.

Sainte Odile, priez pour moi

Je blasphème pas. C’est que marcher dans le froid, le vent, la pluie, le noir, la nuit, le soir, ça te donne envie de croire en quelqu’un. Pour éloigner le mauvais œil. Ohé là haut ? Vous m’entendez ?

Une marche nocturne au Mont Sainte-Odile dans des conditions Koh-Lantesques à l’heure où les braves gens se décérèbrent tranquillement devant The Voice, crois-moi, ça te donne envie de choisir le bon coach, celui qui va t’éviter la chute du haut des rochers ou le sapin sur la tronche. Vu comment les cimes elles s’agitaient tout là-haut, c’était une probabilité possiblement envisageable. T’aurais cru que le vieux barbu, il se servait de la forêt pour dépoussiérer les nuages. Je blasphème pas ; en vérité, je te le dis. C’est tout.

Contrairement à z’Homme qui sait toujours à quels seins se vouer, j’hésite parfois sur le Saint à invoquer. Mais là, pas l’ombre d’un doute : j’ai prié Odile, fille d’Etichon-Adalric et de Bersewinde (source : wikipedia), Sainte patronne de l’Alsace, de m’épargner même si elle doit en avoir ras la choucroute de tous ces mécréants qui ne la supplient que quand ils ont besoin d’elle.

Bon moi, c’est pas pareil. C’est pas pour faire genre, mais j’allume des cierges dans toutes les églises que je croix-se et je glisse chaque année dans les troncs plusieurs kilos de pièces jaunes. À en faire pâlir Bernadette de jalousie. Pas la Soubirous, hein, mais l’ex première dame de France, qui est aussi très Lourdes et aime les apparitions. Sauf qu’elle est pas en odeur de sainteté, elle. Mais je m’égare, ma foi. Pour le clergé et ses lieux de culte, je suis un mécène anonyme, un sponsor officieux, une bienfaitrice secrète et ça, ma p’tite dame, ça vaut son pesant de protection. Mieux que le bouclier fiscal ou Europe Assistance.

Comme on marchait en file indienne le long du mur païen, je me suis arrangée pour ne pas être à la fin parce que dans les films d’horreur, les derniers sont toujours les premiers … à y passer. Les autres randonneurs restant étonnement placides, je me suis demandée s’ils étaient déficients visuels ou simplement fatigués. Je m’en serais volontiers ouverte à z’Homme s’il n’avait pas été plongé, montre GPS au poignet, dans de savants calculs de dénivelés, tout en mémorisant le parcours pour un futur trail.

Alors j’ai récité des Notre Père, au cas où Sainte Odile serait devenue un peu sourde avec l’âge, et je me suis concentrée sur mes vêtements qui prenaient tranquillement l’eau. Mon K-way Aquamax n’avait sans doute pas été testé waterproof en conditions alsaciennes. Tout le monde n’a pas la chance d’avoir une pluviométrie de ouf. La sensation de froid mouillé ça te congèle jusqu’aux os. Après ça, une thermos entière de vin chaud, ça suffit plus à remonter la température corporelle.

Par contre, ça dissout complètement la peur. Bien imbibée et entièrement désinhibée, j’ai trouvé le temps charmant, mon voisin aussi. J’ai fini le parcours en titubant et tout le monde a cru que c’était à cause du vent. J’ai eu du mal à articuler et ils se sont dits que c’était le froid. A ce stade de la compétition, limite, le mauvais temps, je le voulais dans mon équipe. C’est te dire.

 

La vie de Pioupiou

Pioupiou, c’est notre petit dernier, un poussin de sept ans quand même déjà. Particularité : il  pépie h24 et son gazouillement incessant ne cesse de nous ravir. Ça c’est la version Walt Disney, avec les petits oiseaux bleus, genre Twitter avant l’heure, qui tourbillonnent autour de Blanche-Neige.

La vraie vérité est plus proche de l’univers conte de fées glauque de Tim Burton. Parce que quand t’es honnête avec toi-même, après quelques verres de vin en général, même si tu penses incarner la maman parfaite, enfin sauf pour les principaux intéressés, un enfant HYPER bavard c’est surtout mignon quand ça te récite sans bafouiller le poème de la Fête des Mères avec des « Je t’aime » tous les trois mots ; après, c’est plus proche des minions, ces petites créatures jaunes qui te casseraient les schnitzels si tu en avais.

Non parce que pioupiou, il cause dès qu’il ouvre l’œil, le bon ou le mauvais. Sa journée, elle commence tôt et elle démarre aussi tôt, au trot ou au pas – de course -, qu’il se lève du bon pied ou pas. Et d’abord, chaque jour, quand il se réveille, il me raconte sa nuit. T’hallucines. Parce que même quand il dort, il trouve encore des choses à raconter, figure-toi. La plupart du temps, je le laisse parler en bruit de fond et j’allume France Info. Quand ça fait trop larsen, je lui demande d’aller préparer la table du petit-déjeuner. Cinq minutes de répit, c’est toujours ça de gagné.

Autant dire qu’à table, si pioupiou est là, t’en places pas une. Le grand ça le dérange pas, de toutes façons il cause pas. Mais la cadette, ça l’énerve vu que c’est une fille et que – surprise – elle aime papoter mais qu’avec pioupiou, la concurrence est déloyale. Comme elle recommence trois fois sa phrase et qu’il la boucle toujours pas, elle lui décoche des coups de pied vicieux sous la table. Du coup, il part grave dans les aigus, la cadette surenchérit en soprano et z’Homme, qui a l’oreille musicale mais pas une voix de ténor, fait profil bas dans cette cacophonie ; bref, c’est l’ambiance souk à Marrakech dans la pseudo Famille Bélier, sans les sourds d’oreilles hélas, mais avec un ado mutique. Seule parade : le Roi du silence. Qui dure deux minutes chrono mais y’a pas de petites économies.

Depuis peu, j’ai trouvé une autre astuce : le coup de fil à une amie. J’écoute une copine me raconter son week-end et pendant que je fais des « hmmm » à intervalles réguliers pour faire genre, pioupiou me raconte le 42ème épisode de Naruto dans les menus détails, celui où machin chose combat truc et lui enlève ses super pouvoirs à grands coups de sabre laser. Bon j’ai peut-être pas tout suivi attentivement. Quand je raccroche, pioupiou s’exclame :
« Eh ben, t’es une vrai maman bla bla bla, toi. Qu’est-ce que tu bavardes ! »
Gné ???

Skions un peu

À l’Est, rien de nouveau, on n’a pas la mer mais on a la montagne. Z’homme a donc proposé une journée blanche. Objectif : remettre la famille en piste avant le grand schuss et dégripper nos fixations tout en dérouillant nos articulations. Bilan : quatre personnes très refroidies.

À l’idée de partir au ski, le petit était extatique. Tout juste s’il n’avait pas dormi avec sa combinaison pour être prêt plus vite le matin. On n’avait pas vu un tel enthousiasme depuis la sortie du dernier Star Wars. La cadette était passée en mode ado heureuse : elle ne faisait pas la gueule et ne râlait pas. On n’avait plus vu ça depuis l’achat de son dernier vernis. Pourtant, les multiples couches de vêtements thermiques et les chaufferettes pour tous, ça annonçait des températures très largement négatives. Un peu comme Z’homme en somme. Le front plissé et la mine tendue, les dents serrées aussi pour faire bonne mesure, il avait chargé les skis dans la voiture en maugréant vivement l’été.

Il faut dire que z’Homme est météo-dépendant, son moral suit les fluctuations du mercure. De ce point de vue là, se réincarner en Alsace n’a pas été son idée la plus lumineuse. Mais puisque le Riesling est tiré, il faut le boire : autant profiter de la proximité des pistes pour aller sniffer la poudreuse et s’envoyer un grand bol d’air, glacé cela va sans dire. C’est qu’on l’avait attendue la neige, cette année. Ça explique sans doute que l’ambiance grand froid de chez Picard n’à pas entamé le moral des troupes : le petit, fidèle à lui-même, a jacassé pendant tout le trajet et la cadette, contrairement à son habitude, ne l’a pas remballé une seule fois. Quant à moi, j’ai lu pendant que z’Homme se tapait la route. Mais avant, j’avais mis la destination dans le GPS, faut pas croire que j’avais rien fait non plus.

Ce qui est sûr, c’est que le ski en famille, ça se mérite. D’abord on a longtemps tourné pour trouver une place. Slalomer entre les congères et le flot de voitures, c’est pas de tout repos. Enfin parqués, il a fallu braver le froid pour enfiler le matos. Faisons l’impasse sur le look bibendum, c’est pas le sujet de ce billet. Ensuite, on s’est traîné tout l’équipement jusqu’aux tire-fesses. Puis on a fait la queue pour payer les forfaits. Puis on est passé aux toilettes pour les derniers pipis de rigueur. Honnêtement, au moment de m’élancer sur la piste, j’étais juste claquée. Limite je serais bien passée direct à l‘après-ski et au vin chaud.

Moi je dis que j’aurais mieux fait. Vu que dès la première descente, il s’est avéré que pioupiou n’avait pas intégré le planté du bâton. Ni d’ailleurs la technique des virages. Et pas davantage la remontée en tire-fesse. L’ennui, c’est qu’avec ses plantages répétés, on n’avançait pas d’un iota et qu’on a commencé à se geler les miches à pierre fendre, que même on a eu peur d’attraper des engelures. Z’Homme est passé direct en mode Cro-Magnon à qui on a piqué son bifteck, l’ado a déclaré que de toutes façons, ici, c’est nul, et le maillon faible s’est replié dans un inquiétant mutisme.

On a décidé d’abréger avant de mourir d’hypothermie. Un peu frappés, mais pas complètement givrés. Y avait la queue au vin chaud alors on est rentrés, glacés, gelés et surtout très refroidis.