Ma bouche rit sans viande

Il paraît que la cuisine végétarienne c’est bête comme chou. Surtout chou, en fait, vu que l’animal n’est pas bien vu dans cette cuisine-là. Avec deux copines qui ont viré Absolut Véganes, on s’est fait un atelier tambouille, façon MasterChef mais sans viande et sans jury.

Cette idée, en apparence aussi sotte que grenue, n’avait pourtant rien d’une ânerie et c’est un bonnet d’âne de la cuisine française qui vous parle, ou un cancre las quand je suis fatiguée. Cette idée m’était venue après avoir tenté de transformer THE plat régional en ersatz végétarien. Avec un rôti de seitan et des simili-saucisses sur lit de navets salés j’ai surtout réussi à démontrer, mais avec brio, qu’une choucroute peut s’appeler royale sans être couronnée… de succès. Après avoir a-valet ce cuisant échec culinaire, difficile de rester se-reine quant à l’avenir. Juste avant de traumatiser définitivement toute la famille avec une tarte flambée revisitée au tofu fumé, j’ai décidé d’appeler mes marmitonnes à la rescousse. Celles que quand elles te postent leur recettes « fond de placard » sur Facebook, t’as l’impression que c’est photoshoppé à mort. Ben c’est elles.

Elles sont arrivées chargées comme des baudets et ont illico dispatché le travail. T’avais l’impression que Valérie Damidot venait de débarquer avec son équipe de décorateurs. Les premières instructions portaient sur une mousse au vrai chocolat mais sans blanc d’œuf. Fastoche : tu remplaces le blanc par du jus de pois chiches. Chiche ? D’accord elle était facile celle-là, n’empêche que ça a pris. Le jus de pois chiches, je veux dire. Ça se monte comme des œufs en neige, au fouet. Et le résultat est bluffant.

Après quoi, la Cuisinière en Chef et sa Seconde nous ont mis devant les fourneaux – bon c’est une expression pour dire la plaque de gaz – histoire de préparer un faux hachis de bœuf avec de la vraie sauce tomate. Une bolognaise pas très catholique, au grand dam de Don Patillo. Làs, le tofu fut vite foutu car à trop le mixer j’ai fini par le pulvériser. Ce n’était pas le résultat escompté, m’informa la Cheffe Toquée qui surveillait de près la granulométrie de l’ersatz carné. Pas de quoi tuer un âne à coups de figues, pensais-je tout bât. Mais pas têtue je me tus car, côté végé, on ne badine pas avec les âneries. L’experte veillait au grain, pas celui d’avoine dont elle n’avait rien à braire, mais celui du soja texturé façon viande hachée. Je connaissais la musique : on fit un remix du tofu.

Et c’est une pseudo sauce bolognaise du plus bel effet, en effet, mise à mijoter pendant une bonne heure, à la bonne heure, que nous dégustâmes avec force « oh » et « ah » , histoire de prouver qu’on n’était pas des âne-alphabètes. La mousse au chocolat fut remise au lendemain, les ventres étant bien tendus, merci petit Jésus. Finalement, si jury il y avait eu, on en aurait fait tout un plat de cette cuisine-là.