Le film du dimanche soir

Je sais pas vous, mais moi le dimanche soir, ça me flanque le bourdon. Depuis toujours mais plus encore à la morte saison. Doctissimo parle de TAS* et de luminothérapie. Moi je vais au cinéma. Avec z’Homme. Et son TOC**.

En pleine crêpes party du dimanche soir, z’Homme me dit : « Et si on allait au cinéma ? ». C’est que z’Homme sait lire dans mes sombres pensées. J’engloutis ma crêpe au nutella-bio-sans-huile-de-palme, ça se gâche pas un truc pareil, et réponds pourquoi pas en effet ? Sauf que là, on est au milieu du repas et qu’il y a un petit à doucher/coucher et deux plus grands à encadrer/superviser ; je passe sous silence les cahiers pas signés du petit dernier, la liste de vocabulaire pas encore révisée de la cadette et le linge pas plié du tout. « Pas grave, on gère » dit z’Homme. Je ne lui demande pas qui est « on », pronom indéfini pour z’Homme comme pour le Larousse, et lui pose THE question : on va voir quoi ? Notre choix se porte sur Bon rétablissement, ça va de soi. Seul hic : il est déjà 20 heures et le film démarre dans une demi-heure. Je prie les enfants de s’autogérer, de s’autodoucher et de s’autocoucher, il y a école demain. Z’Homme insiste sur le nettoyage, c’est sa marotte. Le temps de faire les bisous et d’attraper les clés de la voiture, et nous voilà partis.

Bon rétablissement n’a rien d’une comédie mais décrit la réalité avec beaucoup d’humour. C’est un film optimiste, ce qui, pour du Jean Becker (L’été meurtrier) est inespéré. Bref, nous revenons tout guillerets. Sortir un dimanche soir, c’est jubilatoire. Ce qui l’est beaucoup moins, c’est le retour. Curieusement nous ne retrouvons pas la maison dans l’état dans lequel on l’avait laissée en partant. Un peu comme pour les toilettes publiques.

« Je leur avais pourtant bien dit de ranger la cuisine ! Regarde-moi ça, c’est crade partout … et c’est qui qui est encore rentré avec ses chaussures ? » fulmine z’Homme qui se saisit rageusement du seau et de la serpillère. Pour ne pas aggraver son TOC de la propreté, je ne lui dis pas que j’ai trouvé du nutella sur le canapé et que la salle de bains a subi une mini-inondation. C’est bête, mon TAS avait disparu.

Comme dirait mon père : mieux vaut un vieil Armagnac qu’un vieillard maniaque.
Mais bon, on choisit pas toujours, hein.

 

*Trouble Affectif Saisonnier
**Trouble Obsessionnel Compulsif

 

                  

Bon rétablissement a remporté le Prix L’Express des lecteurs 2012. Son auteur, Marie-Sabine Roger, née en 1957 près de Bordeaux, vit actuellement au Québec. Depuis quinze ans, elle se consacre entièrement à l’écriture. Auteur jeunesse important, avec plus d’une centaine de livres à son actif, elle accède à la notoriété en littérature générale avec « La Tête en friche », déjà adapté au cinéma par Jean Becker, avec Gérard Depardieu dans le rôle principal.