Speed-dating parents-professeurs

Speed dating humour me by barbara

Tu rêves de rencontrer des profs ? Tu veux en rencontrer un maximum en un minimum de temps ? T’as une soirée entière devant toi ? Le speed-dating parents-professeurs est fait pour toi. Oseras-tu relever le défi ?

7 minutes, et pas une de plus, c’est le temps que t’as pour causer de ton greffon et de ses nécessaires faiblesses avec chaque prof concerné. Parce que tu vas pas voir les profs des matières où tout va bien, nan. Ceux à qui tu demandes un rendez-vous représentent les matières faibles, celles où les notes ont dévissé pire que le CAC 40 en plein krach boursier. Tu reçois une petite grille horaire format A5 avec les noms des profs, les horaires de passage et les salles et tu te dis que c’est la grande classe. Un conseil : comme chaque seconde compte, munis-toi d’une montre à affichage digital, c’est plus rapide que de consulter l’heure sur un portable. Tu me diras merci plus tard.

Horaires indicatifs, comme à la SNCF

Alors d’abord, sans vouloir faire éclater ta petite bulle de bonheur, sache que les horaires précis qu’on t’a donnés – 16h52 ou 19h08, par exemple – ne sont pas faits pour être tenus. Ils sont « indicatifs », un peu comme à la SNCF. Le corps professoral a voulu donner un signal fort, montrer qu’ils vivent avec leur temps, et sur le papier, ça le fait. Mais c’est sans compter les brebis galeuses. Certains profs accumulent tellement de retard, que tu sors de chez l’un au moment ou tu aurais dû finir chez un autre, que tu zappes par la force des choses en espérant rattraper le coup un peu plus tard. Bref, c’est la perturbation générale dû à un sale effet domino. Et comme les parents, affolés, courent dans tous les sens, ça met un peu de piment à la situation. On est loin, très loin, de l’ambiance feutrée d’un bistrot propice aux rencontres.

À cela s’ajoute que, mathématiquement et physiologiquement, ces horaires sont impossibles à tenir. Oui parce que j’ai oublié de préciser que sont compris dans les 7 minutes imparties pour chaque rencontre : 1) le temps de transit entre les différentes salles, les différents étages et parfois les différents bâtiments, 2) le temps qu’il te faut pour serrer la main du prof en jonglant entre ta veste, ton calepin et la part de gâteau que t’as achetée aux secondes pour financer leur voyage scolaire 3) et enfin le temps de poser ton derrière sur une chaise encore toute chaude. Si tu dois faire pipi entre deux rendez-vous, explique à ta vessie que c’est juste pas possible. Si t’as pas le sens de l’orientation, abandonne carrément. Franchement, le planning est trop serré pour ce genre de futilités.

Au bon endroit à peu près au bon moment

Une fois que t’es au bon endroit à peu près au bon moment, encore faut-il repérer de suite le bon prof parce que, comme ils sont deux dans la même salle, pas facile de savoir avec qui t’as rendez-vous si tu connais pas sa tête. Moi j’dis ça, c’est pour les parents qui auraient loupé la réunion de rentrée. Ou ceux qui ne sont pas, mais absolument pas, physionomistes. Il est donc tout à fait possible que tu perdes quelques précieuses secondes à identifier le bon prof, voire à te tromper et à retourner dans la file d’attente.

Dans ce chaos organisé, la communication entre parents tient du grand art. Chacun consulte son planning d’un air fébrile, et si possible important. Et on se fait des petits checks : à quelle heure vous aviez rendez-vous ? Un parent : Ah moi j’avais rendez-vous a 17h21. Ah oui, mais moi a 17h14… du coup, c’est moi d’abord. Le parent que je viens de coiffer au poteau me lance un regard noir. Normal, c’est un nouveau parent, il a pas encore pigé les règles du jeu. Je me retiens de faire un fist pump, c’est pas terrible pour la cohésion de groupe, mais je lui fais un sourire que j’espère sincère en apparence.

Bonnet d’âne

Quand j’arrive enfin devant le prof de français de Louloute, tout s’explique. Dans la catégorie « taisez-vous que je m’écoute parler », il part largement favori. En dépit de son haleine d’hyène en putréfaction, ce clone de Deschiens retient les parents bien au-delà des 7 minutes règlementaires. Son gilet trop serré sur une chemise à carreaux rouges boutonnée jusqu’au col doit exercer sur la foule une sorte de fascination, là où Cristina Córdula ferait sans doute une rupture d’anévrisme. J’essaie de plaider le cas de Louloute pour la mauvaise note dans son bulletin. « C’est un accident », lui dis-je. « Eh ben, elle est drôlement accidentée ces temps-ci votre fille ! » Comme je le sens prêt à repartir pour un nouvel accès de diarrhée verbale, je me lève en hâte en marmonnant, sans conviction, « à la prochaine » et en lui décernant secrètement un bonnet d’âne.

Même le prof de maths tétra mutique n’arrive pas à compenser les excès de son loquace collègue. Il est vrai que dans la catégorie « taisez-vous que je m’écoute penser », il sait expédier les parents en trois minutes chrono avec deux formules au choix : N°1) bonjour, tout va bien, au revoir, N° 2) bonjour, comprend rien mais se donne du mal, au revoir. On le sent pressé de retourner à ses équations à plusieurs inconnues, parce que clairement, les parents, c’est pas son truc. Les élèves non plus d’ailleurs. Déçue, j’aimerais en savoir plus sur Louloute mais il me dit qu’on a déjà touché le fond alors faut arrêter de creuser. Il regarde sa montre d’un air ennuyé, me signifiant ainsi de ne pas être LA mère pénible qui va mettre en danger l’équilibre précaire de son carnet de rendez-vous. Je balbutie la possibilité de le revoir un autre jour. « Envoyez-moi un mail sur ENTEA », qu’il me répond. Je révise mon jugement : pas mutique, autiste celui-là. Et avec ça, tu t’étonnes que ma fille joue le remake du Titanic en maths.

La prochaine sur la liste est la prof d’histoire-géo mais à voir la file qui serpente dans tout le couloir et la délicate odeur de gaz moutarde qui va avec, j’ai comme un gros moment de découragement. Allez, encore deux ans et ce sera plus qu’un mauvais souvenir. Ah non, j’oubliais, dans deux ans Pioupiou rentre au collège. Je vais peut-être me prendre une année sabbatique, ou quatre.

Au secours, ma fille est une ado !

13 ans : ma fille vient tout juste d’entrer officiellement dans le teen-age. Je croyais qu’après les effronteries post-enfance et les portes qui claquent pré-pubères, ça pouvait pas être pire. Mais je me trompais.

J’ai pas plus tôt souhaité à ma fille un joyeux anniversaire qu’elle m’assène :
« A partir de maintenant, je suis une ado. Plus ta petite ou ta puce, et pas de surnom devant mes copines, c’est trop la honte »
Je suis un peu prise au dépourvu, là tout de suite, c’est que je ne l’ai pas vue venir celle-là. Mais je me reprends :
« Tu sais que c’est pas une insulte, hein ?»
Gros gestes exaspérés
« Arrête de faire ta reloue, tu m’as bien comprise ! »
Cinq sur cinq j’ai envie de dire. On peut même plus plaider l’ignorance ou le 5ème amendement comme dans les séries américaines.
« Mais comment je t’appelle alors ? »
Elle lève les yeux au ciel :
« Par mon prénom comme tout le monde ! »
Sauf que je suis pas tout le monde. Mais bon, hein, je vais pas insister davantage alors je botte en touche :
« Bon alors t’as déjà réfléchi à la déco pour ta soirée entre filles ? »
« C’est trop la loose la déco »
« Ah bon ? Moi je trouve ça sympa »
« Ben oui, forcément … »
Je laisse passer l’allusion à mes goûts de nase et persiste :
« Tu as déjà choisi le thème ? «
« Faut encore que j’en discute avec les copines, mais j’ai 2-3 idées oui »
« On peut en parler ? Si tu veux ? »
« Ça sert à rien, on a trop pas les mêmes goûts »
Bon ben voilà, ça c’est dit. Je déglutis et poursuis :
« Mais tu as réfléchi à ce que tu veux faire à manger ? »
« Pas encore mais t’inquiète, j’irais faire les courses. Je veux pas de tes trucs bio dégueux et mes copines elles aiment pas non plus »
Reste plus qu’à prendre un bain pour déstresser.
Juste avant de retourner dans sa chambre, elle me balance :
« T’oublieras pas de me laisser les sous, hein ? »

Je me suis prise à rêver de ces doux moments, il n’y a pas si longtemps encore, où j’étais la plus jolie maman du monde et où elle m’aimait grand comme l’infini. Faites des gosses (qu’ils disaient).

Ça balance pas mal à Bali

Avant le départ, Bali évoquait pour moi une végétation luxuriante, des bâtonnets d’encens, les couleurs vives des sarongs et une langueur toute tropicale. Bonne surprise post-atterrissage : c’est comme ça pour de vrai. Dommage : les greffons restent fidèles à eux-mêmes.

Nous débarquons à Denpasar, la mine hagarde et l’œil torve, 15 heures d’avion ça vous fait ça. Z’Homme scanne des yeux les panneaux d’information et file tout droit vers le « money changer » pour aller changer des dollars. C’est qu’il est pressé de devenir millionnaire. En roupies, s’entend.

Pour m’occuper utile, j’attends que le carrousel crache tranquillement nos sacs à dos pendant que les gosses se disputent.
« C’est celui qui dit qui l’est »
« non c’est toi »
« non toi »
« non toi »
« non toi »
« non toi »
etc.
J’en prendrais bien un pour cogner l’autre avec mais ça serait mal vu au pays de la zénitude où personne n’élève la voix. Je serre les dents sur mon mentos et me replonge dans mon e-book mais pas pour longtemps. La grande insiste pour récupérer rapidement son eye-liner dans les bagages (« Non mais t’as vu la tête que j’ai ? ») et le petit chouine parce qu’il a fait trois gouttes dans sa culotte (« sans faire exprès »). Note à moi-même : sur le vol retour, je leur pique les écouteurs pour les forcer à dormir au lieu de se faire un filmathon.

Z’homme revient avec un sourire jusqu’aux oreilles : ça le met de bonne humeur de se balader avec 11,8 millions de devises sur lui. Ça lui rappelle le bon vieux temps de la Lire italienne. Tant mieux, parce que je lui laisse les greffons pour me délester de mes bas de contention qui collent et grattent, bourre et bourre et ram tam tam. Quand je reviens, c’est ambiance tsunami, les décombres en moins. z’Homme a une mine funèbre et les gosses chialent. On dirait qu’il a eu moins de scrupules que moi. Mais on s’en fiche, après tout, on ne connaît personne ici. Quoi ???

Une fois débusqué notre chauffeur dans la marée de pancartes, on embarque et, malgré la fatigue, la magie opère. Couleurs, odeurs, végétation : c’est tout comme on l’a imaginé. Enfin, je parle pour z’Homme et moi, hein.
Parce qu’à côté de nous, ça baille, soupire, s’agite, se chamaille de plus belle ; la pré-ado fait la tête et trouve le pays sale, le petit demande quand on arrive et s’il y aura une piscine.

On aimerait bien les claquer encore un peu. On se contente de respirer à fond.

La bosse du bac

Mon ado est en plein dans les révisions du bac. Figurativement parlant, car côté bachotage, c’est plutôt le vide. Sinon, il partage équitablement sa vie entre son portable et son ordi. Je suis allée en pharmacie acheter des Fleurs de Bac…heu de Bach « SOS examens ». Pour z’Homme et moi.

Quand je demande à mon ado comment il compte se préparer au bac, il me serine qu’il est serein, rabâche que c’est bâché, ressasse que c’est dans le sac et répète qu’il va tout faire péter. Il trouve que je radote, moi je pense que sa barque prend l’eau et je crains, médusée, de le voir sombrer tel un radeau. Je le vois bien aussi se prendre un mur façon iceberg, quelque chose de titanesque. S’il nous mène en bateau et réduit la voilure, son bac ne le mènera pas d’une rive à l’autre. Il écopera d’une année en plus et devra changer de cap ou mettre les voiles. Le Pirée est donc à venir ? En attendant, j’observe mon ado surfer sur la vague de l’effort minimal – aucun risque qu’il se noie dans les révisions ou qu’il se laisse emporter par les remous du stress.

Interrogé sur son secret pour avoir le pied marin sans mouiller sa chemise, il me dit qu’il va à la pêche aux vidéos sur You Tube qui expliquent comment faire croire au correcteur qu’on sait ce qu’on ignore. Il paraît que dans le doute, mieux vaut rendre une copie blanche et passer pour un imbécile qu’écrire des âneries et ne laisser aucun doute à ce sujet. Il compte aussi sur certaines connaissances pointues qui font défaut aux générations pré-internet que nous sommes. Par exemple, il sait pourquoi Homer Simpson est jaune (depuis la maternelle) et il arrive à lire un SMS tout en one-shotant un ennemi sur LOL*. Il sait aussi disséquer une grenouille sans vomir (depuis la sixième) et connait les mœurs des bononos (depuis toujours).

Bref, d’après lui, tout baigne, pas le moindre petit grain de sable en vue. Et en cas de sujet houleux ou bateau ? Réponse universellement vague de l’ado 2.0. : « T’inquiète ! ». C’est qu’il a appliqué, je cite : « une stratégie de ouf ». Il a pondéré ses notes au bac blanc, a anticipé les épreuves où il pense se prendre une gamelle (les cours du matin, ceux où il rattrapait sa nuit) et aussi les matières où il pense surperformer (au-dessus de 12, donc). Son gloubi-boulga, qu’il n’a pas appelé comme ça parce qu’il a grandi sans Casimir le pauvre, parvient au chiffre magique de 10 et quelques poussières. Sur le fil mais faisable. Il n’en faut pas plus pour susciter la béatitude totale de mon ado qui se voit déjà bac en poche. En psychologie, ça s’appelle la visualisation positive. Dans l’attente des épreuves qui ne seront éprouvantes que pour nous, voici venu le temps des rires et des chants puisqu’il n’est plus besoin d’aller au lycée. Dans l’île aux ados qui se lèvent tard et révisent à minima, c’est tous les jours le printemps. Dans ce pays joyeux des ados heureux les seuls monstres pas gentils, c’est les parents. Sinon, oui, c’est un paradis.

 

*League of Legends, jeu d’ordinateur de type MOBA (Multiplayer Online Battle Arena) , 67 millions de joueurs début 2014.

Sans fard

Ma fille est à l’âge critique. Dans tous les sens du terme. Avant, j’étais la plus jolie maman du monde. Mais ça c’était avant. Maintenant elle dit que j’ai surtout des plis et des rides. Moi je trouve que c’est un peu pas vrai.

Je me maquille dans la salle de bains, porte ouverte. Erreur fatale. Ma fille entre et me scanne de son regard laser. J’ai l’impression d’avoir un code-barres tatoué sur le visage, ou plutôt un code-bar parce que du bar au thon il n’y a qu’un pas, enfin une ligne, que je ne saurais franchir. Elle me trouve un peu une tête d’œuf – teint brouillé et yeux pochés – ce qui explique sans doute pourquoi elle m’inspecte le blanc des yeux. Je vais pas en faire une jaunisse même si je préférerais qu’elle me le dise avec ménagement. On est fragiles à nos âges. Elle propose de me maquiller, histoire d’appliquer les conseils de ses youtubeuses préférées sur une tête à coiffer grandeur nature. Je dis oui pour ne pas étouffer dans l’œuf cette tentative de rapprochement fille-mère, enfin mère-fille c’est moins compromettant. Si vous croyez encore qu’un fond de teint s’applique à l’éponge ou à la brosse, ressortez votre Harrap’s parce que c’est désormais le beauty blender qui vous fera un teint de pêche, le highlighter qui vous donnera la banane et le contouring qui creusera vos pomm-ettes. Le bon vieux crayon kôhl se pose dans la « muqueuse inférieure » si l’on ne veut pas avoir l’air d’une poire (perso, la muqueuse inférieure je la situe pas là, mais je vais pas avoir cette conversation avec ma fille). Cerise sur le gâteau : on peut encore utiliser le grand classique qu’est l’eye liner, à condition toutefois d’utiliser un « pinceau biseauté ». J’ai un peu de mal à gober le jargon cosméto de jeunes filles à peine sorties de l’œuf qui veulent nous faire croire que leur vie ressemble aux vidéos ultra-glamour qu’elles postent. Mais puisque ma fille s’est mise en tête de me rajeunir, où est le mal ? J’ai dû parler à voix haute car le voilà qui débarque, le mâle, en la personne de z’Homme. Et là, à propos de valises sous les yeux, heureusement qu’il prend pas l’avion parce qu’il payerait hélico – euh, illico – un excédent de bagages. Mon tact naturel m’empêche de le lui faire remarquer mais cela n’arrête pas ma fille qui lui propose un masque anti-poches-regard-jeunesse pour que cesse toute ressemblance avec un shar-Peï. Vous savez, cet adorable toutou tout plissé ? Z’Homme apprécie moyennement la comparaison canine mais comme elle n’en démord pas je me dis qu’il va vraiment avoir une dent contre elle. Pour éviter qu’elle ne se mutine, je propose de la libérer. La révolution attendra : ah ça ira ça ira ça ira, les fards et les poudres on les r’prendra.

Tu leur donnes le doigt

Vous avez remarqué que quand vous avez des enfants, plus rien ne vous appartient vraiment ?

C’est la fin de la journée, mon bureau est rangé je suis tranquillement en train de taper mon billet d’humeur sur mon Mac. Ambiance zen et contentement. Ma fille, 12 ans, fait irruption dans mon bureau. Elle doit imprimer des images, c’est pour un devoir me dit-elle. Pour demain. Je dois donc lui laisser l’ordi. Pas longtemps me jure-t-elle devant ma mine sombre. Je détiens la seule imprimante de la maison et de toutes façons, elle n’a plus de connexion internet, contrôle parental oblige. Je bougonne mais m’exécute, il y a toujours un panier de linge qui m’attend quelque part. Je n’ai pas sitôt cédé ma place encore chaude, que déjà elle déboule avec son cartable de 10 kg, pose sa maxi trousse qu’elle déploie à côté du clavier, ramène sa thermos de thé parce que « ça fait maîtresse », s’approprie mon gilet que j’ai posé sur le dossier de ma chaise parce que « ça caille dans ce bureau » et s’ouvre une page You Tube pour écouter ses musiques préférées. Mieux vaut déguerpir que voir ça. Je sais qu’elle va en profiter pour faire un tour sur sa messagerie et lancer discrètement un Skype avec sa copine, l’historique de navigation c’est pas fait pour les chiens. Quand je reviens voir où elle en est, j’ai un haut-le-cœur : elle à imprimé comme une forcenée et étalé les feuilles sur toutes les surfaces disponibles, sol compris. Il y a des résidus de colle sur le clavier, mes affaires ont été déplacées, elle a changé mon fond d’écran, fermé ma messagerie et mes onglets préférés. C’est internet qui a planté, me dit-elle. Je n’ai plus l’impression d’être dans mon bureau mais d’emprunter celui de ma fille. Et quand je râle elle me dit que je ne suis pas prêteuse ?!

Et ben moi je dis qu’on a le droit d’avoir ses petites affaires à soi. Que placer la perforatrice toujours à droite du pot à crayons ne fait pas de moi une personne psychorigide. Que j’ai le droit de salir mon bureau si l’envie m’en prend tout en refusant que les autres le fassent. Que si mon fond d’écran ne plaît qu’à moi ça ne veut pas dire que j’ai des goûts de chiotte. Et que la prochaine fois, ma fille ira se faire cuire un œuf.

Il avait raison mon père : tu leur donnes un doigt, ils te prennent tout le bras.

Des p’tits trous, des p’tits trous, encore des p’tits trous

L’égalité des sexes voudrait que je sache manier la perceuse. Sans mettre z’Homme à contribution. D’autant que cette entorse au féminisme ne contribue pas à la paix des ménages.

Décidée à faire du rangement dans la salle de bains, je me précipite chez Ikealand et reviens avec le caisson Metod (non, il n’y a pas de faute d’orthographe) sous le bras. À peine rentrée, je m’attelle au montage du meuble, fastoche. Le problème, c’est de l’accrocher. Ou plutôt de percer les trous pour le faire, sachant que la perceuse et moi, on n’est pas copines. C’est là que z’Homme entre en scène. Et que mes copines célibataires devraient logiquement m’envier. Ou pas.

Parce que quand je demande à z’Homme s’il veut bien fixer le caisson, il doit tout d’un coup faire des courses urgentes et importantes (?), puis réserver les vacances d’été (2016) voire faire la déclaration d’impôts (ah bon déjà?) … Bref, ça sent l’évasion à plein nez. Il faut dire que z’Homme, il a deux mains gauches. C’est utile au volley. Ça l’est beaucoup moins pour bricoler.

Finalement, après moultes supplications de ma part, il s’y met. Pour qu’il ait le champ libre, je me coltine un Monopoly junior avec le petit dernier et supervise les devoirs de la cadette. Je l’entends fulminer contre le mur (« foutu Placo »), puis contre la vis parachute qui tombe à travers le trou (« saleté de vis ») puis contre le trou lui-même, désormais béant (« b….. de m….. »). Du coup, il doit repercer un trou à l’écart du premier et donc décaler d’autant la fixation sur le caisson (« p…. de b….. de m….. »).

Pour laisser à z’Homme le soin de se concentrer sans offenser les jeunes oreilles, j’emmène le petit faire du toboggan au parc. Quand je rentre, il en est à son troisième trou et pas loin de taper sur le caisson à grands coups de marteaux. Ou sur moi. Je l’entends fulminer contre mes idées de rangement. Du coup, pour ne pas m’attirer davantage ses foudres, je range la cave, plie le linge, fait la lecture au petit, prépare le dîner, fait manger tout le monde et couche la smala avant de m’effondrer sur le canapé. Et de méditer sur l’intérêt d’apprendre à me servir de la perceuse. Pour pacifier z’Homme. Et maintenir les acquis du féminisme.

De toutes façons, comme dirait mon père, on n’est jamais mieux servi que par soi-même.

 

    

 

(Source image : http://www.pauillac-medoc.com/tourisme/culture-loisirs/126-animations/1176-fmaaqu033v5001o2.html

Grosse colère et mal de tête

Les émotions me tapent sur le système. Littéralement. Entre un ado en perte de vitesse et une pré-ado qui a oublié la définition du mot famille, dur dur d’être maman.

Après quelques discussions épiques sur l’air du « je te rappelle que chacun doit mettre la main à la pâte », le ton monte, vite, et même de plus en plus vite :
« Oui mais moi j’ai déjà débarrassé le lave-vaisselle EN ENTIER aujourd’hui ! » déclare ma fille exaspérée. On se demande bien pourquoi. C’est pas comme si elle était pas aller faire du shopping aujourd’hui et qu’elle n’avait pas dormi chez une copine la veille…
Je lui réponds du tac au tac, exaspérée moi aussi, sauf que moi je sais pourquoi :
« Sans blagues ? Et ben moi j’ai déjà fait 3 fois à manger aujourd’hui et devine quoi ? Demain, ça recommence »
« En même temps c’est normal, c’est toi la maman. Et je t’oblige pas à faire la cuisine. N’empêche que je suis pas toute seule, les autres aussi ils peuvent aider ! »
« Tu veux parler de ton petit frère qui devrait faire la vaisselle du haut de ses 6 ans ? Ou de ton grand-frère qui a entièrement préparé le dîner de ce soir ? A moins que tu ne parles de ton père qui a déjà nettoyé tous les sols de la maison et qui va sans doute les refaire ? »
« Ben oui… j’y peux rien s’il est maniaque »
« Ben non, dans une famille, les corvées ça se partage »
« …ouais une famille, parlons-en d’une famille … »
Après quoi, j’ai vraiment pété ma durite, à faire trembler les vitres.

Moralité : ma fille a obtempéré avec toute la mauvaise volonté dont elle était capable et moi je me suis retrouvée alitée le soir même avec une grosse migraine. Et avec z’Homme complètement frustré, qui a fait plusieurs les sols de la maison.

Comme dirait mon père : garde tes émotions pour les choses qui les méritent.

 

     

Les amis du petit-déjeuner

Je me suis promis de varier les petits-déjeuners pour donner envie aux enfants de manger le matin et, par extension, les faire sortir du lit.

Dit comme ça, ça paraît simple. Bien sûr j’ai un peu oublié, dans mon enthousiasme, que pour préparer le petit-déjeuner, il faut se lever plus tôt que d’habitude (la galère). Ce qui, toujours par extension, signifie aussi se coucher plus tôt que d’habitude (la misère) et SANS LIRE (comble de la misère).

[Parce que, entre parenthèses, se coucher tôt c’est bien, mais à quoi ça sert quand on lit jusqu’aux aurores, hein, je vous le demande ??? Bon, ça c’est z’Homme qui parle. Comme il lira pas ce billet, je reconnais qu’il a raison, Sinon, je l’avouerais pour rien au monde, faut pas déconner. ]

Mais revenons à nos moutons. Varier les petits-déjeuners, donc. Parce que la trilogie pain-beurre-confiture de nos grands-mères, c’est tout de même un peu lassant. On a beau remplacer la confiture par du Bio-tella et passer de la baguette au pain paysan, les tartines, ça devient vite prévisible.

Les céréales du petit-déjeuner seraient diététiquement intéressantes si les enfants les choisissaient dans la catégorie muesli ou pétales de maïs nature, plutôt que chocatrucs et autres machins fourrés-glacés. Hélas ! Avec un marché hexagonal estimé à 755 millions d’euros par an*, il ne faut pas attendre des industriels qu’ils valorisent un produit nutritionnellement intéressant mais commercialement peu attractif. Ils préfèrent miser sur des produits transformés contenant du sucre à haute dose et des matières grasses à outrance mais dont la forme et l’aspect sont tellement plus vendeurs. Faut les comprendre aussi, les pauvres.

Reste  le petit-déjeuner anglo-saxon : œufs brouillés-bacon-haricots bancs en sauce tomate sucrée. Je sais pas vous, mais moi ça me brouille un peu l’estomac … sans compter que ma nature de flexitarienne se rebelle à l’idée d’ingurgiter autant de protéines animales dès potron-minet.

Ce matin, prise par le temps, je décide de faire simple : je vais chez le boulanger et ramène de la baguette et des viennoiseries. Je pose tout ça sur la table et là, surprise, je fais l’objet d’un tir groupé:
– « Tu sais combien y’a de glucides dans un petit pain au chocolat ? » m’assène le grand.
– « C’est pas terrible pour ma ligne » me reproche la cadette
– « Ça veut dire quoi la ligne ? » demande le petit dernier.
Leur esprit critique me ferait presque plaisir si je n’avais  pas affronté la pluie et la grisaille matinales pour aller le chercher, le p’tiit déj. J’ai bien dit « presque ». Comme dans « pas du tout ».
L’ado continue, maussade :
– « C’est une explosion de gluten ton truc et la baguette c’est du sucre à l’état pur. T’as pas trouvé du pain complet ? »
– « La prochaine fois, si tu pouvais prévoir des fruits frais coupés en quartier et une crème Kousmine, je préférerais », rajoute la cadette.
– « Ça veut dire quoi Kousmine ? » demande le petit dernier.
Je me contiens à grand-peine quand arrive z’Homme, le cheveu hirsute et la mine hagarde :
– « Ben ma chérie, t’as pas pris de croissants ? »

C’est généralement à ce moment-là que j’envie mes copines célibataires.
Et que je comprends mieux mon père quand il nous conseillait de ne pas manger notre pain blanc.

*Source : Sciences et avenir http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20131113.OBS5087/quelles-cereales-pour-un-petit-dejeuner-ideal.html,

 

            

Smoking – no smoking

Que faire quand on réalise que son ado fume ? Et je parle ni de crapoter, ni de vapoter, mais bien de fumer… du tabac. Et de sentir la cigarette. Et d’avoir la toux du fumeur. Et de dépenser tout son argent de poche dans ces maudites clopes. Et de faire désormais partie des statistiques du cancer lié au tabac.

Déni, lamentations, chantage, consternation puis retour à la raison. Je m’informe et j’essaie de comprendre. Sur le site gouvernemental www.tabac-info-service.fr, ils donnent 6 conseils aux parents dont l’enfant fume :

1) Ne soyez pas indifférent à la consommation de tabac de votre enfant. Un adolescent doit sentir que ses parents ne ferment pas les yeux et s’inquiètent pour son avenir.

Moi, en mode psy
« Je m’inquiète de te voir fumer, tu tousses beaucoup »
Lui
« T’inquiète pas, j’arrête quand je veux »
« Ben arrête alors ? »
« Heu, c’est toi qui veux qu’ j’arrête, pas moi »
Merci Françoise Dolto

2) Parlez-lui du tabac en général et de sa consommation, avec calme et sans hausser le ton.

Moi, en mode militante
« J’ai lu quelque part que 50% des jeunes de 18 à 22 ans fument et que s’ils persistent, un sur deux mourra prématurément d’une maladie liée au tabac ! Ça fiche la trouille, non ? »
Lui
« Maman, c’est pas avec quelques cigarettes par jour que je vais me choper le cancer ! »
« C’est ce qu’ils disent tous avant de mourir »
« Maman, t’es reloue grave ! »
« Ben toi t’es grave débile ! »
« Écoute fumer, ça me déstresse. D’ailleurs, si tu pouvais sortir de ma chambre, je serais moins stressé et j’aurais moins envie de fumer »
Sans hausser le ton, ils avaient dit.

3) Maintenez l’interdit de fumer au sein de la maison.

Moi, en mode suspicieuse
« Tiens c’est drôle, ça sent la cigarette dans ta chambre… »
« Ouais, j’étais au Kebab, ça pue grave la clope »
On peut vraiment pas les claquer un peu ?

 4) N’essayez pas de le contraindre à arrêter.

Lui, en mode furax
« C’est toi qui m’a piqué mon paquet de clopes ? »
Moi
« Non, mais j’approuve celui qui l’a fait »
« Pfff… n’importe quoi ! J’vais en griller une pour me détendre »
CQFD

 5) Calculez avec lui ce qu’il dépense en cigarettes.

Moi, en mode éco
« La moitié de ton argent de poche part en fumée. Tu imagines ce que tu pourrais t’acheter avec ? »
Lui
« Ben justement rien, puisque j’ai pas le droit de sortir. »
Rien qu’une toute petite claque ?

6) Abordez ensemble la question de la dépendance.

Moi, en mode philo
« Tu es conscient qu’en fumant tu deviens dépendant et du coup adieu la liberté ? »
Lui
« La liberté, mais quelle liberté ? Parce que si je ne fumais pas je pourrais sécher les cours ou dormir toute la journée ? »
Soupirs

Comme dirait mon père : Article 1 : le tabac est un poison. Article 2 : tant pis.