Le 1er jour du reste de nos vies

Le soir de la Saint-Sylvestre, les gens normaux s’habillent glamour, s’entourent de potes, sortent les cotillons, débouchent le champagne et s’embrassent à minuit sous les feux d’artifice qui fusent. C’est magnifaïque. Normalement.

Mais bon, on n’est pas des gens normaux. Je dis ça au cas où y aurait un doute. On a passé le dernier soir de l’année 2015 tranquilles chez nous. Avec deux greffons sur trois. On s’était quand même fait propres, sauf le petit dernier qui était resté dans son jeans vu qu’il a pas encore intégré le concept du Nouvel An. La cadette avait sorti le grand jeu à la EnjoyPhoenix, pour une fois qu’elle avait le droit. Elle a même porté mes talons, clopin-clopant, toute la soirée.

Le repas traiteur aurait été meilleur si je n’avais pas mis les crevettes à température ambiante un brin trop tôt. J’ai confondu avec le bordeaux grand cru, pas de ma faute si je suis meilleure sommelière que cuisinière. J’ai prié très fort pour qu’on se fasse pas une salmonellose, à priori j’ai été entendue. On se serait bien alcoolisés à mort z’Homme et moi, histoire de tuer toutes les bactéries dans l’œuf, mais on devait rester sobres à minima pour pouvoir jouer à Jungle Speed. Ne rigole pas, c’est qu’il faut des réflexes pour s’emparer du totem. Et d’ailleurs, qu’est-ce qu’on était contents de jouer contre le petit dernier ; grâce à lui, même imbibés, on a gagné haut la main.

Après, on a eu la mauvaise idée de visionner les diapos de notre jeunesse, à la demande insistante des greffons – siouplait siouplait siouplait. On a fini par céder contre quelques lave-vaisselle à débarrasser. Se revoir sur grand écran avec nos coupes de cheveux reloues et nos fringues has been, je te cache pas, ça nous a fait un choc. On a pris toute la mesure du temps qui passe et ne repasse pas. Se revoir sans un pli, l’œil et le poil brillant, ça donne pas envie de faire copain copain avec les lois de la physique. C’est vrai, sans la gravitation universelle, on n’aurait ni cernes, ni rides, pas de peau qui pendouille ni de seins qui changent d’étage. On garderait une peau éternellement lisse, façon lifting sans le rendu poisson-lune, un peu comme Sheila mais en réussi.

Du coup, on a zappé le compte à rebours et quand on a trinqué, minuit avait déjà bien sonné. Alors on a levé notre verre à aujourd’hui, ce premier jour du reste de nos vies.