Faites des pères

Après neuf mois de bons et loyaux services et le SAV qui accompagne la naissance d’un petit bout, on peut raisonnablement espérer se faire appeler « maman » dès que bébé est en âge d’aligner deux syllabes. C’est à dire assez vite. C’est pas trop demandé, non ?

Bah faut croire que si. Le premier mot que disent tous les bébés, mais absolument tous, je te le donne en mille, c’est « pa-pa ». Oui, je sais, la vie est injuste et les enfants ingrats. Je suis passée par là trois fois. Aucun d’eux ne m’a nommée en premier.

Par contre, et là c’est flippant, une fois qu’ils ont prononcé « maman », ce mot devient la base de leur vocabulaire, toutes leurs demandes commencent par ce sésame, comme par exemple : « maman pipi » ou « maman gâteau » et toutes les variations autour du thème alimentaire volontiers inépuisable, sans oublier bien sûr l’incontournable « maman caca ».

Quand les enfants grandissent, ce mot-clé reste omniprésent, on ne change pas une équipe qui gagne. Les besoins se précisent et les phrases s’allongent, tout simplement : « Maman t’as déjà lavé mon jeans slim taille haute remonte fesses délavé gris, tu vois lequel ? » ou « Maman tu peux me conduire chez ma copine, genre dans trois minutes ?», sans oublier le célèbre mantra « Maman, j’ai faim, quand est-ce qu’on mange ? ».

Alors je me suis posée une question : pourquoi le mot papa se retrouve tellement moins souvent dans la bouche de nos enfants que le mot maman ? Depuis hier, j’ai trouvé la réponse : c’est parce que les enfants apprennent très vite à contextualiser (si tu comprends pas, tu m’envoies un message en MP je t’explique).

Quand ils associent le mot papa à une demande, le temps de réaction est, au mieux, lent, au pire, inexistant. La même demande avec le mot maman suscite une action-réflexe immédiate, même en plein milieu de la nuit, même pendant un match de foot. Par contre, associer Papa à Bonne Fête provoque une réponse positive instantanée.

Tu ferais quoi à leur place, toi ?

Au secours, ma fille est une ado !

13 ans : ma fille vient tout juste d’entrer officiellement dans le teen-age. Je croyais qu’après les effronteries post-enfance et les portes qui claquent pré-pubères, ça pouvait pas être pire. Mais je me trompais.

J’ai pas plus tôt souhaité à ma fille un joyeux anniversaire qu’elle m’assène :
« A partir de maintenant, je suis une ado. Plus ta petite ou ta puce, et pas de surnom devant mes copines, c’est trop la honte »
Je suis un peu prise au dépourvu, là tout de suite, c’est que je ne l’ai pas vue venir celle-là. Mais je me reprends :
« Tu sais que c’est pas une insulte, hein ?»
Gros gestes exaspérés
« Arrête de faire ta reloue, tu m’as bien comprise ! »
Cinq sur cinq j’ai envie de dire. On peut même plus plaider l’ignorance ou le 5ème amendement comme dans les séries américaines.
« Mais comment je t’appelle alors ? »
Elle lève les yeux au ciel :
« Par mon prénom comme tout le monde ! »
Sauf que je suis pas tout le monde. Mais bon, hein, je vais pas insister davantage alors je botte en touche :
« Bon alors t’as déjà réfléchi à la déco pour ta soirée entre filles ? »
« C’est trop la loose la déco »
« Ah bon ? Moi je trouve ça sympa »
« Ben oui, forcément … »
Je laisse passer l’allusion à mes goûts de nase et persiste :
« Tu as déjà choisi le thème ? «
« Faut encore que j’en discute avec les copines, mais j’ai 2-3 idées oui »
« On peut en parler ? Si tu veux ? »
« Ça sert à rien, on a trop pas les mêmes goûts »
Bon ben voilà, ça c’est dit. Je déglutis et poursuis :
« Mais tu as réfléchi à ce que tu veux faire à manger ? »
« Pas encore mais t’inquiète, j’irais faire les courses. Je veux pas de tes trucs bio dégueux et mes copines elles aiment pas non plus »
Reste plus qu’à prendre un bain pour déstresser.
Juste avant de retourner dans sa chambre, elle me balance :
« T’oublieras pas de me laisser les sous, hein ? »

Je me suis prise à rêver de ces doux moments, il n’y a pas si longtemps encore, où j’étais la plus jolie maman du monde et où elle m’aimait grand comme l’infini. Faites des gosses (qu’ils disaient).

Sa mère la fête

Dimanche dernier, c’était la Fête des Mères. Je m’étais dit youpi : enfin un dimanche posé où je pourrais flâner grave dans un pyjama déteint avec de méchantes chaussettes en laine, mon Kindle à la main, en attendant que l’on me prépare un plateau petit-déjeuner avec une rose et des croissants. J’aurais même le droit de ne pas me laver.

Mais comme dirait Céline Dion, ce n’était qu’un rêve. La dure réalité, vraie comme un jour qui se lève, c’est que je me suis levée avec le jour, et pas avec le sourire aux lèvres. Tradition oblige, tous les ans à la fête des mères, la famille pique-nique dans la nature. Par ordre de ma mère. Dont c’est aussi la fête, forcément. Même si ce n’est pas forcément la mienne, du coup. Car la balade du dimanche assortie d’un pique-nique le jour de la fête des mères, présente pour moi un triple handicap : il faut se lever tôt et préparer un déjeuner sur l’herbe, tout ça le seul jour de l’année où l’on aurait précisément le droit de se laisser aller à ne rien faire sans que cela soit moralement répréhensible. Pour éviter tout incident diplomatique, je me plie à ce double rendez-vous avec Dame Nature et la Reine Mère qui décrète « rien de tel qu’un bon bol d’air vosgien pour s’aérer les neurones ». Je dois avoir l’air dubitatif car elle rajoute : « en plus, il ne pleuvra pas ». C’est sûr, ça console, surtout quand ils ont prévu grand beau temps en plaine. Je m’attelle donc à la tâche : une salade à laver, des tomates à trancher, des radis à émincer et des fraises à équeuter. Et puis des sacs à dos à préparer, un cadeau à emballer, des coupe-vent à prévoir. Et avant tout ça encore, tirer tout le monde du lit et insuffler à la famille un enthousiasme qui lui fait fortement défaut. MOI AUSSI JE PRÉFÉRAIS RESTER AU LIT, FIGUREZ-VOUS !

Le grand a du mal à garder les yeux ouverts et baille un « bonne fête maman » qui manque de conviction ou plus vraisemblablement de sommeil. Le petit pleure parce que ça sœur l’a traité de débile, laquelle est agacée parce qu’elle n’a plus le temps de se faire son rituel beauté en 10 points et qu’en plus, elle doit laisser son portable à la maison sous peine d’essuyer les foudres de sa grand-mère. Z’Homme, taciturne, tranche la collerette des fraises d’un geste définitif. C’est qu’il vient d’apprendre qu’on sera à plus de mille mètres et qu’il fera plutôt pas trop chaud pour ne pas dire quand même assez frais. Rien de tel pour lui saper le moral à mon z’Homme, qui n’ayant visiblement pas compris le problème de la couche d’ozone, reste un inconditionnel de la toast attitude.

Ambiance spéciale Fête des Mères, donc. Avec confettis et serpentins. Je pourrais leur rappeler que (hallo ?) c’est le jour où on est censés être sympa avec sa maman, mais une fois que nous sommes entassés dans la voiture, prêts à partir et dûment en retard, je me contente de leur balancer, un œil sur mon portable ça fait plus crédible : « Ça va être un pique-nique de ouf. Je kiffe grave ». Avec l’accent. Des fois, parler chelou aux greffons, ça coupe court aux discussions. Wesh.

Comme à l’hôtel

Vous avez remarqué comme on se recycle en propriétaire d’un hôtel–restaurant-pressing-taxi quand nos enfants grandissent ?
Ma fille me dit qu’elle aimerait aller chez une copine samedi. C’est pour un anniversaire.

« D’accord. »
« Ah, au fait, ça commence assez tôt le matin, vers 9h30, le temps de tout préparer. J’ai promis de donner un coup de main. »
« Ben en effet, c’est aux aurores*. »
« Tu pourras m’emmener ? »
« Heu, ben d’accord. »
« Du coup, je ne mange pas avec vous à midi. »
« Heu, ben non, en effet. C’est dommage, j’avais prévu des lasagnes, puisque tu les aimes. »
« C’est pas grave, vous m’en laisserez. Et le soir comme je sais pas à quelle heure ça va finir, ce serait bien que je passe la nuit là-bas. »
« Ah ? »
« D’ailleurs, il me faudrait la tenue que j’aime bien, avec le short en jeans et le t-shirt venice beach qui se noue devant. Ils sont au linge. Tu feras une machine d’ici là maman ? »
« Ben, je vais y penser. »
« Non, vraiment, il me les faut. Je peux rien mettre d’autre. Mes copines ont déjà vu toutes mes autres tenues. Ah et pour dimanche, tu peux me chercher entre 11h et midi ? Pas après hein ? Pas comme la dernière fois où tu es arrivée en retard et ça m’a fichu la honte !»
« En même temps c’est aussi dimanche pour moi, hein ? »
« Au fait, on mange quoi dimanche midi ? »
« Nous, j’sais pas encore, mais toi le reste de lasagnes. Et prie pour qu’il en reste. »
Comme dirait mon père : quand on est trop bonne pâte, on risque de finir dans le pétrin.

*NDLR : pour un samedi matin