Skions un peu

À l’Est, rien de nouveau, on n’a pas la mer mais on a la montagne. Z’homme a donc proposé une journée blanche. Objectif : remettre la famille en piste avant le grand schuss et dégripper nos fixations tout en dérouillant nos articulations. Bilan : quatre personnes très refroidies.

À l’idée de partir au ski, le petit était extatique. Tout juste s’il n’avait pas dormi avec sa combinaison pour être prêt plus vite le matin. On n’avait pas vu un tel enthousiasme depuis la sortie du dernier Star Wars. La cadette était passée en mode ado heureuse : elle ne faisait pas la gueule et ne râlait pas. On n’avait plus vu ça depuis l’achat de son dernier vernis. Pourtant, les multiples couches de vêtements thermiques et les chaufferettes pour tous, ça annonçait des températures très largement négatives. Un peu comme Z’homme en somme. Le front plissé et la mine tendue, les dents serrées aussi pour faire bonne mesure, il avait chargé les skis dans la voiture en maugréant vivement l’été.

Il faut dire que z’Homme est météo-dépendant, son moral suit les fluctuations du mercure. De ce point de vue là, se réincarner en Alsace n’a pas été son idée la plus lumineuse. Mais puisque le Riesling est tiré, il faut le boire : autant profiter de la proximité des pistes pour aller sniffer la poudreuse et s’envoyer un grand bol d’air, glacé cela va sans dire. C’est qu’on l’avait attendue la neige, cette année. Ça explique sans doute que l’ambiance grand froid de chez Picard n’à pas entamé le moral des troupes : le petit, fidèle à lui-même, a jacassé pendant tout le trajet et la cadette, contrairement à son habitude, ne l’a pas remballé une seule fois. Quant à moi, j’ai lu pendant que z’Homme se tapait la route. Mais avant, j’avais mis la destination dans le GPS, faut pas croire que j’avais rien fait non plus.

Ce qui est sûr, c’est que le ski en famille, ça se mérite. D’abord on a longtemps tourné pour trouver une place. Slalomer entre les congères et le flot de voitures, c’est pas de tout repos. Enfin parqués, il a fallu braver le froid pour enfiler le matos. Faisons l’impasse sur le look bibendum, c’est pas le sujet de ce billet. Ensuite, on s’est traîné tout l’équipement jusqu’aux tire-fesses. Puis on a fait la queue pour payer les forfaits. Puis on est passé aux toilettes pour les derniers pipis de rigueur. Honnêtement, au moment de m’élancer sur la piste, j’étais juste claquée. Limite je serais bien passée direct à l‘après-ski et au vin chaud.

Moi je dis que j’aurais mieux fait. Vu que dès la première descente, il s’est avéré que pioupiou n’avait pas intégré le planté du bâton. Ni d’ailleurs la technique des virages. Et pas davantage la remontée en tire-fesse. L’ennui, c’est qu’avec ses plantages répétés, on n’avançait pas d’un iota et qu’on a commencé à se geler les miches à pierre fendre, que même on a eu peur d’attraper des engelures. Z’Homme est passé direct en mode Cro-Magnon à qui on a piqué son bifteck, l’ado a déclaré que de toutes façons, ici, c’est nul, et le maillon faible s’est replié dans un inquiétant mutisme.

On a décidé d’abréger avant de mourir d’hypothermie. Un peu frappés, mais pas complètement givrés. Y avait la queue au vin chaud alors on est rentrés, glacés, gelés et surtout très refroidis.