Les joyeuses colonies de vacances

colonies de vacances

colonies de vacancesCette année, pour se promener en paix à plus de 4000 mètres d’altitude, z’Homme et moi on a casé piou-piou et la pré-ado en colo. Tout contents d’être enfin entre adultes. Et aussi un peu – mais pas longtemps – tristes à l’idée de les voir partir.

Séquence euphorie d’abord : je me suis dit qu’on allait revivre notre vie d’avant, en couple, sans greffons qui te fatiguent parce qu’ils ont constamment faim, soif, sommeil, ou préfèrent passer leurs vacances devant une Wii que dans un pays où la connexion internet n’est pas garantie.

Séquence lucidité ensuite : j’ai réalisé qu’il fallait préparer leurs bagages. Avec un tout petit détail technique : TOUS les vêtements et accessoires doivent être marqués au nom des greffons. Le trousseau officiel (sous-titrage : minimum vital à emporter) contient 12 slips, 12 paires de chaussettes, 10 t-shirts, 3 pantalons, 5 shorts, maillots de bains, k-way, serviettes, draps de plage, nécessaire de toilette, chaussures, déguisements, etc. Le trousseau inofficiel est plus étendu, celui de mon ado est carrément vaste.
J’ai demandé à z’Homme s’il voulait bien m’aider à tout marquer au feutre. Devant son manque flagrant d’enthousiasme, et pas sûre de gérer toute seule le marquage à la main de plus de 200 articles, j’ai commandé les fameuses étiquettes thermocollantes, celles que tu appliques 5 secondes sur le vêtement, fer chaud. De deux maux, il faut choisir le moindre. Et je m’y suis mise. Le fer à repasser, devenu mon meilleur pote, s’est installé à demeure sur la table de la salle à manger. C’était un peu Bagdad pendant quelques jours, il fallait se frayer un passage entre les piles de vêtements marqués et tous les autres en attente. Mais ça ne dérangeait que z’Homme qui ne pouvait pas passer la serpillère comme il voulait. Il m’a d’ailleurs encouragé à sa façon : « Tu verras, ça va super vite avec le fer. Quand je pense que ma mère cousait toutes les étiquettes ça c’était du boulot. »

Séquence émotion pour finir : j’ai bouclé les bagages à l’ancienne (en m’asseyant dessus), je leur ai préparé leur petit sac à dos pour le voyage comme il fallait, avec les sandwiches et l’argent de poche, je leur ai rappelé toutes les consignes supra importantes qu’on ne peut pas s’empêcher de donner quand on devient parents (tu seras sage, hein, pas de bêtises ? Tu penseras à écrire à tata germaine ?) et j’ai eu les yeux humides. Un peu. Jusqu’à ce que je me souvienne que j’avais d’autres bagages à préparer : les miens.

 

Ça balance pas mal à Bali

Avant le départ, Bali évoquait pour moi une végétation luxuriante, des bâtonnets d’encens, les couleurs vives des sarongs et une langueur toute tropicale. Bonne surprise post-atterrissage : c’est comme ça pour de vrai. Dommage : les greffons restent fidèles à eux-mêmes.

Nous débarquons à Denpasar, la mine hagarde et l’œil torve, 15 heures d’avion ça vous fait ça. Z’Homme scanne des yeux les panneaux d’information et file tout droit vers le « money changer » pour aller changer des dollars. C’est qu’il est pressé de devenir millionnaire. En roupies, s’entend.

Pour m’occuper utile, j’attends que le carrousel crache tranquillement nos sacs à dos pendant que les gosses se disputent.
« C’est celui qui dit qui l’est »
« non c’est toi »
« non toi »
« non toi »
« non toi »
« non toi »
etc.
J’en prendrais bien un pour cogner l’autre avec mais ça serait mal vu au pays de la zénitude où personne n’élève la voix. Je serre les dents sur mon mentos et me replonge dans mon e-book mais pas pour longtemps. La grande insiste pour récupérer rapidement son eye-liner dans les bagages (« Non mais t’as vu la tête que j’ai ? ») et le petit chouine parce qu’il a fait trois gouttes dans sa culotte (« sans faire exprès »). Note à moi-même : sur le vol retour, je leur pique les écouteurs pour les forcer à dormir au lieu de se faire un filmathon.

Z’homme revient avec un sourire jusqu’aux oreilles : ça le met de bonne humeur de se balader avec 11,8 millions de devises sur lui. Ça lui rappelle le bon vieux temps de la Lire italienne. Tant mieux, parce que je lui laisse les greffons pour me délester de mes bas de contention qui collent et grattent, bourre et bourre et ram tam tam. Quand je reviens, c’est ambiance tsunami, les décombres en moins. z’Homme a une mine funèbre et les gosses chialent. On dirait qu’il a eu moins de scrupules que moi. Mais on s’en fiche, après tout, on ne connaît personne ici. Quoi ???

Une fois débusqué notre chauffeur dans la marée de pancartes, on embarque et, malgré la fatigue, la magie opère. Couleurs, odeurs, végétation : c’est tout comme on l’a imaginé. Enfin, je parle pour z’Homme et moi, hein.
Parce qu’à côté de nous, ça baille, soupire, s’agite, se chamaille de plus belle ; la pré-ado fait la tête et trouve le pays sale, le petit demande quand on arrive et s’il y aura une piscine.

On aimerait bien les claquer encore un peu. On se contente de respirer à fond.

Sa mère la fête

Dimanche dernier, c’était la Fête des Mères. Je m’étais dit youpi : enfin un dimanche posé où je pourrais flâner grave dans un pyjama déteint avec de méchantes chaussettes en laine, mon Kindle à la main, en attendant que l’on me prépare un plateau petit-déjeuner avec une rose et des croissants. J’aurais même le droit de ne pas me laver.

Mais comme dirait Céline Dion, ce n’était qu’un rêve. La dure réalité, vraie comme un jour qui se lève, c’est que je me suis levée avec le jour, et pas avec le sourire aux lèvres. Tradition oblige, tous les ans à la fête des mères, la famille pique-nique dans la nature. Par ordre de ma mère. Dont c’est aussi la fête, forcément. Même si ce n’est pas forcément la mienne, du coup. Car la balade du dimanche assortie d’un pique-nique le jour de la fête des mères, présente pour moi un triple handicap : il faut se lever tôt et préparer un déjeuner sur l’herbe, tout ça le seul jour de l’année où l’on aurait précisément le droit de se laisser aller à ne rien faire sans que cela soit moralement répréhensible. Pour éviter tout incident diplomatique, je me plie à ce double rendez-vous avec Dame Nature et la Reine Mère qui décrète « rien de tel qu’un bon bol d’air vosgien pour s’aérer les neurones ». Je dois avoir l’air dubitatif car elle rajoute : « en plus, il ne pleuvra pas ». C’est sûr, ça console, surtout quand ils ont prévu grand beau temps en plaine. Je m’attelle donc à la tâche : une salade à laver, des tomates à trancher, des radis à émincer et des fraises à équeuter. Et puis des sacs à dos à préparer, un cadeau à emballer, des coupe-vent à prévoir. Et avant tout ça encore, tirer tout le monde du lit et insuffler à la famille un enthousiasme qui lui fait fortement défaut. MOI AUSSI JE PRÉFÉRAIS RESTER AU LIT, FIGUREZ-VOUS !

Le grand a du mal à garder les yeux ouverts et baille un « bonne fête maman » qui manque de conviction ou plus vraisemblablement de sommeil. Le petit pleure parce que ça sœur l’a traité de débile, laquelle est agacée parce qu’elle n’a plus le temps de se faire son rituel beauté en 10 points et qu’en plus, elle doit laisser son portable à la maison sous peine d’essuyer les foudres de sa grand-mère. Z’Homme, taciturne, tranche la collerette des fraises d’un geste définitif. C’est qu’il vient d’apprendre qu’on sera à plus de mille mètres et qu’il fera plutôt pas trop chaud pour ne pas dire quand même assez frais. Rien de tel pour lui saper le moral à mon z’Homme, qui n’ayant visiblement pas compris le problème de la couche d’ozone, reste un inconditionnel de la toast attitude.

Ambiance spéciale Fête des Mères, donc. Avec confettis et serpentins. Je pourrais leur rappeler que (hallo ?) c’est le jour où on est censés être sympa avec sa maman, mais une fois que nous sommes entassés dans la voiture, prêts à partir et dûment en retard, je me contente de leur balancer, un œil sur mon portable ça fait plus crédible : « Ça va être un pique-nique de ouf. Je kiffe grave ». Avec l’accent. Des fois, parler chelou aux greffons, ça coupe court aux discussions. Wesh.

Sans fard

Ma fille est à l’âge critique. Dans tous les sens du terme. Avant, j’étais la plus jolie maman du monde. Mais ça c’était avant. Maintenant elle dit que j’ai surtout des plis et des rides. Moi je trouve que c’est un peu pas vrai.

Je me maquille dans la salle de bains, porte ouverte. Erreur fatale. Ma fille entre et me scanne de son regard laser. J’ai l’impression d’avoir un code-barres tatoué sur le visage, ou plutôt un code-bar parce que du bar au thon il n’y a qu’un pas, enfin une ligne, que je ne saurais franchir. Elle me trouve un peu une tête d’œuf – teint brouillé et yeux pochés – ce qui explique sans doute pourquoi elle m’inspecte le blanc des yeux. Je vais pas en faire une jaunisse même si je préférerais qu’elle me le dise avec ménagement. On est fragiles à nos âges. Elle propose de me maquiller, histoire d’appliquer les conseils de ses youtubeuses préférées sur une tête à coiffer grandeur nature. Je dis oui pour ne pas étouffer dans l’œuf cette tentative de rapprochement fille-mère, enfin mère-fille c’est moins compromettant. Si vous croyez encore qu’un fond de teint s’applique à l’éponge ou à la brosse, ressortez votre Harrap’s parce que c’est désormais le beauty blender qui vous fera un teint de pêche, le highlighter qui vous donnera la banane et le contouring qui creusera vos pomm-ettes. Le bon vieux crayon kôhl se pose dans la « muqueuse inférieure » si l’on ne veut pas avoir l’air d’une poire (perso, la muqueuse inférieure je la situe pas là, mais je vais pas avoir cette conversation avec ma fille). Cerise sur le gâteau : on peut encore utiliser le grand classique qu’est l’eye liner, à condition toutefois d’utiliser un « pinceau biseauté ». J’ai un peu de mal à gober le jargon cosméto de jeunes filles à peine sorties de l’œuf qui veulent nous faire croire que leur vie ressemble aux vidéos ultra-glamour qu’elles postent. Mais puisque ma fille s’est mise en tête de me rajeunir, où est le mal ? J’ai dû parler à voix haute car le voilà qui débarque, le mâle, en la personne de z’Homme. Et là, à propos de valises sous les yeux, heureusement qu’il prend pas l’avion parce qu’il payerait hélico – euh, illico – un excédent de bagages. Mon tact naturel m’empêche de le lui faire remarquer mais cela n’arrête pas ma fille qui lui propose un masque anti-poches-regard-jeunesse pour que cesse toute ressemblance avec un shar-Peï. Vous savez, cet adorable toutou tout plissé ? Z’Homme apprécie moyennement la comparaison canine mais comme elle n’en démord pas je me dis qu’il va vraiment avoir une dent contre elle. Pour éviter qu’elle ne se mutine, je propose de la libérer. La révolution attendra : ah ça ira ça ira ça ira, les fards et les poudres on les r’prendra.

Tu leur donnes le doigt

Vous avez remarqué que quand vous avez des enfants, plus rien ne vous appartient vraiment ?

C’est la fin de la journée, mon bureau est rangé je suis tranquillement en train de taper mon billet d’humeur sur mon Mac. Ambiance zen et contentement. Ma fille, 12 ans, fait irruption dans mon bureau. Elle doit imprimer des images, c’est pour un devoir me dit-elle. Pour demain. Je dois donc lui laisser l’ordi. Pas longtemps me jure-t-elle devant ma mine sombre. Je détiens la seule imprimante de la maison et de toutes façons, elle n’a plus de connexion internet, contrôle parental oblige. Je bougonne mais m’exécute, il y a toujours un panier de linge qui m’attend quelque part. Je n’ai pas sitôt cédé ma place encore chaude, que déjà elle déboule avec son cartable de 10 kg, pose sa maxi trousse qu’elle déploie à côté du clavier, ramène sa thermos de thé parce que « ça fait maîtresse », s’approprie mon gilet que j’ai posé sur le dossier de ma chaise parce que « ça caille dans ce bureau » et s’ouvre une page You Tube pour écouter ses musiques préférées. Mieux vaut déguerpir que voir ça. Je sais qu’elle va en profiter pour faire un tour sur sa messagerie et lancer discrètement un Skype avec sa copine, l’historique de navigation c’est pas fait pour les chiens. Quand je reviens voir où elle en est, j’ai un haut-le-cœur : elle à imprimé comme une forcenée et étalé les feuilles sur toutes les surfaces disponibles, sol compris. Il y a des résidus de colle sur le clavier, mes affaires ont été déplacées, elle a changé mon fond d’écran, fermé ma messagerie et mes onglets préférés. C’est internet qui a planté, me dit-elle. Je n’ai plus l’impression d’être dans mon bureau mais d’emprunter celui de ma fille. Et quand je râle elle me dit que je ne suis pas prêteuse ?!

Et ben moi je dis qu’on a le droit d’avoir ses petites affaires à soi. Que placer la perforatrice toujours à droite du pot à crayons ne fait pas de moi une personne psychorigide. Que j’ai le droit de salir mon bureau si l’envie m’en prend tout en refusant que les autres le fassent. Que si mon fond d’écran ne plaît qu’à moi ça ne veut pas dire que j’ai des goûts de chiotte. Et que la prochaine fois, ma fille ira se faire cuire un œuf.

Il avait raison mon père : tu leur donnes un doigt, ils te prennent tout le bras.

Grosse colère et mal de tête

Les émotions me tapent sur le système. Littéralement. Entre un ado en perte de vitesse et une pré-ado qui a oublié la définition du mot famille, dur dur d’être maman.

Après quelques discussions épiques sur l’air du « je te rappelle que chacun doit mettre la main à la pâte », le ton monte, vite, et même de plus en plus vite :
« Oui mais moi j’ai déjà débarrassé le lave-vaisselle EN ENTIER aujourd’hui ! » déclare ma fille exaspérée. On se demande bien pourquoi. C’est pas comme si elle était pas aller faire du shopping aujourd’hui et qu’elle n’avait pas dormi chez une copine la veille…
Je lui réponds du tac au tac, exaspérée moi aussi, sauf que moi je sais pourquoi :
« Sans blagues ? Et ben moi j’ai déjà fait 3 fois à manger aujourd’hui et devine quoi ? Demain, ça recommence »
« En même temps c’est normal, c’est toi la maman. Et je t’oblige pas à faire la cuisine. N’empêche que je suis pas toute seule, les autres aussi ils peuvent aider ! »
« Tu veux parler de ton petit frère qui devrait faire la vaisselle du haut de ses 6 ans ? Ou de ton grand-frère qui a entièrement préparé le dîner de ce soir ? A moins que tu ne parles de ton père qui a déjà nettoyé tous les sols de la maison et qui va sans doute les refaire ? »
« Ben oui… j’y peux rien s’il est maniaque »
« Ben non, dans une famille, les corvées ça se partage »
« …ouais une famille, parlons-en d’une famille … »
Après quoi, j’ai vraiment pété ma durite, à faire trembler les vitres.

Moralité : ma fille a obtempéré avec toute la mauvaise volonté dont elle était capable et moi je me suis retrouvée alitée le soir même avec une grosse migraine. Et avec z’Homme complètement frustré, qui a fait plusieurs les sols de la maison.

Comme dirait mon père : garde tes émotions pour les choses qui les méritent.

 

     

Smoking – no smoking

Que faire quand on réalise que son ado fume ? Et je parle ni de crapoter, ni de vapoter, mais bien de fumer… du tabac. Et de sentir la cigarette. Et d’avoir la toux du fumeur. Et de dépenser tout son argent de poche dans ces maudites clopes. Et de faire désormais partie des statistiques du cancer lié au tabac.

Déni, lamentations, chantage, consternation puis retour à la raison. Je m’informe et j’essaie de comprendre. Sur le site gouvernemental www.tabac-info-service.fr, ils donnent 6 conseils aux parents dont l’enfant fume :

1) Ne soyez pas indifférent à la consommation de tabac de votre enfant. Un adolescent doit sentir que ses parents ne ferment pas les yeux et s’inquiètent pour son avenir.

Moi, en mode psy
« Je m’inquiète de te voir fumer, tu tousses beaucoup »
Lui
« T’inquiète pas, j’arrête quand je veux »
« Ben arrête alors ? »
« Heu, c’est toi qui veux qu’ j’arrête, pas moi »
Merci Françoise Dolto

2) Parlez-lui du tabac en général et de sa consommation, avec calme et sans hausser le ton.

Moi, en mode militante
« J’ai lu quelque part que 50% des jeunes de 18 à 22 ans fument et que s’ils persistent, un sur deux mourra prématurément d’une maladie liée au tabac ! Ça fiche la trouille, non ? »
Lui
« Maman, c’est pas avec quelques cigarettes par jour que je vais me choper le cancer ! »
« C’est ce qu’ils disent tous avant de mourir »
« Maman, t’es reloue grave ! »
« Ben toi t’es grave débile ! »
« Écoute fumer, ça me déstresse. D’ailleurs, si tu pouvais sortir de ma chambre, je serais moins stressé et j’aurais moins envie de fumer »
Sans hausser le ton, ils avaient dit.

3) Maintenez l’interdit de fumer au sein de la maison.

Moi, en mode suspicieuse
« Tiens c’est drôle, ça sent la cigarette dans ta chambre… »
« Ouais, j’étais au Kebab, ça pue grave la clope »
On peut vraiment pas les claquer un peu ?

 4) N’essayez pas de le contraindre à arrêter.

Lui, en mode furax
« C’est toi qui m’a piqué mon paquet de clopes ? »
Moi
« Non, mais j’approuve celui qui l’a fait »
« Pfff… n’importe quoi ! J’vais en griller une pour me détendre »
CQFD

 5) Calculez avec lui ce qu’il dépense en cigarettes.

Moi, en mode éco
« La moitié de ton argent de poche part en fumée. Tu imagines ce que tu pourrais t’acheter avec ? »
Lui
« Ben justement rien, puisque j’ai pas le droit de sortir. »
Rien qu’une toute petite claque ?

6) Abordez ensemble la question de la dépendance.

Moi, en mode philo
« Tu es conscient qu’en fumant tu deviens dépendant et du coup adieu la liberté ? »
Lui
« La liberté, mais quelle liberté ? Parce que si je ne fumais pas je pourrais sécher les cours ou dormir toute la journée ? »
Soupirs

Comme dirait mon père : Article 1 : le tabac est un poison. Article 2 : tant pis.

    

Syndrome du Lapin Blanc

Depuis la rentrée des classes, je fais mon syndrome du Lapin Blanc. Attention, hein, pas le vrai syndrome du lapin, vachement inquiétant, mais celui qui consiste à s’agiter dans tous les sens tout en étant constamment à la bourre. Sur fond d’inscriptions aux activités extra-scolaires et de réunions de rentrée, dans le cadre peu enthousiasmant de la reprise générale et de l’ajustement aux nouveaux rythmes scolaires (voir mon post « Arythmie scolaire »).

« Je vais où aujourd’hui ? » me demande le petit, attablé devant ses tartines matinales. Moi non plus j’ai pas encore intégré le nouveau planning. Je prends le calendrier familial :
« Alors aujourd’hui je te cherche à midi (c’est la Roumanie dans le frigo → courses impératives)
… après l’école, t’as Atelier en allemand avec la nouvelle animatrice (Oups, c’est moi qui l’accueille et la présente aux enfants  me munir de la liste desdits élèves)
… ensuite je te dépose aux Arts du cirque ( prévoir la tenue de gym et ne pas oublier le dossier d’inscription avec le certificat médical que j’ai mis 2 heures à obtenir hier)
… ensuite je reviens te chercher (j’ai une heure de battement  aller acheter les baskets à semelles non marquantes ?)
… et après … j’ai une réunion de rentrée avec le groupe théâtre de ta sœur ( prévenir que je vais arriver en retard + prévoir goûter)
… et enfin on rentre ( demander au grand de cuire les pâtes) »
Je me demande si je ne devrais pas investir dans des post-it de couleur.
« Et demain, j’ai quoi ? »
« Multisports, rendez-vous chez le dentiste avec ta sœur et réunion de rentrée avec tes deux maîtresses ( prévoir goûter, acheter pizzas) »
« Et la musique, c’est quand ? »
« Samedi matin ( acheter le livre de formation musicale demandé par la prof.) »
« Et l’anniversaire de mon copain ? »
« Samedi après-midi ( prévoir cadeau). »
Juste quand j’allais lui dire de se taire et de finir son petit-déjeuner (→ penser à acheter des céréales, c’est plus rapide le matin), son frère aîné passe en coup de vent dans la cuisine :
« Maman, si tu passes en ville, t’oublies pas de m’acheter Objectif Bac, hein ? »
Et sa sœur n’est pas en reste  :
« Il faudra aussi renouveler mon abonnement de bus à l’occasion, hein maman ? »
Quand la bourrasque est passée, z’Homme débarque tranquillement dans la cuisine, frais comme un gardon.
« Je sais pas toi, ma chérie, mais j’ai trouvé cette rentrée assez cool finalement. On stressait vraiment pour rien »
Je rajoute mentalement à ma liste :  inscription à un cours de yoga ou de sophro.

Comme dirait mon père : parfois, mieux vaut un malentendu qu’un silence compris.

 

  

Arythmie scolaire

Dans le charmant village de Nidorfla, 3765 habitants, on a adopté la réforme des rythmes scolaires. À reculons et non sans avoir mené une vaillante bataille. Trêve de plaisanterie a dit Mme Vallaud-Belkacem, les maires récalcitrants seront mis à l’amende. On n’a pas osé la désobéissance civile. Maintenant, on ne peut que déplorer les effets pervers de cette mesure.

Le réveil en douceur et plus tardif du mercredi a été remplacé par la sonnerie stridente et implacable du réveil.
« Il est l’heure de se lever » dis-je à mon petit dernier, frappé de plein fouet par cette mesure destinée à alléger son rythme scolaire. Je suis à peine plus réveillée que lui.
« J’veux pas aller à l’école »
« Et tes copains alors ? Ils vont s’ennuyer sans toi ! » (je sais, c’est vaseux, mais j’ai pas encore bu mon café)
« J’veux quand même pas aller à l’école »
Après les mesures habituelles de supplication, chantage puis engueulade, il se lève. Le mercredi commence fort. Mais je me dis que ça vaut le coup de le lever un jour de plus dans la semaine et d’essuyer sa mauvaise humeur puisqu’il aura des journées moins chargées le reste du temps.
« Je t’ai préparé ton pantalon, habille-toi »
« Nan, j’veux pas mettre çui-là, il est moche »
« Bon alors mets le bleu »
« Nan pas le bleu ! »
Après les mesures habituelles de supplication, chantage puis engueulade, il s’habille.
« Tu veux une tartine de fraise ou d’abricot ? »
« J’veux du Nutella »
« Ben y’en a pas, alors c’est ça ou rien »
« J’veux rien »
Après les mesures habituelles de supplication, chantage puis engueulade, il mange.
« Mets tes baskets, on y va »
« J’veux encore jouer »
« Arrête de me faire parler et mets-les, tes baskets »
« Elles me font mal »
Après les mesures habituelles de supplication, chantage puis engueulade, il s’habille et on part. Je suis à cran, j’ai l’impression d’avoir déjà une journée de travail derrière moi, mais je me dis qu’au moins il aura des matières essentielles ce matin et du coup il sera plus reposé le reste du temps.
Sur le chemin de l’école, je lui demande :
« Tu as quoi ce matin ? »
« Sport »
« Tu as du mal comprendre mon kiki, le matin c’est réservé à l’écriture, au calcul, … »
« Non, la maîtresse elle a dit qu’on fait sport aujourd’hui »

Je récapitule : 1) le mercredi est devenu la même course contre la montre que les autres jours de la semaine, exit la pause qui s’imposait en milieu de semaine 2) l’argument des matières essentielles étudiées le matin ne semble pas résister à l’épreuve des faits 3) certes les enfants finissent l’école à 15h30 mais très peu sont cherchés à cet horaire parce-que – allô – les parents travaillent. De facto, la plupart des enfants restent en collectivité comme avant, ce qui n’allège guère leur rythme 3) les activités extrascolaires ont aussi lieu le samedi matin désormais, on lève donc les enfants 6 jours sur 7.

Comme dirait mon père, si les cons n’existaient pas, il ne faudrait surtout pas les inventer.

Rentrée des grands et des petits

A chaque rentrée, c’est plus fort que moi : j’ai une irrépressible envie de tenir la main à mes enfants et de franchir la grille de l’école à leurs côtés. Nostalgie ou syndrome de la mère poule ? Qu’importe puisqu’ils ne l’entendent pas de cette oreille.

Je demande à mon aîné qui passe en terminale, funeste année du bac :
« Je peux t’accompagner à la rentrée demain ? » (ton interrogatif-sceptique)
« Maman ! » (l’ado, excédé)
« Ben quoi, moi de mon temps, les parents venaient encore avec ! Enfin, pas toujours, mais quand même… » (je me dis que les temps ont changé)
« Ouais, c’est normal, c’était il y a trois siècles, si tu remontes un peu plus loin en arrière, y’avait même des dinosaures » (l’ado qui sort ses griffes)
« Pfff… » (c’est bien ce que je disais : on comparait pas nos parents à des dinosaures. Bon, parfois on le pensait très fort, mais quand même)
Je me tourne vers la cadette qui, elle, ne fait « que » passer en 5ème:
« Demain, pour la rentrée, je t’accompagne, hein ? » (ton interrogatif-dubitatif)
« Ah non maman, tu viens pas avec moi, c’est trop la honte ! » (la pré-ado, outrée)
« Parce que tu as honte de moi maintenant ? » (je me dis que finalement les temps n’ont pas changé)
« Aucun autre parent ne vient, alors oui, c’est la honte, si toi tu viens. Et puis pourquoi tu peux pas faire comme tout le monde ? »
Je regarde mon petit dernier qui devient un grand ce matin puisqu’il fait sa rentrée en primaire et je me dis, soulagée, que, lui au moins, il a encore un peu besoin de moi.
« Prêt ? Allez, on y va ! » (ton affirmatif-assertif)
Il appréhende la rentrée et ne me lâche pas d’un pouce. Arrivé dans la cour de l’école, il s’accroche de plus en plus à ma main, voire s’y suspend. Un peu plus il me démettrait le bras. Quand tout à coup :
« Tu as vu maman ? Mes copains sont là ! »
Je n’ai pas le temps de répondre que déjà il me lâche la main et va vers eux, tout guilleret. Je le suis des yeux jusqu’à ce qu’il se mette en rang à l’appel de son nom. Sans un regard pour moi.
Je dois me forcer à me rappeler les paroles du Prophète « Vos enfants ne sont pas vos enfants, et bien qu’ils soient de vous ils ne vous appartiennent pas. »

Comme dirait mon père : mieux vaut lâcher nos enfants avant qu’ils ne nous lâchent.