Au secours, ma fille est une ado !

13 ans : ma fille vient tout juste d’entrer officiellement dans le teen-age. Je croyais qu’après les effronteries post-enfance et les portes qui claquent pré-pubères, ça pouvait pas être pire. Mais je me trompais.

J’ai pas plus tôt souhaité à ma fille un joyeux anniversaire qu’elle m’assène :
« A partir de maintenant, je suis une ado. Plus ta petite ou ta puce, et pas de surnom devant mes copines, c’est trop la honte »
Je suis un peu prise au dépourvu, là tout de suite, c’est que je ne l’ai pas vue venir celle-là. Mais je me reprends :
« Tu sais que c’est pas une insulte, hein ?»
Gros gestes exaspérés
« Arrête de faire ta reloue, tu m’as bien comprise ! »
Cinq sur cinq j’ai envie de dire. On peut même plus plaider l’ignorance ou le 5ème amendement comme dans les séries américaines.
« Mais comment je t’appelle alors ? »
Elle lève les yeux au ciel :
« Par mon prénom comme tout le monde ! »
Sauf que je suis pas tout le monde. Mais bon, hein, je vais pas insister davantage alors je botte en touche :
« Bon alors t’as déjà réfléchi à la déco pour ta soirée entre filles ? »
« C’est trop la loose la déco »
« Ah bon ? Moi je trouve ça sympa »
« Ben oui, forcément … »
Je laisse passer l’allusion à mes goûts de nase et persiste :
« Tu as déjà choisi le thème ? «
« Faut encore que j’en discute avec les copines, mais j’ai 2-3 idées oui »
« On peut en parler ? Si tu veux ? »
« Ça sert à rien, on a trop pas les mêmes goûts »
Bon ben voilà, ça c’est dit. Je déglutis et poursuis :
« Mais tu as réfléchi à ce que tu veux faire à manger ? »
« Pas encore mais t’inquiète, j’irais faire les courses. Je veux pas de tes trucs bio dégueux et mes copines elles aiment pas non plus »
Reste plus qu’à prendre un bain pour déstresser.
Juste avant de retourner dans sa chambre, elle me balance :
« T’oublieras pas de me laisser les sous, hein ? »

Je me suis prise à rêver de ces doux moments, il n’y a pas si longtemps encore, où j’étais la plus jolie maman du monde et où elle m’aimait grand comme l’infini. Faites des gosses (qu’ils disaient).

Mon t’huitième anniversaire

Rien de plus logique, pour une blogueuse, que de fêter son tweetième anniversaire. C’est mieux que de tirer la tronche –faire une face de bouc, comme on dit dans le jargon. J’épingle les tableaux d’inspiration plutôt que les années qui s’envolent et je publie des vidéos qui ne deviendront pas des tubes. Mais qu’importe ? L’essentiel étant de se souvenir que la Vraie Vie n’est ni sur la toile, ni sur les réseaux antisociaux.

La vie et un anniversaire grandeur nature donc, avec une bande de potes arrivés eau compte-gouttes, pas comme l’inondation dans la cave, découverte par hasard en cherchant les bouteilles destinées à éponger notre soif. 1 cm d’eau sur 35 m2 de stratifié ça fait 350 litres d’eau : heureusement que z’homme est un technicien de surface dans l’âme (voir mon billet précédent Le bonheur selon z’homme). Il a écopé de la tâche ingrate consistant à passer l’éponge pendant que je me la coulais douce avec mes invités. La soirée a donc commencé entre deux eaux mais une fois la cave sèche et les copains imbibés, elle a continué en eaux troubles. Comme ils tous un grain, on a riz et piqué des fous-rires mais quand une andouille m’a joué un tour de cochon en m’offrant une langue de bovin, ça m’a pris aux tripes et j’ai plutôt ri jaune. L’appendice a fait un effet bœuf et moi qui ai d’habitude la langue bien pendue, pour le coup je l’ai avalée. La farce était subtile pour une pro-bilingue, vache pour une pro-végé et très en-dessous de la ceinture, même pour une pro-50 nuances de Grey, sauf à être zoophile-nécrophile. Sautant du coq à l’âne, mes copains comme cochon entament un épique Pictionary en équipe : Mars contre Vénus, encore une histoire de Gray – mais pas le même, faut suivre – où l’on comprend assez vite que si les femmes ont de l’imagination, les hommes sont peu subtils. S’envoyer les réponses par texto, ça ne peut pas passer inaperçu bien longtemps, n’en déplaise aux rusés renards. Fines mouches, nous les avons laissé faire les coqs tout en gloussant quand ils ont perdu : ils gagneront quand les poules auront des dents ou s’ils intègrent une équipe de filles, Mars et Vénus (enfin) réconciliés. Ce qu’un furieux Times Up en équipes mixtes sur fond de fin de guerre des sexes a d’ailleurs démontré. Qui nous a fait rire aux larmes, de crocodile bien sûr.

 

Perle rare

Avec z’homme on a prévu un dîner en tête-à-tête pour fêter nos 30 ans (?!), pas nos noces de perle mais le jour de notre rencontre, un peu notre Saint-Valentin perso quoi.

Comme c’est un lundi, je suis à l’arrache, entre le bain du dernier et un interminable coup de fil à l’Apple Care pour remettre ma bibliothèque iPhoto au milieu du village. Pas le temps de coordonner ma lingerie ni de mettre la main sur mes boucles d’oreilles fétiches. Mais comme dirait l’autre, c’est l’intention qui compte. Je m’aperçois dans la voiture que ma jupe est un peu trop courte et dévoile quelque peu mes bas autofixants (vous savez, le truc qui colle à la cuisse et devient gênant au bout d’une heure, top). Je ne voulais pas lever le voile mais voilà : z’homme a tout vu et ne voit pas où est le problème. D’autofixants ils passent sans transition à autofilants puisqu’arrivée au resto, je constate avec horreur qu’une maille c’est fait la malle. En l’occurrence il n’y a pas de maille qui m’aille, bien que z’homme ne voit toujours pas où est le problème. Je vous ai déjà parlé de ses problèmes de vue, non ?

Il me reste à déguster une assiette de légumes oubliés – que je me souviens pourtant avoir déjà goûtés – en tirant sur ma jupe pour cacher mes bas que le serveur ne saurait voir, d’autant qu’ils filent un mauvais coton. Et coton ça l’est quand le personnel zélé passe et repasse m’empêchant de retirer au bas mot le maudit bas, voire la paire, parce qu’à deux c’est mieux et ensemble c’est tout. J’accepte mon sort funeste et brandy au nez d’un z’Homme encore sobre les lettres qu’il m’a écrites il y a 30 ans et dans lesquelles il me déclarait sa flamme – déjà. Comme quoi garder des vieilleries, ça a du bon. Lui qui râlait sur la cave en désordre et sur ma soi-disant incapacité à faire du vide, le voilà tout ému, à lire des textes gentiment niais sur du papier à lettres qui sent la moisissure, et pas la noble. A propos de champignons, ceux qui nous sont servis accompagnent à merveille les Saint-Jacques à la Bigoudène. Comme je ne suis palourde, je préfère rester muette comme une carpe et lui laisser son quart d’heure de nostalgie, voire plus. Au moment du dessert, je lui demande tout de même de mettre le turbot pour ne pas nous in-crustacé. Et pour éviter que la soirée ne se termine en queue de poisson.

Telle une moule à son rocher, je m’agrippe à Z’homme pour sortir du restau la tête haute mais la jambe filée. Galant devant l’éternité, il me compare à une étoile. Filante bien sûr.