Syndrome du frigo vide

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Si tu as un ado à la maison, tu connais le syndrome du frigo vide. Si tu as une ado(e) aussi, d’ailleurs, égalité des sexes oblige. Mais cet appétit gargantuesque est à géométrie variable. À table, les jeunes pratiquent le tri sélectif. Explications.

Quand le Grand déclare qu’il a trop la dalle, quand est-ce qu’on mange, il veut dire: « Je me ferais bien un hamburger ou une pizza mais j’accepte aussi des spag bolo. »
Autant dire que la soupe de légumes ne part pas favorite. D’ailleurs, il jette un coup d’œil sceptique au frigo, aussitôt qualifié d’anorexique. Ben oui, si tu exclus les légumes, le lait de chanvre et les substituts carnés, reste plus grand chose à se mettre sous la dent.

Quand Louloute laisse tomber qu’elle a pas faim ce soir, elle veut dire : « Je me ferai du pain de mie grillé au beurre de cacahuètes un peu plus tard (et un paquet de chips et de cookies qu’elle a acheté en douce) ». D’ailleurs, elle lance un regard de commisération sur la quiche végé sans gluten et sa salade mêlée qui nous attend à table. Sale temps pour une maman qui tente de suivre à la fois les recommandations du Programme national nutrition santé, le régime paléo et plus généralement le bon sens. Ils ont déjà causé à des ados une fois dans leur vie, les nutritionnistes ?

Comment faire comprendre aux greffons que, non, on ne peut pas se nourrir exclusivement de pâtes, de pizzas, de sandwiches et de hot-dogs ? Et non, on ne peut pas non plus soutenir l’économie régionale en s’enfilant des tartes flambées, des mauricettes et autres bretzels à longueur de journée verdammi [1] ? Que si on achète de la viande en AMAP [2], c’est justement pour éviter le jambon Herta ? Que le thon Petit Navire n’est pas compatible avec la pêche durable MSC ? Qu’un kébab-frites n’est un repas ni équilibré ni sain, même s’il y a plein d’oignons et de chou dedans ? Que le ketchup ne compte pas comme une portion de légumes par jour ?

Le pire dans tout ça c’est que nourrir des estomacs sur pattes, ça grève ton budget, ça plombe ton emploi du temps et ça bousille le bilan carbone de la planète. Tout ça pour t’entendre dire qu’il « y a jamais rien à grailler dans cette maison » et autres lamentations autour du « pourquoi on peut pas manger comme tout le monde ? ». Même z’Homme s’alarme du rapport densité alimentaire du frigo / factures des courses.

Dans ce contexte de morosité alimentaire, et après avoir essuyé un énième commentaire sur l’inutilité avérée des légumes, Pioupiou tente de me remonter le moral :
« T’inquiète pas maman, moi j’irai jamais au MacBeurk. »
« Ah tant mieux, tu me rassures ! »
« Bah oui, ils sont vraiment nuls leurs cadeaux »
Ah oui, y’a ça.

 

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[1] juron alsacien

[2] Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne

Sa mère la fête

Dimanche dernier, c’était la Fête des Mères. Je m’étais dit youpi : enfin un dimanche posé où je pourrais flâner grave dans un pyjama déteint avec de méchantes chaussettes en laine, mon Kindle à la main, en attendant que l’on me prépare un plateau petit-déjeuner avec une rose et des croissants. J’aurais même le droit de ne pas me laver.

Mais comme dirait Céline Dion, ce n’était qu’un rêve. La dure réalité, vraie comme un jour qui se lève, c’est que je me suis levée avec le jour, et pas avec le sourire aux lèvres. Tradition oblige, tous les ans à la fête des mères, la famille pique-nique dans la nature. Par ordre de ma mère. Dont c’est aussi la fête, forcément. Même si ce n’est pas forcément la mienne, du coup. Car la balade du dimanche assortie d’un pique-nique le jour de la fête des mères, présente pour moi un triple handicap : il faut se lever tôt et préparer un déjeuner sur l’herbe, tout ça le seul jour de l’année où l’on aurait précisément le droit de se laisser aller à ne rien faire sans que cela soit moralement répréhensible. Pour éviter tout incident diplomatique, je me plie à ce double rendez-vous avec Dame Nature et la Reine Mère qui décrète « rien de tel qu’un bon bol d’air vosgien pour s’aérer les neurones ». Je dois avoir l’air dubitatif car elle rajoute : « en plus, il ne pleuvra pas ». C’est sûr, ça console, surtout quand ils ont prévu grand beau temps en plaine. Je m’attelle donc à la tâche : une salade à laver, des tomates à trancher, des radis à émincer et des fraises à équeuter. Et puis des sacs à dos à préparer, un cadeau à emballer, des coupe-vent à prévoir. Et avant tout ça encore, tirer tout le monde du lit et insuffler à la famille un enthousiasme qui lui fait fortement défaut. MOI AUSSI JE PRÉFÉRAIS RESTER AU LIT, FIGUREZ-VOUS !

Le grand a du mal à garder les yeux ouverts et baille un « bonne fête maman » qui manque de conviction ou plus vraisemblablement de sommeil. Le petit pleure parce que ça sœur l’a traité de débile, laquelle est agacée parce qu’elle n’a plus le temps de se faire son rituel beauté en 10 points et qu’en plus, elle doit laisser son portable à la maison sous peine d’essuyer les foudres de sa grand-mère. Z’Homme, taciturne, tranche la collerette des fraises d’un geste définitif. C’est qu’il vient d’apprendre qu’on sera à plus de mille mètres et qu’il fera plutôt pas trop chaud pour ne pas dire quand même assez frais. Rien de tel pour lui saper le moral à mon z’Homme, qui n’ayant visiblement pas compris le problème de la couche d’ozone, reste un inconditionnel de la toast attitude.

Ambiance spéciale Fête des Mères, donc. Avec confettis et serpentins. Je pourrais leur rappeler que (hallo ?) c’est le jour où on est censés être sympa avec sa maman, mais une fois que nous sommes entassés dans la voiture, prêts à partir et dûment en retard, je me contente de leur balancer, un œil sur mon portable ça fait plus crédible : « Ça va être un pique-nique de ouf. Je kiffe grave ». Avec l’accent. Des fois, parler chelou aux greffons, ça coupe court aux discussions. Wesh.

Sans fard

Ma fille est à l’âge critique. Dans tous les sens du terme. Avant, j’étais la plus jolie maman du monde. Mais ça c’était avant. Maintenant elle dit que j’ai surtout des plis et des rides. Moi je trouve que c’est un peu pas vrai.

Je me maquille dans la salle de bains, porte ouverte. Erreur fatale. Ma fille entre et me scanne de son regard laser. J’ai l’impression d’avoir un code-barres tatoué sur le visage, ou plutôt un code-bar parce que du bar au thon il n’y a qu’un pas, enfin une ligne, que je ne saurais franchir. Elle me trouve un peu une tête d’œuf – teint brouillé et yeux pochés – ce qui explique sans doute pourquoi elle m’inspecte le blanc des yeux. Je vais pas en faire une jaunisse même si je préférerais qu’elle me le dise avec ménagement. On est fragiles à nos âges. Elle propose de me maquiller, histoire d’appliquer les conseils de ses youtubeuses préférées sur une tête à coiffer grandeur nature. Je dis oui pour ne pas étouffer dans l’œuf cette tentative de rapprochement fille-mère, enfin mère-fille c’est moins compromettant. Si vous croyez encore qu’un fond de teint s’applique à l’éponge ou à la brosse, ressortez votre Harrap’s parce que c’est désormais le beauty blender qui vous fera un teint de pêche, le highlighter qui vous donnera la banane et le contouring qui creusera vos pomm-ettes. Le bon vieux crayon kôhl se pose dans la « muqueuse inférieure » si l’on ne veut pas avoir l’air d’une poire (perso, la muqueuse inférieure je la situe pas là, mais je vais pas avoir cette conversation avec ma fille). Cerise sur le gâteau : on peut encore utiliser le grand classique qu’est l’eye liner, à condition toutefois d’utiliser un « pinceau biseauté ». J’ai un peu de mal à gober le jargon cosméto de jeunes filles à peine sorties de l’œuf qui veulent nous faire croire que leur vie ressemble aux vidéos ultra-glamour qu’elles postent. Mais puisque ma fille s’est mise en tête de me rajeunir, où est le mal ? J’ai dû parler à voix haute car le voilà qui débarque, le mâle, en la personne de z’Homme. Et là, à propos de valises sous les yeux, heureusement qu’il prend pas l’avion parce qu’il payerait hélico – euh, illico – un excédent de bagages. Mon tact naturel m’empêche de le lui faire remarquer mais cela n’arrête pas ma fille qui lui propose un masque anti-poches-regard-jeunesse pour que cesse toute ressemblance avec un shar-Peï. Vous savez, cet adorable toutou tout plissé ? Z’Homme apprécie moyennement la comparaison canine mais comme elle n’en démord pas je me dis qu’il va vraiment avoir une dent contre elle. Pour éviter qu’elle ne se mutine, je propose de la libérer. La révolution attendra : ah ça ira ça ira ça ira, les fards et les poudres on les r’prendra.

Tu leur donnes le doigt

Vous avez remarqué que quand vous avez des enfants, plus rien ne vous appartient vraiment ?

C’est la fin de la journée, mon bureau est rangé je suis tranquillement en train de taper mon billet d’humeur sur mon Mac. Ambiance zen et contentement. Ma fille, 12 ans, fait irruption dans mon bureau. Elle doit imprimer des images, c’est pour un devoir me dit-elle. Pour demain. Je dois donc lui laisser l’ordi. Pas longtemps me jure-t-elle devant ma mine sombre. Je détiens la seule imprimante de la maison et de toutes façons, elle n’a plus de connexion internet, contrôle parental oblige. Je bougonne mais m’exécute, il y a toujours un panier de linge qui m’attend quelque part. Je n’ai pas sitôt cédé ma place encore chaude, que déjà elle déboule avec son cartable de 10 kg, pose sa maxi trousse qu’elle déploie à côté du clavier, ramène sa thermos de thé parce que « ça fait maîtresse », s’approprie mon gilet que j’ai posé sur le dossier de ma chaise parce que « ça caille dans ce bureau » et s’ouvre une page You Tube pour écouter ses musiques préférées. Mieux vaut déguerpir que voir ça. Je sais qu’elle va en profiter pour faire un tour sur sa messagerie et lancer discrètement un Skype avec sa copine, l’historique de navigation c’est pas fait pour les chiens. Quand je reviens voir où elle en est, j’ai un haut-le-cœur : elle à imprimé comme une forcenée et étalé les feuilles sur toutes les surfaces disponibles, sol compris. Il y a des résidus de colle sur le clavier, mes affaires ont été déplacées, elle a changé mon fond d’écran, fermé ma messagerie et mes onglets préférés. C’est internet qui a planté, me dit-elle. Je n’ai plus l’impression d’être dans mon bureau mais d’emprunter celui de ma fille. Et quand je râle elle me dit que je ne suis pas prêteuse ?!

Et ben moi je dis qu’on a le droit d’avoir ses petites affaires à soi. Que placer la perforatrice toujours à droite du pot à crayons ne fait pas de moi une personne psychorigide. Que j’ai le droit de salir mon bureau si l’envie m’en prend tout en refusant que les autres le fassent. Que si mon fond d’écran ne plaît qu’à moi ça ne veut pas dire que j’ai des goûts de chiotte. Et que la prochaine fois, ma fille ira se faire cuire un œuf.

Il avait raison mon père : tu leur donnes un doigt, ils te prennent tout le bras.

Grosse colère et mal de tête

Les émotions me tapent sur le système. Littéralement. Entre un ado en perte de vitesse et une pré-ado qui a oublié la définition du mot famille, dur dur d’être maman.

Après quelques discussions épiques sur l’air du « je te rappelle que chacun doit mettre la main à la pâte », le ton monte, vite, et même de plus en plus vite :
« Oui mais moi j’ai déjà débarrassé le lave-vaisselle EN ENTIER aujourd’hui ! » déclare ma fille exaspérée. On se demande bien pourquoi. C’est pas comme si elle était pas aller faire du shopping aujourd’hui et qu’elle n’avait pas dormi chez une copine la veille…
Je lui réponds du tac au tac, exaspérée moi aussi, sauf que moi je sais pourquoi :
« Sans blagues ? Et ben moi j’ai déjà fait 3 fois à manger aujourd’hui et devine quoi ? Demain, ça recommence »
« En même temps c’est normal, c’est toi la maman. Et je t’oblige pas à faire la cuisine. N’empêche que je suis pas toute seule, les autres aussi ils peuvent aider ! »
« Tu veux parler de ton petit frère qui devrait faire la vaisselle du haut de ses 6 ans ? Ou de ton grand-frère qui a entièrement préparé le dîner de ce soir ? A moins que tu ne parles de ton père qui a déjà nettoyé tous les sols de la maison et qui va sans doute les refaire ? »
« Ben oui… j’y peux rien s’il est maniaque »
« Ben non, dans une famille, les corvées ça se partage »
« …ouais une famille, parlons-en d’une famille … »
Après quoi, j’ai vraiment pété ma durite, à faire trembler les vitres.

Moralité : ma fille a obtempéré avec toute la mauvaise volonté dont elle était capable et moi je me suis retrouvée alitée le soir même avec une grosse migraine. Et avec z’Homme complètement frustré, qui a fait plusieurs les sols de la maison.

Comme dirait mon père : garde tes émotions pour les choses qui les méritent.

 

     

Les amis du petit-déjeuner

Je me suis promis de varier les petits-déjeuners pour donner envie aux enfants de manger le matin et, par extension, les faire sortir du lit.

Dit comme ça, ça paraît simple. Bien sûr j’ai un peu oublié, dans mon enthousiasme, que pour préparer le petit-déjeuner, il faut se lever plus tôt que d’habitude (la galère). Ce qui, toujours par extension, signifie aussi se coucher plus tôt que d’habitude (la misère) et SANS LIRE (comble de la misère).

[Parce que, entre parenthèses, se coucher tôt c’est bien, mais à quoi ça sert quand on lit jusqu’aux aurores, hein, je vous le demande ??? Bon, ça c’est z’Homme qui parle. Comme il lira pas ce billet, je reconnais qu’il a raison, Sinon, je l’avouerais pour rien au monde, faut pas déconner. ]

Mais revenons à nos moutons. Varier les petits-déjeuners, donc. Parce que la trilogie pain-beurre-confiture de nos grands-mères, c’est tout de même un peu lassant. On a beau remplacer la confiture par du Bio-tella et passer de la baguette au pain paysan, les tartines, ça devient vite prévisible.

Les céréales du petit-déjeuner seraient diététiquement intéressantes si les enfants les choisissaient dans la catégorie muesli ou pétales de maïs nature, plutôt que chocatrucs et autres machins fourrés-glacés. Hélas ! Avec un marché hexagonal estimé à 755 millions d’euros par an*, il ne faut pas attendre des industriels qu’ils valorisent un produit nutritionnellement intéressant mais commercialement peu attractif. Ils préfèrent miser sur des produits transformés contenant du sucre à haute dose et des matières grasses à outrance mais dont la forme et l’aspect sont tellement plus vendeurs. Faut les comprendre aussi, les pauvres.

Reste  le petit-déjeuner anglo-saxon : œufs brouillés-bacon-haricots bancs en sauce tomate sucrée. Je sais pas vous, mais moi ça me brouille un peu l’estomac … sans compter que ma nature de flexitarienne se rebelle à l’idée d’ingurgiter autant de protéines animales dès potron-minet.

Ce matin, prise par le temps, je décide de faire simple : je vais chez le boulanger et ramène de la baguette et des viennoiseries. Je pose tout ça sur la table et là, surprise, je fais l’objet d’un tir groupé:
– « Tu sais combien y’a de glucides dans un petit pain au chocolat ? » m’assène le grand.
– « C’est pas terrible pour ma ligne » me reproche la cadette
– « Ça veut dire quoi la ligne ? » demande le petit dernier.
Leur esprit critique me ferait presque plaisir si je n’avais  pas affronté la pluie et la grisaille matinales pour aller le chercher, le p’tiit déj. J’ai bien dit « presque ». Comme dans « pas du tout ».
L’ado continue, maussade :
– « C’est une explosion de gluten ton truc et la baguette c’est du sucre à l’état pur. T’as pas trouvé du pain complet ? »
– « La prochaine fois, si tu pouvais prévoir des fruits frais coupés en quartier et une crème Kousmine, je préférerais », rajoute la cadette.
– « Ça veut dire quoi Kousmine ? » demande le petit dernier.
Je me contiens à grand-peine quand arrive z’Homme, le cheveu hirsute et la mine hagarde :
– « Ben ma chérie, t’as pas pris de croissants ? »

C’est généralement à ce moment-là que j’envie mes copines célibataires.
Et que je comprends mieux mon père quand il nous conseillait de ne pas manger notre pain blanc.

*Source : Sciences et avenir http://www.sciencesetavenir.fr/sante/20131113.OBS5087/quelles-cereales-pour-un-petit-dejeuner-ideal.html,

 

            

Syndrome du Lapin Blanc

Depuis la rentrée des classes, je fais mon syndrome du Lapin Blanc. Attention, hein, pas le vrai syndrome du lapin, vachement inquiétant, mais celui qui consiste à s’agiter dans tous les sens tout en étant constamment à la bourre. Sur fond d’inscriptions aux activités extra-scolaires et de réunions de rentrée, dans le cadre peu enthousiasmant de la reprise générale et de l’ajustement aux nouveaux rythmes scolaires (voir mon post « Arythmie scolaire »).

« Je vais où aujourd’hui ? » me demande le petit, attablé devant ses tartines matinales. Moi non plus j’ai pas encore intégré le nouveau planning. Je prends le calendrier familial :
« Alors aujourd’hui je te cherche à midi (c’est la Roumanie dans le frigo → courses impératives)
… après l’école, t’as Atelier en allemand avec la nouvelle animatrice (Oups, c’est moi qui l’accueille et la présente aux enfants  me munir de la liste desdits élèves)
… ensuite je te dépose aux Arts du cirque ( prévoir la tenue de gym et ne pas oublier le dossier d’inscription avec le certificat médical que j’ai mis 2 heures à obtenir hier)
… ensuite je reviens te chercher (j’ai une heure de battement  aller acheter les baskets à semelles non marquantes ?)
… et après … j’ai une réunion de rentrée avec le groupe théâtre de ta sœur ( prévenir que je vais arriver en retard + prévoir goûter)
… et enfin on rentre ( demander au grand de cuire les pâtes) »
Je me demande si je ne devrais pas investir dans des post-it de couleur.
« Et demain, j’ai quoi ? »
« Multisports, rendez-vous chez le dentiste avec ta sœur et réunion de rentrée avec tes deux maîtresses ( prévoir goûter, acheter pizzas) »
« Et la musique, c’est quand ? »
« Samedi matin ( acheter le livre de formation musicale demandé par la prof.) »
« Et l’anniversaire de mon copain ? »
« Samedi après-midi ( prévoir cadeau). »
Juste quand j’allais lui dire de se taire et de finir son petit-déjeuner (→ penser à acheter des céréales, c’est plus rapide le matin), son frère aîné passe en coup de vent dans la cuisine :
« Maman, si tu passes en ville, t’oublies pas de m’acheter Objectif Bac, hein ? »
Et sa sœur n’est pas en reste  :
« Il faudra aussi renouveler mon abonnement de bus à l’occasion, hein maman ? »
Quand la bourrasque est passée, z’Homme débarque tranquillement dans la cuisine, frais comme un gardon.
« Je sais pas toi, ma chérie, mais j’ai trouvé cette rentrée assez cool finalement. On stressait vraiment pour rien »
Je rajoute mentalement à ma liste :  inscription à un cours de yoga ou de sophro.

Comme dirait mon père : parfois, mieux vaut un malentendu qu’un silence compris.

 

  

Rentrée des grands et des petits

A chaque rentrée, c’est plus fort que moi : j’ai une irrépressible envie de tenir la main à mes enfants et de franchir la grille de l’école à leurs côtés. Nostalgie ou syndrome de la mère poule ? Qu’importe puisqu’ils ne l’entendent pas de cette oreille.

Je demande à mon aîné qui passe en terminale, funeste année du bac :
« Je peux t’accompagner à la rentrée demain ? » (ton interrogatif-sceptique)
« Maman ! » (l’ado, excédé)
« Ben quoi, moi de mon temps, les parents venaient encore avec ! Enfin, pas toujours, mais quand même… » (je me dis que les temps ont changé)
« Ouais, c’est normal, c’était il y a trois siècles, si tu remontes un peu plus loin en arrière, y’avait même des dinosaures » (l’ado qui sort ses griffes)
« Pfff… » (c’est bien ce que je disais : on comparait pas nos parents à des dinosaures. Bon, parfois on le pensait très fort, mais quand même)
Je me tourne vers la cadette qui, elle, ne fait « que » passer en 5ème:
« Demain, pour la rentrée, je t’accompagne, hein ? » (ton interrogatif-dubitatif)
« Ah non maman, tu viens pas avec moi, c’est trop la honte ! » (la pré-ado, outrée)
« Parce que tu as honte de moi maintenant ? » (je me dis que finalement les temps n’ont pas changé)
« Aucun autre parent ne vient, alors oui, c’est la honte, si toi tu viens. Et puis pourquoi tu peux pas faire comme tout le monde ? »
Je regarde mon petit dernier qui devient un grand ce matin puisqu’il fait sa rentrée en primaire et je me dis, soulagée, que, lui au moins, il a encore un peu besoin de moi.
« Prêt ? Allez, on y va ! » (ton affirmatif-assertif)
Il appréhende la rentrée et ne me lâche pas d’un pouce. Arrivé dans la cour de l’école, il s’accroche de plus en plus à ma main, voire s’y suspend. Un peu plus il me démettrait le bras. Quand tout à coup :
« Tu as vu maman ? Mes copains sont là ! »
Je n’ai pas le temps de répondre que déjà il me lâche la main et va vers eux, tout guilleret. Je le suis des yeux jusqu’à ce qu’il se mette en rang à l’appel de son nom. Sans un regard pour moi.
Je dois me forcer à me rappeler les paroles du Prophète « Vos enfants ne sont pas vos enfants, et bien qu’ils soient de vous ils ne vous appartiennent pas. »

Comme dirait mon père : mieux vaut lâcher nos enfants avant qu’ils ne nous lâchent.

Terminus, tout le monde descend

On atteint Budapest, notre terminus, sur une piste cyclable assez étroite, coincée entre une nationale à gauche et des rails de tramway à droite. Plutôt moche et pourtant, la vue qui nous attend est époustouflante : les monuments emblématiques de la ville – parlement, château, ponts – s’offrent à nos yeux, bordés par le Danube.

Mais le quart d’heure poétique s’arrête là, parce que dans mon dos les deux petits se disputent au sujet d’une peluche dont l’une a ABSOLUMENT besoin pour jouer à la maîtresse tandis que l’autre déclare que c’est TOUJOURS elle qui l’a et JAMAIS lui. Cette querelle existentialiste laisse l’aîné indifférent, qui aimerait juste savoir s’il y a le Wi-Fi dans l’appartement que nous avons loué. J’en serais presque désespérée si z’Homme ne partageait pas mon admiration pour les splendeurs hongroises… jusqu’à ce que je comprenne qu’il parlait des femmes, pas des monuments. Je me sens bien seule parfois.

Mais comme j’ai encore un peu d’espoir, je déclare à la ronde :
« Les enfants, on a atteint notre objectif : 700 km en vélo le long du Danube ! »
« Ouais, ras le bol du vélo » (l’ado, démotivé)
«  Pour aller au collège, c’est clair, je prends le bus ! » (la cadette, qui surfe sur la vague ado)
« Moi aussi je prends le bus pour aller à l’école ! » (le benjamin, qui entrevoit une possibilité inespérée)
« Dire qu’on aurait pu aller jusqu’à la Mer Noire » (z’Homme, qui n’a rien suivi)
« Vous pouvez être fiers de vous, c’est un sacré parcours ! » (moi, pas découragée)
« Dire que j’aurais pu le faire en courant … » (z’Homme, monomaniaque)
« Abuse » (l’ado, fatigué d’avance)
« Pfff…n’exagère pas tout de suite … et on les aurait mis où les bagages ? » (la cadette, agacée et réaliste)
« Ben moi, papa, je veux bien courir avec toi » (le benjamin, fayot et pas réaliste)
« Heu, je voulais juste qu’on prenne la mesure de ce qu’on a fait, c’était pas facile tous les jours mais quelle belle aventure, enfin je trouve, perso, quoi » (moi, un peu refroidie tout de même)
Le mot aventure a dû réveiller quelque chose chez z’Homme qui déclare :
« Oui, ça c’est vrai, une belle aventure »
« On peut y aller maintenant ? J’ai les crocs moi » (l’ado, également monomaniaque)
« Oui, on a faim, on a faim, on a faim… » (les 2 autres, soudain réconciliés)
Je remonte sur mon vélo, consternée.

Comme dirait mon père : j’en parlerai à mon cheval (il parle moins bien, mais il court plus vite).

Petite étape, grosse fatigue

Demain petite étape, seulement 24 km en vélo soit 2 heures grand max. Finger in the nose. Ça tombe bien : il y a une grosse fatigue dans l’air. Mais c’est compter sans les ardeurs cyclonomades de z’Homme.

Z’Homme annonce : « Debout à 7h30 demain. » « Reibel »lion générale :
« Trop pas, on veut dormir nous ! » bougonne l’ado.
« Ben moi je veux arriver. En plus, il va faire beau » répond z’Homme, inflexible.
« Le rapport ? » (ado, agacé)
« Je veux m’allonger au soleil, pas faire du vélo toute la journée » (z’Homme, imperturbable)
« N’importe quoi ! Si on part à 11h on arrivera à Bratislava pile poil à l’heure du repas » (ado, affamé)
« Bien sûr, manger c’est la seule chose qui t’intéresse. Et si on crève en chemin, hein ? » (là, il parle des pneus)
« Abuse » (ado, désabusé)
« J’ai vu qu’il y a un terrain de beach volley ; on pourra se baigner dans le Danube » (z’Homme, rêveur)
« LoL » (ado, blasé)
« Faut partir tôt pour arriver tôt » (z’Homme, toujours dans sa logique)
« Arrête, on dirait Sarko, travailler plus pour gagner plus » (ado, ironique)
« Allez extinction des feux, faut être en forme pour demain. » (z’Homme, toujours à fond)
« Ben moi je fais pas de volley avec toi si je dois me lever à l’aube » (ado, dans sa logique à lui)
« C’est pas cool de faire du chantage » (z’Homme, vexé)
« Et si je me crève en chemin ? » (là, il parle pas des pneus)
J’aurais bien envie de dire 1 partout, balle au centre mais je me tais.

Comme dirait mon père : il faut savoir choisir ses batailles.