Speed-dating parents-professeurs

Speed dating humour me by barbara

Tu rêves de rencontrer des profs ? Tu veux en rencontrer un maximum en un minimum de temps ? T’as une soirée entière devant toi ? Le speed-dating parents-professeurs est fait pour toi. Oseras-tu relever le défi ?

7 minutes, et pas une de plus, c’est le temps que t’as pour causer de ton greffon et de ses nécessaires faiblesses avec chaque prof concerné. Parce que tu vas pas voir les profs des matières où tout va bien, nan. Ceux à qui tu demandes un rendez-vous représentent les matières faibles, celles où les notes ont dévissé pire que le CAC 40 en plein krach boursier. Tu reçois une petite grille horaire format A5 avec les noms des profs, les horaires de passage et les salles et tu te dis que c’est la grande classe. Un conseil : comme chaque seconde compte, munis-toi d’une montre à affichage digital, c’est plus rapide que de consulter l’heure sur un portable. Tu me diras merci plus tard.

Horaires indicatifs, comme à la SNCF

Alors d’abord, sans vouloir faire éclater ta petite bulle de bonheur, sache que les horaires précis qu’on t’a donnés – 16h52 ou 19h08, par exemple – ne sont pas faits pour être tenus. Ils sont « indicatifs », un peu comme à la SNCF. Le corps professoral a voulu donner un signal fort, montrer qu’ils vivent avec leur temps, et sur le papier, ça le fait. Mais c’est sans compter les brebis galeuses. Certains profs accumulent tellement de retard, que tu sors de chez l’un au moment ou tu aurais dû finir chez un autre, que tu zappes par la force des choses en espérant rattraper le coup un peu plus tard. Bref, c’est la perturbation générale dû à un sale effet domino. Et comme les parents, affolés, courent dans tous les sens, ça met un peu de piment à la situation. On est loin, très loin, de l’ambiance feutrée d’un bistrot propice aux rencontres.

À cela s’ajoute que, mathématiquement et physiologiquement, ces horaires sont impossibles à tenir. Oui parce que j’ai oublié de préciser que sont compris dans les 7 minutes imparties pour chaque rencontre : 1) le temps de transit entre les différentes salles, les différents étages et parfois les différents bâtiments, 2) le temps qu’il te faut pour serrer la main du prof en jonglant entre ta veste, ton calepin et la part de gâteau que t’as achetée aux secondes pour financer leur voyage scolaire 3) et enfin le temps de poser ton derrière sur une chaise encore toute chaude. Si tu dois faire pipi entre deux rendez-vous, explique à ta vessie que c’est juste pas possible. Si t’as pas le sens de l’orientation, abandonne carrément. Franchement, le planning est trop serré pour ce genre de futilités.

Au bon endroit à peu près au bon moment

Une fois que t’es au bon endroit à peu près au bon moment, encore faut-il repérer de suite le bon prof parce que, comme ils sont deux dans la même salle, pas facile de savoir avec qui t’as rendez-vous si tu connais pas sa tête. Moi j’dis ça, c’est pour les parents qui auraient loupé la réunion de rentrée. Ou ceux qui ne sont pas, mais absolument pas, physionomistes. Il est donc tout à fait possible que tu perdes quelques précieuses secondes à identifier le bon prof, voire à te tromper et à retourner dans la file d’attente.

Dans ce chaos organisé, la communication entre parents tient du grand art. Chacun consulte son planning d’un air fébrile, et si possible important. Et on se fait des petits checks : à quelle heure vous aviez rendez-vous ? Un parent : Ah moi j’avais rendez-vous a 17h21. Ah oui, mais moi a 17h14… du coup, c’est moi d’abord. Le parent que je viens de coiffer au poteau me lance un regard noir. Normal, c’est un nouveau parent, il a pas encore pigé les règles du jeu. Je me retiens de faire un fist pump, c’est pas terrible pour la cohésion de groupe, mais je lui fais un sourire que j’espère sincère en apparence.

Bonnet d’âne

Quand j’arrive enfin devant le prof de français de Louloute, tout s’explique. Dans la catégorie « taisez-vous que je m’écoute parler », il part largement favori. En dépit de son haleine d’hyène en putréfaction, ce clone de Deschiens retient les parents bien au-delà des 7 minutes règlementaires. Son gilet trop serré sur une chemise à carreaux rouges boutonnée jusqu’au col doit exercer sur la foule une sorte de fascination, là où Cristina Córdula ferait sans doute une rupture d’anévrisme. J’essaie de plaider le cas de Louloute pour la mauvaise note dans son bulletin. « C’est un accident », lui dis-je. « Eh ben, elle est drôlement accidentée ces temps-ci votre fille ! » Comme je le sens prêt à repartir pour un nouvel accès de diarrhée verbale, je me lève en hâte en marmonnant, sans conviction, « à la prochaine » et en lui décernant secrètement un bonnet d’âne.

Même le prof de maths tétra mutique n’arrive pas à compenser les excès de son loquace collègue. Il est vrai que dans la catégorie « taisez-vous que je m’écoute penser », il sait expédier les parents en trois minutes chrono avec deux formules au choix : N°1) bonjour, tout va bien, au revoir, N° 2) bonjour, comprend rien mais se donne du mal, au revoir. On le sent pressé de retourner à ses équations à plusieurs inconnues, parce que clairement, les parents, c’est pas son truc. Les élèves non plus d’ailleurs. Déçue, j’aimerais en savoir plus sur Louloute mais il me dit qu’on a déjà touché le fond alors faut arrêter de creuser. Il regarde sa montre d’un air ennuyé, me signifiant ainsi de ne pas être LA mère pénible qui va mettre en danger l’équilibre précaire de son carnet de rendez-vous. Je balbutie la possibilité de le revoir un autre jour. « Envoyez-moi un mail sur ENTEA », qu’il me répond. Je révise mon jugement : pas mutique, autiste celui-là. Et avec ça, tu t’étonnes que ma fille joue le remake du Titanic en maths.

La prochaine sur la liste est la prof d’histoire-géo mais à voir la file qui serpente dans tout le couloir et la délicate odeur de gaz moutarde qui va avec, j’ai comme un gros moment de découragement. Allez, encore deux ans et ce sera plus qu’un mauvais souvenir. Ah non, j’oubliais, dans deux ans Pioupiou rentre au collège. Je vais peut-être me prendre une année sabbatique, ou quatre.

Au secours, ma fille est une ado !

13 ans : ma fille vient tout juste d’entrer officiellement dans le teen-age. Je croyais qu’après les effronteries post-enfance et les portes qui claquent pré-pubères, ça pouvait pas être pire. Mais je me trompais.

J’ai pas plus tôt souhaité à ma fille un joyeux anniversaire qu’elle m’assène :
« A partir de maintenant, je suis une ado. Plus ta petite ou ta puce, et pas de surnom devant mes copines, c’est trop la honte »
Je suis un peu prise au dépourvu, là tout de suite, c’est que je ne l’ai pas vue venir celle-là. Mais je me reprends :
« Tu sais que c’est pas une insulte, hein ?»
Gros gestes exaspérés
« Arrête de faire ta reloue, tu m’as bien comprise ! »
Cinq sur cinq j’ai envie de dire. On peut même plus plaider l’ignorance ou le 5ème amendement comme dans les séries américaines.
« Mais comment je t’appelle alors ? »
Elle lève les yeux au ciel :
« Par mon prénom comme tout le monde ! »
Sauf que je suis pas tout le monde. Mais bon, hein, je vais pas insister davantage alors je botte en touche :
« Bon alors t’as déjà réfléchi à la déco pour ta soirée entre filles ? »
« C’est trop la loose la déco »
« Ah bon ? Moi je trouve ça sympa »
« Ben oui, forcément … »
Je laisse passer l’allusion à mes goûts de nase et persiste :
« Tu as déjà choisi le thème ? «
« Faut encore que j’en discute avec les copines, mais j’ai 2-3 idées oui »
« On peut en parler ? Si tu veux ? »
« Ça sert à rien, on a trop pas les mêmes goûts »
Bon ben voilà, ça c’est dit. Je déglutis et poursuis :
« Mais tu as réfléchi à ce que tu veux faire à manger ? »
« Pas encore mais t’inquiète, j’irais faire les courses. Je veux pas de tes trucs bio dégueux et mes copines elles aiment pas non plus »
Reste plus qu’à prendre un bain pour déstresser.
Juste avant de retourner dans sa chambre, elle me balance :
« T’oublieras pas de me laisser les sous, hein ? »

Je me suis prise à rêver de ces doux moments, il n’y a pas si longtemps encore, où j’étais la plus jolie maman du monde et où elle m’aimait grand comme l’infini. Faites des gosses (qu’ils disaient).

Si t’as Free, t’as rien compris

Panne d’internet depuis dimanche. Alors déjà quand t’es normale, sans web, tu te sens très seule, mais alors quand t’es blogueuse, tu rases les murs, la vie te paraît fade, c’est la grosse déprime de derrière les fagots.

Non parce que poster des billets depuis son iPhone, grand écran ou pas, c’est pas joyeux-joyeux. Et puis écrire du texte en tapant sur le clavier du téléphone avec un seul doigt, y‘a que deux tranches d’âge qui peuvent se le permettre : les ados, parce qu’ils vont plus vite que toi les yeux fermés, les retraités, parce qu’ils vont lentement mais ça n’a plus d’importance. N’étant plus dans un âge et pas encore dans l’autre, il me faut une ligne et fissa. Je sais, ça fait junkie en mode sevrage. Agacée comme il se doit, j’appelle l’assistance Free qui me délivre un « Ticket d’incident » et me demande de patienter, le temps qu’ils fassent un « Test de position » dans les 7 jours ouvrés. Ben voyons. Je présente déjà tous les symptômes de la déprivation, alors patienter ? Je suis peut-être en manque, mais eux ils ont fumé, et pas que d’la moquette. Demander aux « Freenautes » de se passer d’internet pendant qu’ils effectuent « des investigations complémentaires » ? Allô quoi !

Je déboule dans la chambre du grand pour lui annoncer la mauvaise nouvelle – et passer mes nerfs sur lui, ça sert aussi à ça les gosses – quand je m’arrête net sur le pas de sa porte : il est en train de taper furieusement sur son clavier d’ordi, l’air ultra concentré de celui qui vient de s’aventurer seul dans les lignes adverses sur LoL.
Surprise de l’adulte :
« Mais tu as une connexion ??? »
Soupir de l’ ado :
« Comme tu vois »
Re-surprise de l’adulte qui n’en revient toujours pas :
« Mais … je viens d’avoir Free et ils me disent qu’il faudra attendre au moins 7 jours ? »
Silence de l’ado qui trouve l’adulte relou mais finit par lâcher :
« Je suis connecté sur la Livebox de mamie, à côté »
« Elle est pas en panne ? »
Souffrance quasi palpable de l’ado qui détache ses mots comme s’il s’adressait à une attardée mentale :
« Mamie est sur Orange, par sur Free. Tu fais afficher les autres réseaux et tu cliques sur Livebox-1BC2 »
« Y’a pas de mot de passe ? »
« Si, mais mamie me l’a donné »
Indignation de l’adulte, qui croise les bras pour plus d’effet :
« Et tu avais l’intention de m’en parler quand ? »
Pause de l’ado qui évalue ses options et opte pour la franchise :
« Ben c’était pour pas que tu me niques la connexion »
Souffrance de l’adulte.

Note : il y a des jours où je ne sais pas ce que je regrette le plus : d’avoir choisi Free ou d’avoir un ado à la maison.

 

 

La bosse du bac

Mon ado est en plein dans les révisions du bac. Figurativement parlant, car côté bachotage, c’est plutôt le vide. Sinon, il partage équitablement sa vie entre son portable et son ordi. Je suis allée en pharmacie acheter des Fleurs de Bac…heu de Bach « SOS examens ». Pour z’Homme et moi.

Quand je demande à mon ado comment il compte se préparer au bac, il me serine qu’il est serein, rabâche que c’est bâché, ressasse que c’est dans le sac et répète qu’il va tout faire péter. Il trouve que je radote, moi je pense que sa barque prend l’eau et je crains, médusée, de le voir sombrer tel un radeau. Je le vois bien aussi se prendre un mur façon iceberg, quelque chose de titanesque. S’il nous mène en bateau et réduit la voilure, son bac ne le mènera pas d’une rive à l’autre. Il écopera d’une année en plus et devra changer de cap ou mettre les voiles. Le Pirée est donc à venir ? En attendant, j’observe mon ado surfer sur la vague de l’effort minimal – aucun risque qu’il se noie dans les révisions ou qu’il se laisse emporter par les remous du stress.

Interrogé sur son secret pour avoir le pied marin sans mouiller sa chemise, il me dit qu’il va à la pêche aux vidéos sur You Tube qui expliquent comment faire croire au correcteur qu’on sait ce qu’on ignore. Il paraît que dans le doute, mieux vaut rendre une copie blanche et passer pour un imbécile qu’écrire des âneries et ne laisser aucun doute à ce sujet. Il compte aussi sur certaines connaissances pointues qui font défaut aux générations pré-internet que nous sommes. Par exemple, il sait pourquoi Homer Simpson est jaune (depuis la maternelle) et il arrive à lire un SMS tout en one-shotant un ennemi sur LOL*. Il sait aussi disséquer une grenouille sans vomir (depuis la sixième) et connait les mœurs des bononos (depuis toujours).

Bref, d’après lui, tout baigne, pas le moindre petit grain de sable en vue. Et en cas de sujet houleux ou bateau ? Réponse universellement vague de l’ado 2.0. : « T’inquiète ! ». C’est qu’il a appliqué, je cite : « une stratégie de ouf ». Il a pondéré ses notes au bac blanc, a anticipé les épreuves où il pense se prendre une gamelle (les cours du matin, ceux où il rattrapait sa nuit) et aussi les matières où il pense surperformer (au-dessus de 12, donc). Son gloubi-boulga, qu’il n’a pas appelé comme ça parce qu’il a grandi sans Casimir le pauvre, parvient au chiffre magique de 10 et quelques poussières. Sur le fil mais faisable. Il n’en faut pas plus pour susciter la béatitude totale de mon ado qui se voit déjà bac en poche. En psychologie, ça s’appelle la visualisation positive. Dans l’attente des épreuves qui ne seront éprouvantes que pour nous, voici venu le temps des rires et des chants puisqu’il n’est plus besoin d’aller au lycée. Dans l’île aux ados qui se lèvent tard et révisent à minima, c’est tous les jours le printemps. Dans ce pays joyeux des ados heureux les seuls monstres pas gentils, c’est les parents. Sinon, oui, c’est un paradis.

 

*League of Legends, jeu d’ordinateur de type MOBA (Multiplayer Online Battle Arena) , 67 millions de joueurs début 2014.

Smoking – no smoking

Que faire quand on réalise que son ado fume ? Et je parle ni de crapoter, ni de vapoter, mais bien de fumer… du tabac. Et de sentir la cigarette. Et d’avoir la toux du fumeur. Et de dépenser tout son argent de poche dans ces maudites clopes. Et de faire désormais partie des statistiques du cancer lié au tabac.

Déni, lamentations, chantage, consternation puis retour à la raison. Je m’informe et j’essaie de comprendre. Sur le site gouvernemental www.tabac-info-service.fr, ils donnent 6 conseils aux parents dont l’enfant fume :

1) Ne soyez pas indifférent à la consommation de tabac de votre enfant. Un adolescent doit sentir que ses parents ne ferment pas les yeux et s’inquiètent pour son avenir.

Moi, en mode psy
« Je m’inquiète de te voir fumer, tu tousses beaucoup »
Lui
« T’inquiète pas, j’arrête quand je veux »
« Ben arrête alors ? »
« Heu, c’est toi qui veux qu’ j’arrête, pas moi »
Merci Françoise Dolto

2) Parlez-lui du tabac en général et de sa consommation, avec calme et sans hausser le ton.

Moi, en mode militante
« J’ai lu quelque part que 50% des jeunes de 18 à 22 ans fument et que s’ils persistent, un sur deux mourra prématurément d’une maladie liée au tabac ! Ça fiche la trouille, non ? »
Lui
« Maman, c’est pas avec quelques cigarettes par jour que je vais me choper le cancer ! »
« C’est ce qu’ils disent tous avant de mourir »
« Maman, t’es reloue grave ! »
« Ben toi t’es grave débile ! »
« Écoute fumer, ça me déstresse. D’ailleurs, si tu pouvais sortir de ma chambre, je serais moins stressé et j’aurais moins envie de fumer »
Sans hausser le ton, ils avaient dit.

3) Maintenez l’interdit de fumer au sein de la maison.

Moi, en mode suspicieuse
« Tiens c’est drôle, ça sent la cigarette dans ta chambre… »
« Ouais, j’étais au Kebab, ça pue grave la clope »
On peut vraiment pas les claquer un peu ?

 4) N’essayez pas de le contraindre à arrêter.

Lui, en mode furax
« C’est toi qui m’a piqué mon paquet de clopes ? »
Moi
« Non, mais j’approuve celui qui l’a fait »
« Pfff… n’importe quoi ! J’vais en griller une pour me détendre »
CQFD

 5) Calculez avec lui ce qu’il dépense en cigarettes.

Moi, en mode éco
« La moitié de ton argent de poche part en fumée. Tu imagines ce que tu pourrais t’acheter avec ? »
Lui
« Ben justement rien, puisque j’ai pas le droit de sortir. »
Rien qu’une toute petite claque ?

6) Abordez ensemble la question de la dépendance.

Moi, en mode philo
« Tu es conscient qu’en fumant tu deviens dépendant et du coup adieu la liberté ? »
Lui
« La liberté, mais quelle liberté ? Parce que si je ne fumais pas je pourrais sécher les cours ou dormir toute la journée ? »
Soupirs

Comme dirait mon père : Article 1 : le tabac est un poison. Article 2 : tant pis.