Le superpouvoir de Z’homme

Le superpouvoir de Z’homme

9 février 2017 3 Par Barbara

Z’homme a un superpouvoir : il est porteur du gène de la reconnaissance faciale. Pour apprécier cette qualité à sa juste valeur, il faut en être totalement dépourvu(e). Ça tombe bien, c’est mon cas.

C’est pas pour faire ma Wikipétasse, mais j’ai fait des recherches et figure-toi que ça s’appelle un « super physionomiste ». Ces énigmes de la nature ont une incroyable facilité à reconnaître des visages et à s’en rappeler pendant des années. Comme les super héros, les super physionomistes sont rares, moins de 1% de la population. Il a fallu que j’épouse le pourcentage.

Je dis ça parce que du coup je passe pour le super boulet, celle qui ne reconnait personne. Je me suis aperçue de cette tare sur le tard et comme j’étais sur ma lancée wikipédiesque j’ai découvert qu’elle porte un nom : la prosopagnosie. Si je ne te reconnais pas dans la rue, tu sauras donc que c’est rien contre toi.

Regardons les choses en face : ne pas reconnaître les visages est un vrai handicap. Le seul bonus, c’est que Brad Pitt souffre de la même maladie et du coup ça me rapproche de lui. Bon dans un sens très métaphorique si t’aimes mieux. En attendant, j’ai tout de même compris que z’Homme avait exercé son superpouvoir sur moi dès le début de notre relation. Et je n’ai rien vu venir.

Attention, l’histoire qui suit fait référence au siècle dernier. Si tu ne comprends pas tout, demande à tes parents qu’ils t’expliquent.

Z’Homme m’avait accosté lors d’une boum –ne juge pas, c’était un haut-lieu de socialisation dans les années 80. Très en verve ce soir là, il me dit :
– Tu es libre ?
– Oui, et toi, tu es libre ?
– Heu…ben oui !
J’ai failli lui répondre « Et bien, vive la liberté ! », mais ma petite voix m’a dit non. Pas cool. Du coup j’ai attendu la suite avec l’impatience que tu imagines.
Il m’a pas déçu et a enchaîné sur la même ligne éditoriale :
– On s’est déjà vus, non ?
J’ai compris plus tard que c’était pour meubler ; en fait, il savait précisément où et quand il m’avait vue. Il se souvenait même de ce que je portais ce jour-là et de ma coupe de cheveux, rapport à son superpouvoir.

Évidemment, je ne pouvais pas en dire autant, rapport à ma pathologie. Sa petite moustache m’était vaguement familière. Mais où-donc l’avais-je vu ?
Pour gagner du temps, je lui ai demandé
– Et sinon, tu fais quoi dans la vie ?
J’étais devenue loquace à la faveur de quelques verres d’Orangina. La pulpe d’orange, ça me secoue moi. De toutes façons, l’alcool ne coulait pas encore à flots dans les soirées d’alors et la vodka était réservée à la mafia russe. On était donc condamnés à la sobriété et ça ne facilitait pas les plans drague.

On s’est raconté nos vies qui commençaient mais c’était pour mon bénéfice. Lui il savait déjà tout de moi et faisait mine de découvrir pour que je me sente moins seule.
– Et tu lis quoi en ce moment ?
– Un livre.
– Et il parle de quoi ?
– Ben, il parle pas, c’est un livre.

Sur ce type d’échanges aussi passionnants que l’intégrale des Chiffres et des lettres, on s’est quittés en se promettant de se revoir. Moi je savais que j’aurais oublié son visage d’ici quelques jours. Gênant mais tristement probable. Alors pour être sûr que les connexions neuronales ne s’effacent pas chez moi, il est revenu me voir le lendemain. Et tous les jours après ça. Super physionomiste et clairvoyant.