Sexualité féminine : libres de faire, libres de ne pas faire, libres d’en parler

Sexualité féminine : libres de faire, libres de ne pas faire, libres d’en parler

22 octobre 2017 0 Par Barbara

En pleine Chasse aux Weinstein et autres opérations #BalanceTonPorc, deux femmes talentueuses, Ovidie et Diglee, ont publié « Libres ! – Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels ». Rafraîchissant. Et ô combien actuel.

Cerise sur le gâteau, c’est z’Homme qui m’a offert ce livre, ode à l’émancipation sexuelle de la femme s’il en est. Dois-je y voir un message crypté ? Et si oui, lequel ? En attendant de résoudre cette brûlante énigme, laisse-moi te dresser le portrait-robot de ce guide anticonformiste et de ses deux auteures au CV un tantinet sulfureux.

Ovidie, ex-star du porno, connaît son sujet de l’intérieur et sur le bout des doigts – si j’ose dire. Elle dissèque avec humour et brio les avalanches de conseils dont les magazines nous inondent, nous les femmes, pour exceller au lit et satisfaire notre partenaire. Les encouragements à nous sentir bien dans notre culotte sont curieusement beaucoup plus rares. Diglee, alias Maureen Wingrove, dessinatrice hors-pair qui appelle une chatte par son nom, illustre avec panache les stéréotypes dont toutes les femmes sont les victimes plus ou moins consentantes. Jouissif !

Quel rapport, me diras-tu, avec l’affaire Weinstein et les autres révélations médiatiques et twitteriennes sur le thème du harcèlement sexuel, voire plus si PAS d’affinités ? À première vue, pas grand chose si ce n’est leur dénominateur commun : le sexe. Mais en y regardant de plus près, ces crimes et ces agressions resteraient-ils aussi longtemps impunis si la sexualité contemporaine, supposément libérée, ne répondait pas à des stéréotypes classiques de domination masculine ?

Les romances érotiques qui, depuis le raz-de-marée des Cinquantes Nuances de Grey (130 millions d’exemplaires vendus), remplissent les rayonnages des librairies et des supermarchés, s’inspirent d’un scénario initiatique usé jusqu’à la corde : une femme jeune – si possible vierge – véritable « oie blanche » se révèle à elle-même dans les bras d’un homme viril et expérimenté qui ne trouve son plaisir que dans la domination et parfois l’avilissement de l’autre. Des fantasmes à mille lieues de l’émancipation et de la modernité, dont un certain Marquis de Sade faisait déjà son fonds de commerce … il y a deux siècles !

Tandis que les lectrices n’en finissent plus de s’émoustiller – et pourquoi pas – à la lecture de ces romans mettant en scène des personnages jeunes (elle), riches (lui) et beaux (elle & lui), certains aspects de la sexualité féminine restent tranquillement mais fermement ignorés. Par exemple, la difficulté à s’épanouir sexuellement quand notre morphologie ne correspond pas ou plus aux stéréotypes véhiculés par la presse féminine ou que nous sommes jugées « trop vieilles pour ça ». Il ne suffit pas d’ailleurs d’être intelligente pour que ce discours ne nous affecte pas, car il joue sur des failles très intimes.

Ovidie note avec humour la survalorisation du sperme, considéré comme un symbole de virilité et doté de vertus qui tiennent de la légende urbaine, alors que les menstruations, pourtant d’une affligeante banalité, restent un sujet tabou. L’industrie pornographique, peu avare de pratiques gores en tout genre, n’a encore pas osé montrer un couple faisant l’amour en période de règles. Lesquelles représentent tout de même 2400 jours en moyenne dans la vie d’une femme !

Au chapitre « deux poids, deux mesures », la bisexualité féminine est devenue socialement acceptable, car elle fait fantasmer de nombreux hommes hétéros. À l’inverse, la bisexualité masculine met ces mêmes hommes généralement très mal à l’aise. Ce qui ne serait pas gênant si la bisexualité féminine n’était pas souvent pratiquée pour faire plaisir à Monsieur et soumise à son approbation, voire à sa présence. Or la liberté sexuelle, rappelle l’auteure « c’est la liberté de disposer de son corps, (…) la liberté d’avoir un rapport avec une personne du même genre (…) ou de ne pas en avoir sans passer pour une ringarde. »

Et peut-être que si on arrêtait de dire aux femmes ce qu’elles doivent faire pour avoir une « libido au top », « booster leur sexualité », « faire plaisir à leur partenaire » et être, en général, des « meufs super bonnes », elles auraient le courage de dénoncer toutes les petites et grandes agressions sexuelles dont elles sont victimes.

Tu le vois le rapport maintenant ?