Je me suis fait un jeûne

Je me suis fait un jeûne

9 mai 2015 2 Par Barbara

Ça y est, j’ai fini mon jeûne : 6 jours sans manger. Même pas faim. Depuis hier : reprise alimentaire progressive sur une huitaine de jours. Après quoi, nous sommes invités à changer nos habitudes alimentaires. Ou pas.

Le jour J, en arrivant au chalet, je suis accueillie par un cocktail de bienvenue : un bol de chlorure de magnésium dilué dans de l’eau chaude. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un sel très amer, complètement infect, et il faut se concentrer pour ne pas gerber direct. C’est aussi une purge qui va permettre à mes intestins de se vider complètement pour « bien accueillir le temps du jeûne ». Là déjà t’as envie de repartir d’où tu viens. Mais non, le vin est tiré, il faut le boire. Métaphoriquement parlant bien sûr. Tout au long de la soirée de présentation, les curistes se lèvent les uns après les autres pour courir aux toilettes. Le ton est donné : nous allons beaucoup parler pipi-caca pendant le séjour et y a pas à dire, mais ça rapproche.

On nous donne le programme : la journée commence par un jus de légumes puis éveil musculaire et 3 heures de rando, l’après-midi est réservée aux massages, jacuzzi, sauna et petite sieste avant d’enchaîner sur une séance de biokinésie, un bouillon et un temps d’échange. Le stress, quoi. Les animatrices nous « encouragent fortement » à ne pas nous connecter à internet (sglurp) histoire de ne pas nous polluer le mental, d’accompagner le nettoyage organique d’un dépoussiérage des méninges. Heureusement, j’avais déjà piqué le code Wi-Fi. Oh eh Hein Bon !

Sinon, on nous explique aussi comment on va se sentir au fur et à mesure de la semaine, puisque on est en majorité des novices. Alors les deux premiers jours, c’est ambiance maison de retraite : léthargiques et déprimés, l’œil vide et le teint blafard. Le troisième, nous prévient-on, c’est le creux de la vague : on peut avoir une migraine, des nausées, un état dépressif, bref des symptômes désagréables tous azimuts. C’est normal : c’est le corps qui détoxine. La joie. A partir du 4ème, on pète la forme. Limite on veut plus rentrer. Même pas pour manger. Et le 7ème, reprise alimentaire, alléluia.

Alors le premier truc que j’ai constaté : quand tu jeûnes, t’as pas faim. Et c’est une gourmande qui le dit ! Quelques sensations fugitives par ci par là de ventre qui gargouille, certes, mais la faim, la vraie, celle qui te pousse à avaler ton paquet de chips parce que l’hypoglycémie te guette, non. Je m’étais faite à l’idée de supplier pour qu’on me nourrisse après 2 jours. J’étais même prête à aller acheter de la bouffe en cachette. Ben pas la peine. J’étudie sérieusement la possibilité d’y envoyer mon ado la prochaine fois. T’imagines la sensation pour lui : ne pas avoir faim ? Inédit, y’a pas d’autre mot.

Côté énergie, c’est sûr on est un peu flagada. Les neurones aussi fonctionnent au ralenti. Mais ça c’est pas vraiment nouveau pour moi. Pour pouvoir marcher nos 3 heures réglementaires, on nous « dope » avec un verre de jus de légumes dilué, qui tient plus du demi-verre modèle dégustation d’ailleurs. Interdit de piquer celui du voisin et inutile de demander du rabe. Ça suffit pour nous donner le coup de fouet (relatif, hein, c’est pas les 50 nuances de Grey non plus) qui va nous faire mettre un pied devant l’autre et recommencer. On fait même des grimpées – poussives – puisqu’il faut transpirer.

Car le troisième maître mot du séjour, après ne rien manger et marcher, c’est é-li-mi-ner. Et pour ça, tous les moyens sont bons : marcher vaillamment, boire abondamment, s’arracher la peau au gant de crin, rôtir au sauna, et pratiquer le fin du fin, l’incontournable et incomparable poche à lavement. Comme je suppose que vous n’êtes pas des habitués de la chose, laissez-moi vous dire à quel point l’expérience est intéressante. Une fois passée la canule, en tout cas. Et les retours sont sidérants compte tenu du fait que nos intestins sont censément vides.

Bref, c’est une semaine pleine d’enseignements, qui passe finalement très vite. La reprise alimentaire se célèbre comme il se doit avec un apéritif de jus de légumes, de chips de tomates et de tapenade à l’ail des ours suivi de grands bols de salades ultra colorées et d’un carpaccio d’ananas-fraise. Un repas de roi que l’on savoure lentement, dans l’ambiance douce-amère du départ.

Je ne sais qu’une chose : je ne me suis pas sentie aussi bien dans ma peau depuis fort longtemps. Alors c’est sûr, ce n’est qu’un au revoir, on se retrouvera.