Et Hvala la Croatie !

Et Hvala la Croatie !

3 septembre 2018 0 Par Barbara

L’Italie du Pô ne nous a pas botté et on a quitté avec plaisir la chaleur et la poussière des pistes mal balisées pour passer la frontière slovène et arriver en Croatie. Il était grand temps de toutes façons que je mette de la distance entre les tiramisu et moi.

À chaque fois qu’on croise des français en vélo, z’Homme braille « Champions du monde ». Je lui rappelle que c’est peut-être pas la meilleure tactique sur la terre potentiellement hostile du perdant. La preuve que c’était pas bon pour notre karma, on a crevé – cinq fois de suite en une semaine. Je veux même pas savoir combien de plats on aurait eu si je lui avais pas confisqué le drapeau français qu’il voulait accrocher à la selle. Pendant qu’il concourait pour le titre de champion de la gonflette, Z’homme a utilisé tout le vocabulaire interdit aux -18 ans dont il était capable et Pioupiou a laissé traîner ses oreilles pour apprendre de nouveaux mots.

Hvala, ça veut dire merci en croate

La Croatie, c’est vraiment top moumoute. La Parenzana, piste cyclable qui longe le littoral adriatique, nous réconcilie avec cette aventure cyclotouristique. Si comme moi, ta géographie date un peu, sache que l’Istrie est cette péninsule de l’Adriatique en forme de triangle inversé et dont la base commence dans le golfe de Trieste (Italie) avec Piran (Slovénie) pour s’achever à Pula (Croatie) tout en bas de la pointe. En Istrie on parle donc italien, slovène et croate (dont on apprendra un seul mot, Hvala), mais aussi allemand, en hommage lointain à l’empire austro-hongrois. Les frontières ont pas mal bougé aussi dans ce coin du monde, ça nous rapproche. Heureusement, dans cette partie de l’ex-Yougoslavie, le communisme n’a laissé aucun de ces monuments utilitairement hideux dont il est le spécialiste. Le capitalisme a pu donc s’épanouir dans un cadre d’exception.

Résultat : les villages sont croquignolets, les habitants sympas, le littoral turquoise et comme les plages de sable sont quasi inexistantes, t’échappes à cette nuée de corps étalés en rangs d’oignons sur des transats. Optiquement, c’est un vrai bonus. Ici, pas (encore) de tourisme de masse, les bords de mer sont propres et entièrement aménagés avec rampes d’accès, douches, aires de pique-nique,… et piste cyclable ! C’est la Côte d’Azur en nettement plus aéré et en beaucoup moins cher.

Dialogues dignes d’Audiard

Notre séjour sur ce côté de l’Adriatique est trop bref. Piran, Umag, Porec, Rovinj, …. les étapes sympas se succèdent en Croatie et plus personne n’a envie de faire ses bagages. Du côté des gosses, la fronde s’organise avec des dialogues dignes d’Audiard :

Louloute :
« On n’a rien demandé, nous ! »
Pioupiou
« Ouais grave »
Louloute
« Dire qu’on pourrait être dans un club, à la mer ou au bord d’une piscine ! »
Pioupiou
« Ouais grave »
Louloute
«  Et on pourrait faire la grasse mat’ au lieu de se lever tôt pour pédaler. »
Pioupiou
« Ouais grave »
Louloute
« Mais arrête aussi avec tes « ouais grave », espèce de bolosse !!! »
Pioupiou lui balance un coup de pied vicieux dans les mollets

z’Homme tente d’adoucir les meurs en parlant kilomètres :
« Allez, les enfants, ne vous disputez pas, on y est presque, plus que 13 bornes avant d’arriver »
Louloute
« Pfff, ouais c’est ça, tu nous a déjà dit ça hier et au final on en a fait 10 de plus ! C’est n’imp. »
Pioupiou
« Ouais grave »
Je sens que Louloute va lui décocher un coup de pied bien senti alors j’interviens :
« Et vous avez envie de manger quoi quand on arrive ? »
Louloute
« Une pizza »
Pioupiou
« Ah non pas une pizza ! »
Louloute
« L’autre fois, c’est toi qui a choisi alors maintenant c’est mon tour »
Pioupiou
« Même pas vrai »
Louloute
« Mytho va ! »
Pioupiou
« Siiiiii c’est toi qui a choisi, même que j’ai pas aimé ! »
Louloute
« C’est normal, c’est moi la plus grande »
Pioupiou
« Mais je veux pas de pizza mooooaaa ! »
Louloute
« Ben t’en auras quand même »
Pioupiou
« Non »
Louloute
« Si »
Pioupiou
« Non »
Louloute
« Si »
Pioupiou
« Non »
Louloute
« Si »
….

Un siècle plus tard, nous les mettons enfin d’accord :
« Le premier qui moufte, il va au lit sans manger »
Et là, enfin, la paix.

Bon, c’est pas tout ça, quand est-ce qu’on rentre qu’on puisse les coller dans leur chambre et se reposer au bord de la piscine ?

 

Illustration : la délicieuse Mathou et son crayon d’humeur, à suivre ici et là, sur Facebook.