Desproges bande encore

Desproges bande encore

16 février 2016 2 Par Barbara

Ce titre un peu raide ne doit pas devenir l’arbre qui cache la forêt, ou le morning wood qui cache le bois de Boulogne. Non, en dépit de cette saillie, ce bouquin n’est pas vulgaire. Et d’abord, Desproges, vous connaissez ?

Bon là je m’adresse direct aux quinquas plus, parce que son heure de gloire c’était dans les années 80. De toutes façons, que vous connaissiez peu ou prou Desproges, lire ce bouquin c’est le (re)découvrir à travers la lorgnette de ceux qui l’ont bien connu. 25 proches y compris l’auteur lui-même, Francis Schull, qui fut journaliste avec lui à L’Aurore et son colocataire pendant plusieurs années.

Impossible de résumer Desproges bande encore qui se présente comme un patchwork et révèle les multiples facettes de ce comique génial, caustique, cinglant, généreux, emporté et aussi injuste, orgueilleux et rancunier, tendre et cruel. Humain donc.

Desproges maniait avec brio la langue française et me rappelle à bien des égards l’humour De Groodtien quand il écrit :

Chaque année le 15 août, la Vierge Marie, dont nous aurons relevé les singularités gynécologiques, pond un œuf. C’est le pondu-15 août.

Un Stéphane De Groodt a l’humour nettement plus corrosif tout de même, comme dans sa chronique du 3 février 1986, élégamment intitulée « Bonne année mon cul », où il annonce :

Le 15, premier coup dur, Balavoine est mort.
Le 16, deuxième coup dur, Chantal Goya est toujours vivante.

Et dans la même veine affirme que son émission La Minute nécessaire de monsieur Cyclopède, à l’humour affligeant, divise la France en deux : « les imbéciles qui aiment et les imbéciles qui n’aiment pas.»

Bio express, comme sa vie (1939 – 1988)

Après quelques incursions dans le journalisme, il se fait connaître grâce à ses chroniques dans l’émission télévisée de Jacques Martin Le Petit Rapporteur sur TF1 (1975). Au fil des ans, il anime différentes émissions de radio ou de télévision avec Thierry Le Luron, dans L’île aux enfants où il interprète un Professeur Corbiniou complètement loufoque ou dans La Minute nécessaire de monsieur Cyclopède. Mais c’est surtout le Tribunal des flagrants délires qui le consacre (1980). Cette émission de radio satirique traduit des personnalités dans un tribunal imaginaire par un féroce procureur de la République Desproges française. Ses Chroniques de la haine ordinaire, diffusées juste avant le journal de 19 h sur France Inter, sont des coups de gueule contre l’actualité ou des réquisitoires contre des sujets qu’il déteste, comme le foot.

Voilà bien la différence entre le singe et le footballeur ; le premier a trop de mains ou pas assez de pieds pour s’abaisser à jouer au football.

Desproges est inclassable

Alors ne cherchons pas à le faire. Il se présente comme un artiste « dégagé », critiquant aussi bien la « gauche-caviar » que la « droite-œuf-de-lump », ce qui lui permet « de rire de tout … mais pas avec tout le monde. » Dans Desproges bande encore, à travers des anecdotes recueillies ça et là, Francis Schull dresse le portrait chinois d’un artiste plein de contradictions, mort des suites d’un cancer à 48 ans, et qui avait déclaré, avec l’ironie qui le caractérise :

Plus cancéreux que moi, tumeur !