La bosse du bac

Mon ado est en plein dans les révisions du bac. Figurativement parlant, car côté bachotage, c’est plutôt le vide. Sinon, il partage équitablement sa vie entre son portable et son ordi. Je suis allée en pharmacie acheter des Fleurs de Bac…heu de Bach « SOS examens ». Pour z’Homme et moi.

Quand je demande à mon ado comment il compte se préparer au bac, il me serine qu’il est serein, rabâche que c’est bâché, ressasse que c’est dans le sac et répète qu’il va tout faire péter. Il trouve que je radote, moi je pense que sa barque prend l’eau et je crains, médusée, de le voir sombrer tel un radeau. Je le vois bien aussi se prendre un mur façon iceberg, quelque chose de titanesque. S’il nous mène en bateau et réduit la voilure, son bac ne le mènera pas d’une rive à l’autre. Il écopera d’une année en plus et devra changer de cap ou mettre les voiles. Le Pirée est donc à venir ? En attendant, j’observe mon ado surfer sur la vague de l’effort minimal – aucun risque qu’il se noie dans les révisions ou qu’il se laisse emporter par les remous du stress.

Interrogé sur son secret pour avoir le pied marin sans mouiller sa chemise, il me dit qu’il va à la pêche aux vidéos sur You Tube qui expliquent comment faire croire au correcteur qu’on sait ce qu’on ignore. Il paraît que dans le doute, mieux vaut rendre une copie blanche et passer pour un imbécile qu’écrire des âneries et ne laisser aucun doute à ce sujet. Il compte aussi sur certaines connaissances pointues qui font défaut aux générations pré-internet que nous sommes. Par exemple, il sait pourquoi Homer Simpson est jaune (depuis la maternelle) et il arrive à lire un SMS tout en one-shotant un ennemi sur LOL*. Il sait aussi disséquer une grenouille sans vomir (depuis la sixième) et connait les mœurs des bononos (depuis toujours).

Bref, d’après lui, tout baigne, pas le moindre petit grain de sable en vue. Et en cas de sujet houleux ou bateau ? Réponse universellement vague de l’ado 2.0. : « T’inquiète ! ». C’est qu’il a appliqué, je cite : « une stratégie de ouf ». Il a pondéré ses notes au bac blanc, a anticipé les épreuves où il pense se prendre une gamelle (les cours du matin, ceux où il rattrapait sa nuit) et aussi les matières où il pense surperformer (au-dessus de 12, donc). Son gloubi-boulga, qu’il n’a pas appelé comme ça parce qu’il a grandi sans Casimir le pauvre, parvient au chiffre magique de 10 et quelques poussières. Sur le fil mais faisable. Il n’en faut pas plus pour susciter la béatitude totale de mon ado qui se voit déjà bac en poche. En psychologie, ça s’appelle la visualisation positive. Dans l’attente des épreuves qui ne seront éprouvantes que pour nous, voici venu le temps des rires et des chants puisqu’il n’est plus besoin d’aller au lycée. Dans l’île aux ados qui se lèvent tard et révisent à minima, c’est tous les jours le printemps. Dans ce pays joyeux des ados heureux les seuls monstres pas gentils, c’est les parents. Sinon, oui, c’est un paradis.

 

*League of Legends, jeu d’ordinateur de type MOBA (Multiplayer Online Battle Arena) , 67 millions de joueurs début 2014.

2 réflexions au sujet de “La bosse du bac

  1. Cherchez l’erreur. Mon ado qui a eu 9,48 au bac blanc assure un service minimum de révisions, fidèle à son année scolaire mais « c’est ma vie où est le problème ? » Et sa soeur qui à eu un 14 et des poussières bûche du matin au soir, je lui demande de se préserver un peu pour arriver en forme aux épreuves. Et dire qu’ils sont jumeaux !

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