Une Tyrolienne au Costa-Rica

La tyrolienne la plus longue d’Amérique latine est à Monteverde, Costa-Rica, et elle est entièrement située dans la forêt première ; en marketing, ça s’appelle une Unique Selling Proposition. Le truc irrésistible quoi.

Pour tout te dire, j’aurais volontiers décliné poliment cette aventure en prétextant une traduction urgente à rendre ou le mal des (h)auteurs, mais z’Homme et les greffons se sont montrés inflexibles, psycho-rigides même.
Louloute me dit :
– « Allez maman, ça va aller, courage, pense au billet que tu pourras écrire ensuite, hein ? »
Pioupiou renchérit en tapant dans les mains :
– « A-llez ma-man, a-llez ma-man, a-llez ! »
Z’Homme ajoute :
– « Allez ma chérie, tu auras la trouille au premier câble et après ça ira tout seul ! »
Mais c’est Le Grand qui porte l’estocade :
-« Allez maman, on fête 70 ans à nous deux, c’est le moment ou jamais ! »
J’avais à peine dit oui à demi-mot et à voix basse que déjà le guide me faisait enfiler l’équipement de rigueur : harnais, poulie, casque et gants. De vrais clones de Bob le bricoleur.

Pendant qu’on faisait la queue, j’élaborais des scénario plausibles pour me sortir de ce mauvais pas : je suis en train de faire une hypo, j’ai oublié de faire pipi, je me sens mal, en fait, et j’ai peur de vomir sur la canopée. Mais la machine infernale était lancée, plus moyen de faire marche arrière. Juste avant de grimper sur la première plateforme, un jeune tico qui avait l’âge d’être encore à l’école nous explique comment placer les mains : pas devant la poulie si on veut garder nos doigts, derrière la poulie mais sans trop appuyer sur le câble si on veut pas rester bloqués au milieu du câble …tout un tas de trucs que j’entends d’une oreille distraite. La mort dans l’âme, je me suspends au câble et je laisse le ranger me pousser dans le vide. Un cri d’effroi plus tard, je réalise que, en fait, ça va et même – incroyable mais vrai – c’est presque agréable comme sensation. T’emballe pas, j’ai dit presque. L’arrivée à la 2ème plateforme est un peu brutale vu que j’ai oublié comment on freine. Les suivantes s’enchaînent rapidement, un peu plus et je me détendrais presque. Le dernier câble c’est le clou du parcours : 1 km de descente qui file vite, très vite et … c’est déjà la fin.

La fin et aussi la faim : celle omniprésente des greffons. Pas fâchée d’en avoir fini, je retrouve moi aussi l’appétit en même temps que les couleurs. Je me réjouis de reprendre une vie normale et de retrouver les plaisirs simples de la pura vida. Comme observer les colibris et leurs 60 battements d’ailes à la seconde, voir les aras rouges passer en criant au-dessus de nos têtes, jouer à cafard buster dans notre chambre… Toutes ces petites choses que tu considères normales et naturelles quand t’es là, au Costa-Rica. Alors qu’en vrai, c’est juste magique ce pays : 10 fois plus petit que la France, mais il abrite 5% de la biodiversité mondiale et 20% des papillons. Démilitarisé en 1949, il se retrouve classé premier au Happy Planet Index Score avec une empreinte écologique équivalente à 1/3 de celle des USA. Tu crois que si on supprimait notre armée, on ferait aussi bien qu’eux ? Oula, je deviens utopiste, il est temps que je rentre à la maison.

Pura Vida ça veut dire Bienvenue en costaricien

C’est l’expression consacrée ici, au Costa-Rica, pour dire « Bienvenue » mais aussi « Ça va ? », « Bonjour » ou « Profite de la vie ». Et c’est exactement ce qu’on fait, maintenant qu’on s’est enfin habitués à la météo pluvieuse de l’après-midi. Ou du matin. Ou du midi. Ou du soir. Ou  de la nuit d’ailleurs.

Reste plus qu’à se lever tôt et à profiter de la journée dès que le soleil se lève. Sur le papier, ça coule de source. Dans la vraie vie, faut réveiller trois marmottes qui râlent et maugréent. Pendant le desayunos, les yeux rivés sur leur iPhone malgré plusieurs avertissements, les greffons ne pipent pas mot. C’est qu’ils gardent le meilleur pour la route. Après #LesGossesEnAvion, voici #LesGossesEnVoiture. Rien de tel qu’une bonne dispute pour épicer les vacances. Et te donner envie de les abandonner au bord de la route. Les grands classiques « c’est encore loin ? » et « je dois faire pipi » étant rapidement épuisés sur un trajet de cinq heures, les greffons ont élargi leur répertoire. Les deux grands balancent en douce des « crevard » et des « sale rat » à Pioupiou. Vu son répertoire limité, ce dernier ne peut que pleurer pour attirer notre attention et faire punir ses aînés. Classique mais efficace.

C’est dans une ambiance de folie, donc, que nous atteignons enfin l’embarcadère pour partir vers Tortuguero, une presqu’île entièrement protégée – comme 25% du territoire costaricien – et uniquement accessible en bateau ou en avion. Objectif : assister à la ponte des tortues. Cet animal, tristement ignoré du monde moderne pour cause de lenteur atavique, mérite qu’on en parle. Et si pour toi une tortue c’est une petite chose fragile qui tient dans la main, il est temps que tu t’abonnes à National Geographic. Le gros mastodonte que nous allons observer la nuit, flanqués d’un guide, mesure plus d’un mètre. Elle pond sa centaine d’œufs dans le trou profond qu’elle a péniblement creusé avec ses nageoires, puis recouvre son nid de sable avant de s’en retourner, laborieusement, à la mer. Et pendant que la mère tortue sue sang et eau pour mettre bas sa progéniture, que fait le père tortue ? Il batifole au large an attendant de pouvoir s’accoupler à nouveau. Ça te rappelle rien ?

Maintenant qu’on a goûté à la côte Caraïbes et à ses belles plages, on y reste. On longe la côte vers le sud direction Cahuita. De là, on part pour un treck au Parque Nacional Cahuita. Z’homme est passé en mode mute, son téléobjectif en main. Ça rigole plus. Défense de parler. Obligation de marcher sur la pointe des pieds pour pas effrayer la faune indigène. Qui nous le rend bien. On a l’impression d’être dans un zoo à ciel ouvert. Même les greffons en restent bouche bée (ou alors ils baillent ?). Les singes hurleurs se font immédiatement toper, les couillons. Des oiseaux volètent et des papillons papillonnent, on dirait un docu animalier. D’autres bêtes sont plus difficiles à observer. Les serpents et autres iguanes avec ou sans collerette ont des millions d’années de mimétisme derrière eux. Pour les apercevoir, il faut se joindre incognito à une visite guidée. C’est ainsi que nous découvrons un paresseux, ou plutôt une boule de poils de couleur indéterminée, perché tout en haut d’un arbre. Je m’étends pas sur les colonies de grosses fourmis coupe-feuilles, sur les méga araignées et leur géante toile, sur les maxi sauterelles noires et tous les animaux maudits de la création, en taille XXL par rapport à chez nous : le courant ne passe pas entre nous.

Cette rando se termine comme elle a commencé : à table. Ici ou ailleurs, à toute heure du jour et parfois de la nuit, manger reste le passe-temps favori des greffons. Remarque, j’ai rien contre un bon casado, il faudra juste lever un peu le pied sur les haricots noirs. Demain il y a de la route à faire et je voudrais autant pas mourir asphyxiée.

 

Chantons sous la pluie

Sous la pluie au Costa Rica

Oui alors laisse-moi te dire que la saison des pluies au Costa-Rica, ça mouille. Pas un jour sans qu’il ne tombe des hallebardes. En même temps un pays aussi éco-vert, c’est forcément bio-irrigué.

On se croirait en Écosse, version eau chaude. N’empêche, quand elle tombe, elle fait pas semblant. Inutile d’enfiler ton k-way tout ridicule, en 10 secondes t’es trempé jusqu’aux os. Non, ici la meilleure défense, c’est la fuite, de préférence sous un abri. Heureusement, z’homme, alias Monsieur Météo dans une autre vie, a trouvé la parade : réveil à l’aube pour profiter des heures sans pluie.

Sans pluie, mais pas forcément sous le soleil. Et c’est ainsi que nous avons escaladé les flancs du volcan Cerro Chato. Quatre heures d’escalade et de glissades sur un chemin boueux avec zéro visibilité sur le cône de son célèbre voisin, le volcan Arenal. Arrivés au fameux lac de cratère, aux eaux censément turquoise mais présentement brunâtres, on a trempé deux orteils histoire de faire trempette à minima. L’air frisquet et humide n’invitait pas à la baignade. Quelques genoux éraflés et beaucoup de râleries plus tard, on était rentrés à la Case Margerita. Juste avant le déluge. Pour se remonter le moral, z’homme s’est repassé sur le net les photos de la même rando par beau temps. Pioupiou était le seul vraiment heureux d’avoir escaladé un volcan. Ça lui rappelait trop la visite de Vulcania. Du coup il s’est mis à nous raconter la vie des volcans en fond de tâche.

Les jours suivants, la stratégie de z’homme nous a permis de passer entre les gouttes mais avec une dégradation progressive de l’humeur familiale, directement proportionnelle au déficit de sommeil qui commençait à s’accumuler. Finalement, nous avons succombé comme un seul z’homme – ahaha – à la grasse mat’ au risque de braver la pluie de fin de journée. De toutes façons, certaines visites ne pouvaient se faire qu’en soirée. Comme le Frog’s Heaven, où la rainette aux yeux rouges sort le soir et, batracienne qu’elle est, de préférence quand il pleut. Sale bête.

Honnêtement, si Gene Kelly était né au Costa-Rica, jamais il n’aurait écrit « Chantons sous la pluie ». D’où tu veux chanter quand ton mascara coule tellement que tu ressembles à un raton-laveur ? Que t’oses pas sortir ton portable de peur de le noyer ? Que tu sens en permanence le chien mouillé ? Hein hein HEIN ?

Comment voyager ultra-léger au Costa-Rica

L’atterrissage à San Jose, Costa Rica, s’est bien passé. Enfin pour nous. Parce que nos bagages sont restés sur le tapis, à Madrid. Littéralement. Comme disait ma grand-mère, on n’est pas sortis de l’auberge espagnole.

En même temps, remplir le formulaire de réclamation pour les bagages perdus, c’est une expérience culturelle à part entière. Trois employés t’accueillent au comptoir Equipaje Perdido de Air Iberia : il y a d’abord Mario et Luigi, et là c’est surréaliste, tu te croirais en pleine partie de Mario Kart. Mais tu comprends vite que c’est une feinte, en fait, car seul Pedro travaille. Enfin quand je dis travaille, faut pas s’emballer non plus. Il nous tend mollement un formulaire qui ferait rougir un Cerfa n°5816 et nous explique trèèèès lentement les cases à cocher et les lignes à remplir. En mode Flash, le paresseux de Zootopie, pour te situer le truc. Promis, plus jamais je ne critiquerai les employés de la poste.

Après avoir décliné ton pédigrée complet, y compris nom de jeune fille de ta mère et pays dans lesquels tu as séjourné ces trois dernières années, on n’est jamais trop prudent, te voilà sommé de dresser un portrait-robot de tes bagages. À se demander à quoi servent les tags qui collent aux poignées des valises. Pendant ce temps, tu te demandes ce que fait Pedro ? T’inquiète, il fait rien. Il attend stoïquement, agrafeuse en main. Faudrait pas que le moteur surchauffe non plus.

Bonne nouvelle, nous dit-il d’un ton placide, nos bagages ne sont pas « rili loste » .En passant, parler l’anglais comme une vache espagnole, c’est pas une légende urbaine. Nos valises ne seraient donc qu’un peu perdues ? Il doit lire sur mon visage que je viens d’un pays binaire dans lequel les bagages sont soit complètement perdus, soit complètement retrouvés, pas d’entre-deux. Il explique que nos valises devraient (conditionnel) arriver par le vol de demain et devraient (conditionnel, toujours) nous être livrées directement au B&B. Voilà qui est encourageant.

En attendant, chacun de nous reçoit un kit de survie : un sac Iberia avec un pyjama blanc du plus bel effet et des produits de première nécessité. Louloute ouvre son sac et déclare avec la contrariété d’une ado pur jus :
–« Pfff…même pas de mascara. »
Il est possible que je sois un peu agacée aussi après 11h d’avion et 2 heures d’attente à l’aéroport parce que je lui réponds sèchement en levant les yeux au ciel :
– « Première nécessité, on a dit »
– « Ben oui, justement, comment je vais faire moi sans mascara pendant toute une journée ? Je vais être affreuse ! Tu imagines si je rencontre quelqu’un que je connais ? »
Je pense que Louloute est en plein brainlag. Aussi, conciliante, je réponds :
– « On fera un peu de shopping demain, il nous faudra d’autres affaires… »
À ces mots, z’Homme qui avait le nez sur son iPhone, plongé dans son appli météo, intervient avec véhémence :
– « Ah ça non alors, on n’est pas venus pour faire du shopping ! De toutes façons j’ai programmé un treck avec un guide, on se lève tôt demain. Il faut profiter du beau temps »

Pour preuve, quand on arrive enfin à sortir de l’aéroport, une pluie battante nous accueille. Petit rappel : nos k-ways sont dans nos bagages restés en rade. Bienvenue au Costa-Rica !