Le superpouvoir de Z’homme

le superpouvoir de zhomme

Z’homme a un superpouvoir : il est porteur du gène de la reconnaissance faciale. Pour apprécier cette qualité à sa juste valeur, il faut en être totalement dépourvu(e). Ça tombe bien, c’est mon cas.

C’est pas pour faire ma Wikipétasse, mais j’ai fait des recherches et figure-toi que ça s’appelle un « super physionomiste ». Ces énigmes de la nature ont une incroyable facilité à reconnaître des visages et à s’en rappeler pendant des années. Comme les super héros, les super physionomistes sont rares, moins de 1% de la population. Il a fallu que j’épouse le pourcentage.

Je dis ça parce que du coup je passe pour le super boulet, celle qui ne reconnait personne. Je me suis aperçue de cette tare sur le tard et comme j’étais sur ma lancée wikipédiesque j’ai découvert qu’elle porte un nom : la prosopagnosie. Si je ne te reconnais pas dans la rue, tu sauras donc que c’est rien contre toi.

Regardons les choses en face : ne pas reconnaître les visages est un vrai handicap. Le seul bonus, c’est que Brad Pitt souffre de la même maladie et du coup ça me rapproche de lui. Bon dans un sens très métaphorique si t’aimes mieux. En attendant, j’ai tout de même compris que z’Homme avait exercé son superpouvoir sur moi dès le début de notre relation. Et je n’ai rien vu venir.

Attention, l’histoire qui suit fait référence au siècle dernier. Si tu ne comprends pas tout, demande à tes parents qu’ils t’expliquent.

Z’Homme m’avait accosté lors d’une boum –ne juge pas, c’était un haut-lieu de socialisation dans les années 80. Très en verve ce soir là, il me dit :
– Tu es libre ?
– Oui, et toi, tu es libre ?
– Heu…ben oui !
J’ai failli lui répondre « Et bien, vive la liberté ! », mais ma petite voix m’a dit non. Pas cool. Du coup j’ai attendu la suite avec l’impatience que tu imagines.
Il m’a pas déçu et a enchaîné sur la même ligne éditoriale :
– On s’est déjà vus, non ?
J’ai compris plus tard que c’était pour meubler ; en fait, il savait précisément où et quand il m’avait vue. Il se souvenait même de ce que je portais ce jour-là et de ma coupe de cheveux, rapport à son superpouvoir.

Évidemment, je ne pouvais pas en dire autant, rapport à ma pathologie. Sa petite moustache m’était vaguement familière. Mais où-donc l’avais-je vu ?
Pour gagner du temps, je lui ai demandé
– Et sinon, tu fais quoi dans la vie ?
J’étais devenue loquace à la faveur de quelques verres d’Orangina. La pulpe d’orange, ça me secoue moi. De toutes façons, l’alcool ne coulait pas encore à flots dans les soirées d’alors et la vodka était réservée à la mafia russe. On était donc condamnés à la sobriété et ça ne facilitait pas les plans drague.

On s’est raconté nos vies qui commençaient mais c’était pour mon bénéfice. Lui il savait déjà tout de moi et faisait mine de découvrir pour que je me sente moins seule.
– Et tu lis quoi en ce moment ?
– Un livre.
– Et il parle de quoi ?
– Ben, il parle pas, c’est un livre.

Sur ce type d’échanges aussi passionnants que l’intégrale des Chiffres et des lettres, on s’est quittés en se promettant de se revoir. Moi je savais que j’aurais oublié son visage d’ici quelques jours. Gênant mais tristement probable. Alors pour être sûr que les connexions neuronales ne s’effacent pas chez moi, il est revenu me voir le lendemain. Et tous les jours après ça. Super physionomiste et clairvoyant.

Snapchat décrypté

J’ai jamais vraiment compris l’intérêt de l’appli Snapchat. C’est vrai quoi, envoyer une photo qui s’autodétruit au bout de quelques secondes, c’est à peine mieux que d’essayer de traire une vache sur son smartphone ou de boire une iBière saisissante de réalisme.

Ben je dois pas être câblée comme mes gosses qui trouvent ça chanmé. Du genre, comment on faisait avant ? Ben avant on s’envoyait des photos qui duraient, qui étaient même imprimées – parfois – et collées dans des albums – soyons fous – ou gravées sur des CD – carrément – ou encore qui servaient de fond d’écran, je sais pas moi : ON EN FAISAIT QUELQUE CHOSE QUOI ! Tandis que là, t’envoie un truc … et il disparaît ! Pfff… #JeSersARien.

J’ai tout de même voulu en savoir un peu plus sur ce fantôme dont le jaune me flanque un peu la gerbe. Alors j’ai fait genre la maman cool qui gère et j’ai demandé à Louloute comment elle utilisait les filtres sur Snap. Nan parce que, steup, si tu veux pas faire mito, tu dis pas « Snapchat » en entier, ça fait super relou et has been de ouf. Tu dis « Snap » comme tu dirais « Steph » (de Monac), capice ?

Quelques glissements de pouce plus tard, Louloute me montre comment je peux me prendre en selfie avec des jolies cornes de cerf ou en train de dégueuler un arc-en-ciel. Abusé. Et totalement utile. Tu peux aussi faire un face swap. Ouais, j’avoue, échanger mon visage avec celui de mamie, j’en avais toujours rêvé. Après m’être amusée avec l’appli quelques minutes, uniquement pour pouvoir écrire cet article cela va de soi, j’ai demandé à quoi ça pouvait bien servir de s’envoyer des photos retouchées qui s’affichaient moins de 10 secondes et puis s’en va ?

Là elle m’a regardé, l’air de dire t’es sérieuse ? D’abord tu peux faire un replay à la fin de la journée si tu veux revoir des photos. Tu appuies longuement sur le snap en question et tu sélectionnes l’option “Replay”. Tu peux aussi faire ta story, qui peut être vue en illimité pendant 24 heures. Et sinon tu fais un screen, – une capture d’écran pour les non initiés – et elle joint le geste à la parole. Ah donc tu peux enregistrer et conserver un snap ? Oui mais l’expéditeur l’apprend, me dit Louloute. Sauf si tu passes en mode avion, me dit-elle sur le ton de la confidence. C’est du lourd en effet.

Récapitulons : tu envoies à tes amis (en-dessous de 18 ans de préférence) des snaps de ton quotidien en mode « je te fais partager ma vie ». Plus la peine d’écrire comme sur Facebook ou Twitter, plus la peine de taper des SMS avec des listes d’émoticônes longues comme le bras, grâce à Snap tu vas droit au but : tu envoies une image. Plus instantané, y’a pas. Éphémère, ça reste à démontrer. Au cas où, évite tout de même les snaps où t’es bourré voire à poil, mais faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain.

Et justement quand il est dans son bain, Evan Spiegel le PDG de Snap Inc. doit bien se marrer : 700 millions de snaps échangés chaque jour, une entreprise valorisée à 16 milliards de dollars, tout ça pour s’envoyer des photos et des vidéos qui s’autodétruisent Askip*, et tout le monde à l’air de trouver ça géantissime. Cherchez l’erreur.

 

*À ce qu’il paraît