Et toi, tu fais quoi à Noël ?

Bientôt la belle nuit de Noël, la neige étend son manteau blanc – ou pas. Côté cuisine, on fait le plan de table et on dresse la liste des dernières courses. Les greffons en profitent pour glisser quelques suggestions pleines de maltodextrine, de nitrites et de glutamate (E621).

Si tu les laissais faire, ils te feraient des saucisses cocktail Herta en entrée à cause du goût des choses simples, des lasagnes au cheval, parce qu’heureusement il y a Findus, et ils se lèveraient tous pour une Danette au dessert. En gros, ils délégueraient le repas de Noël à Nestlé, Danone et autres conglomérats du food, rois mages des temps modernes qui ne suivent plus l’étoile mais le bâton de berger- celui de Justin Bridou.

Comment leur faire comprendre que l’industrie agro-alimentaire nourrit deux races d’humains : les consommateurs et les actionnaires ? Et qu’elle n’hésite pas à sacrifier la santé des premiers pour mieux nourrir les derniers qui lui sont chers. Très chers.

Heureusement, l’état veille à notre santé. Cochonou n’a pas sitôt fini de parler du bon saucisson comme on l’aime chez nous, que déjà on entend une voix raisonnable mais pressée nous débiter : Pour votre santé, évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé ». Et ça, c’est rassurant.

N’empêche, pour ne pas être le Poulet Loué de la farce, on n’est jamais trop prudent, j’ai tenu bon face aux pressions du lobby familial. Les apéricubes n’ont qu’à bien se tenir et le foie gras Labyerie ne passera pas par moi. Et puis si je dis oui, ne serait-ce qu’à un seul de ces petits amuse bouche croquignolets made in Picard, c’est la porte ouverte à toutes les fenêtres, et ça c’est pas très éco-responsable.

Du coup je pèle mes légumes toute seule sur fond de Jingle Bells qui passe en boucle. Ça m’apprendra à faire simple. Et sinon, toi, tu fais quoi à Noël ?

Tuning de Noël

Trop de déco tue la déco. Mais certains n’ont pas eu le mémo. Persuadés de contribuer à « la magie de Noël » comme ils disent chez Disney, ils surchargent leur maison de décos clinquantes. Et la contagion gagne du terrain.

Les rideaux lumineux grimpent le long des toits et des fenêtres, les Pères-Noël n’en finissent plus d’escalader les façades, les luges et les rennes lumineux ont envahi les pelouses. Ça pique les yeux en plein jour ; à la nuit tombée, ça éblouit. Car les aficionados du LED ne font rien à moitié : ils multiplient les tubes, les guirlandes et les sujets et n’hésitent pas à mélanger les effets de lumière qui vont de l’éclairage bleu pulsé aux guirlandes clignotantes d’un blanc spectral, en passant par les couleurs changeantes de l’arc en ciel. Et d’une année sur l’autre, leur palette s’enrichit.

L’électricité étant quasiment gratuite grâce aux LED, plus rien n’arrête désormais les apprentis décorateurs. C’est Las Vegas dans les rues de Nidorfla. Et il y a de nouvelles recrues chaque année. L’équipe de Marie Claire Maison ferait sans doute une tête d’huître avariée mais c’est parce qu’elle n’y connaît rien à la sous-catégorie « Je décore et ça se voit ». Et puis, c’est bien connu, la nuit on a besoin de lux, pas de luxe.

Furieusement tendance cette année, le spot laser qui projette des flocons de neige et autres Pères-Noël mobiles sur la façade. À quand la maison emballée comme un gigantesque cadeau, façon Christo ? Mais je m’égare, je parle d’art. Si cette tendance se confirme, on pourrait bien voir apparaître un petit train pour promener les badauds ébahis à travers les rues illuminées de Nidorfla. Ne rigole pas, ça se fait déjà à quelques encablures d’ici.

Éclairés ou allumés, ces créateurs d’un nouveau street-art éphémère et saisonnier méritent leur place au paradis. « Heureux soient les Fêlés, car ils laisseront passer la lumière. » Amen.