Mauvais poil

Quand pointent les beaux jours, tombent les poils. Lesquels tombent des nues, au sens propre comme au sens figuré. Il faut dire que, l’hiver aidant, on s’était mis en jachère et on les avait laissé pousser un peu, beaucoup, à la folie, passionnément.

Eux ils étaient en planque, ni vu, ni connu. Mais les poils aux mollets, qui peuvent passer incognitos sous les jeans, sont impensables en été depuis que la guerre a été déclarée aux poilues, et c’était bien avant 14-18. Du coup, on traîne les pieds pour repasser en mode débroussaillage intensif. C’est qu’il s’agit d’arracher d’arrache-pied. Et de souffrir pour être belle, poil aux aisselles.

Car traquer le poil, dans la main ou ailleurs, est un combat de tous les jours. On peut piquer le coupe-chou de son z’homme, ça ne manque pas de piquant même si c’est rasoir. La crème dépilatoire, c’est barbant et réservé à celles qui aiment l’odeur de phacochère mort dans la salle de bain ou qui ont le nez bouché. Pour le traître duvet labial ou le disgracieux poil au menton, y’a que la pince qui en pince mais pour le brésilien, c’est la cire qui est Reine. Laquelle ne provient pas des abeilles mais de certains pins et devrait donc s’appeler résine. Évidemment, c’est moins classieux mais au moins on fait plaisir aux véganes. Sinon dans le genre publicité mensongère y’a la cire au sucre qui n’est pas plus douce que les autres et qui ne se mange pas, pour éviter le poil sur la langue, bien sûr. Il y a aussi le laser, très fasheune, qui cible pile poil le follicule pileux et en profite pour coûter très cher. Hélas, l’épilation n’est pas vraiment définitive, contrairement à la dépense.

Comble de bonheur, ces travaux de sarclage, tonte et élagage sont à reproduire périodiquement. Or si se faire dépiler n’a rien de désopilant, impossible de faire l’impasse sur cette horripilante corvée. A moins de vouloir prendre à rebrousse-poil les idées reçues sur la beauté féminine. Et à s’indigner contre cette féminité censée être lisse et sans poil. Mais ça, c’est un autre combat.

Sacrée croissance !

Adorateurs de la Sainte Croissance, passez votre chemin. Marie-Monique Robin[1] sort du bois et part en croisade pour rallier les fidèles autour de la bannière de la décroissance. Et ils sont de plus en plus nombreux.

La Sainte Trinité – croissance , productivité et compétitivité – a pris un coup dans l’aile. La langue de bois sévit chez nos élus ; la gueule de bois est sévère pour nous. Car la croissance est une bête mi-mythe mi-mystique qui se pique d’être la panacée alors qu’elle est assez en panne. Sont en augmentation le chômage et les inégalités, le reste est en chute libre : état de la planète, santé des populations, moral des troupes. A l’origine du mal : notre consommation effrénée, une addiction qui nourrit la Bête et n’est pas Belle à voir. Ami(e)s du shopping, n’allez pas voir ce film.

Heureusement, il y a de la lumière au bout du tunnel, et je ne parle pas de celle qui nous attend dans l’au-delà : les initiatives se multiplient, porteuses d’espoir et d’idées nouvelles.

A commencer par l’agriculture urbaine qui consiste à faire pousser des laitues aux portes des grandes villes. Ça défrise de voir une bande de jeunes diplômés qui en ont ras la choucroute d’être pris pour des courges et ont arrêté de battre le pavé pour travailler la terre.

Pour laisser les fossiles au placard, certaines communautés se sont lancées dans l’énergie renouvelable : celle du vent, du soleil et jusqu’à la micro-hydroélectricité. Tant mieux, parce qu’avec seulement 60 ans de pétrole devant nous, le réveil va être brut-al.

Enfin, dernier jalon de la décroissance positive : la monnaie locale, qui échappe à toute spéculation et se dépense près de chez nous. Il y a en France au moins 20 monnaies locales qui portent les doux noms de radis,  stück,  sol, éco,  gentiane,  sardine, etc.. De quoi sauver pas mal de petits commerçants et de retirer aux financiers les moyens de nous appauvrir.

La sobriété volontaire est loin de la descente aux enfers promise. Il y a du bonheur à posséder moins lorsque c’est voulu. Il existe des voies de sorties positives de la crise. Laissons nos homme politiques attendre une croissance qui ne reviendra plus et commençons à nous redéployer. Passons au plan B. Pour une fois, je suis d’accord avec notre Président quand il déclare (oct. 2013) : « la reprise c’est maintenant ».

La reprise en main de notre destin, individuel et collectif.

 

[1] Film « Sacrée croissance » par Marie-Monique Robin, disponible en replay sur Arte.

 

 

Je me suis fait un jeûne

Ça y est, j’ai fini mon jeûne : 6 jours sans manger. Même pas faim. Depuis hier : reprise alimentaire progressive sur une huitaine de jours. Après quoi, nous sommes invités à changer nos habitudes alimentaires. Ou pas.

Le jour J, en arrivant au chalet, je suis accueillie par un cocktail de bienvenue : un bol de chlorure de magnésium dilué dans de l’eau chaude. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est un sel très amer, complètement infect, et il faut se concentrer pour ne pas gerber direct. C’est aussi une purge qui va permettre à mes intestins de se vider complètement pour « bien accueillir le temps du jeûne ». Là déjà t’as envie de repartir d’où tu viens. Mais non, le vin est tiré, il faut le boire. Métaphoriquement parlant bien sûr. Tout au long de la soirée de présentation, les curistes se lèvent les uns après les autres pour courir aux toilettes. Le ton est donné : nous allons beaucoup parler pipi-caca pendant le séjour et y a pas à dire, mais ça rapproche.

On nous donne le programme : la journée commence par un jus de légumes puis éveil musculaire et 3 heures de rando, l’après-midi est réservée aux massages, jacuzzi, sauna et petite sieste avant d’enchaîner sur une séance de biokinésie, un bouillon et un temps d’échange. Le stress, quoi. Les animatrices nous « encouragent fortement » à ne pas nous connecter à internet (sglurp) histoire de ne pas nous polluer le mental, d’accompagner le nettoyage organique d’un dépoussiérage des méninges. Heureusement, j’avais déjà piqué le code Wi-Fi. Oh eh Hein Bon !

Sinon, on nous explique aussi comment on va se sentir au fur et à mesure de la semaine, puisque on est en majorité des novices. Alors les deux premiers jours, c’est ambiance maison de retraite : léthargiques et déprimés, l’œil vide et le teint blafard. Le troisième, nous prévient-on, c’est le creux de la vague : on peut avoir une migraine, des nausées, un état dépressif, bref des symptômes désagréables tous azimuts. C’est normal : c’est le corps qui détoxine. La joie. A partir du 4ème, on pète la forme. Limite on veut plus rentrer. Même pas pour manger. Et le 7ème, reprise alimentaire, alléluia.

Alors le premier truc que j’ai constaté : quand tu jeûnes, t’as pas faim. Et c’est une gourmande qui le dit ! Quelques sensations fugitives par ci par là de ventre qui gargouille, certes, mais la faim, la vraie, celle qui te pousse à avaler ton paquet de chips parce que l’hypoglycémie te guette, non. Je m’étais faite à l’idée de supplier pour qu’on me nourrisse après 2 jours. J’étais même prête à aller acheter de la bouffe en cachette. Ben pas la peine. J’étudie sérieusement la possibilité d’y envoyer mon ado la prochaine fois. T’imagines la sensation pour lui : ne pas avoir faim ? Inédit, y’a pas d’autre mot.

Côté énergie, c’est sûr on est un peu flagada. Les neurones aussi fonctionnent au ralenti. Mais ça c’est pas vraiment nouveau pour moi. Pour pouvoir marcher nos 3 heures réglementaires, on nous « dope » avec un verre de jus de légumes dilué, qui tient plus du demi-verre modèle dégustation d’ailleurs. Interdit de piquer celui du voisin et inutile de demander du rabe. Ça suffit pour nous donner le coup de fouet (relatif, hein, c’est pas les 50 nuances de Grey non plus) qui va nous faire mettre un pied devant l’autre et recommencer. On fait même des grimpées – poussives – puisqu’il faut transpirer.

Car le troisième maître mot du séjour, après ne rien manger et marcher, c’est é-li-mi-ner. Et pour ça, tous les moyens sont bons : marcher vaillamment, boire abondamment, s’arracher la peau au gant de crin, rôtir au sauna, et pratiquer le fin du fin, l’incontournable et incomparable poche à lavement. Comme je suppose que vous n’êtes pas des habitués de la chose, laissez-moi vous dire à quel point l’expérience est intéressante. Une fois passée la canule, en tout cas. Et les retours sont sidérants compte tenu du fait que nos intestins sont censément vides.

Bref, c’est une semaine pleine d’enseignements, qui passe finalement très vite. La reprise alimentaire se célèbre comme il se doit avec un apéritif de jus de légumes, de chips de tomates et de tapenade à l’ail des ours suivi de grands bols de salades ultra colorées et d’un carpaccio d’ananas-fraise. Un repas de roi que l’on savoure lentement, dans l’ambiance douce-amère du départ.

Je ne sais qu’une chose : je ne me suis pas sentie aussi bien dans ma peau depuis fort longtemps. Alors c’est sûr, ce n’est qu’un au revoir, on se retrouvera.

 

Descente alimentaire

Ça y est, j’ai commencé ma descente alimentaire pré-jeûne. Rassurez-vous : c’est aussi désagréable que ça en a l’air. Parce que rien manger (comme dans pas du tout) pendant une semaine ça peut paraître ardu, mais manger de moins en moins quand tout le monde s’empiffre autour de vous, limite ça mérite une médaille ! Mais pas en chocolat.

On nous a demandé de passer direct végétalien 6 jours avant le début du jeûne. Alors supprimer la viande, pas de problème : je suis végé sur les bords. Même si les bords sont larges – parce que je suis aussi un peu alsacienne et ça c’est un gros handicap question végétarisme. La cochonnaille, ça fait partie de notre ADN, et maintenant qu’on partage la même région que la Lorraine, je peux enfin avouer aimer leur Quiche sans passer pour une tarte. Mais revenons à nos moutons, enfin plutôt à nos vaches à lait, puisqu’il fallait aussi renoncer aux laitages qui, contrairement aux apparences, ne sont pas tout blanc. Jusque là, je buvais du petit-lait, rapport à mon désamour de longue date pour les produits laitiers. Nos prétendus «  amis pour la vie » sont surtout les potes à Danone auxquels je préfère les Pom’Potes quitte à passer pour une gourde. J’ai tout de même pâli quand il a fallu inscrire les fromages sur la liste noire au motif que fromage et lait c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Entre la poire et le fromage, c’est la bonne poire qui gagne et ce n’est pas la Vache qui rit. De toutes façons, déguster de but en blanc un Bleu sans le rouge, c’est faire un repas en demi-teinte. Autant annoncer la couleur et s’en passer complètement. Je ne broyais pas du noir mais je commençais à voir rouge. Surtout quand les greffons se faisaient un Caprice et sortaient de la boîte un fromage pour s’en mettre plein la panse. Je sais, c’est laid.

Là où j’ai commencé à en voir de toutes les couleurs, c’est quand il a fallu éliminer les féculents et les sucres 3 jours plus tard. Avec une tête longue comme un jour sans pain, j’ai regardé la marmaille se gaver de tartines au petit-déjeuner pendant que je mangeais un kiwi pour me mettre au vert. A midi, je les ai laissés se dé-pâtes-ouiller avec le plat de nouilles car mes carottes, les grosses légumes du dessus du panier, étaient cuites et c’était donc râpé pour déjeuner en paix. Au dîner, j’en avais gros sur la patate à les voir s’enfiler une purée et j’avais beau me raconter des salades, je ne salivais pas à l’idée de me faire un chou blanc. C’était la fin des haricots et j’avais encore deux jours à tenir. Sans compter qu’entre le gros rouge et le petit noir, ça faisait beaucoup de plaisirs qui m’étaient sucrés. Je trouvais la note salée et commençait à compter les jours où j’allais passer au jeûne à proprement parler. Se réjouir d’être à la diète, qui eut crû que cela m’arriverait ?