Smoking – no smoking

Que faire quand on réalise que son ado fume ? Et je parle ni de crapoter, ni de vapoter, mais bien de fumer… du tabac. Et de sentir la cigarette. Et d’avoir la toux du fumeur. Et de dépenser tout son argent de poche dans ces maudites clopes. Et de faire désormais partie des statistiques du cancer lié au tabac.

Déni, lamentations, chantage, consternation puis retour à la raison. Je m’informe et j’essaie de comprendre. Sur le site gouvernemental www.tabac-info-service.fr, ils donnent 6 conseils aux parents dont l’enfant fume :

1) Ne soyez pas indifférent à la consommation de tabac de votre enfant. Un adolescent doit sentir que ses parents ne ferment pas les yeux et s’inquiètent pour son avenir.

Moi, en mode psy
« Je m’inquiète de te voir fumer, tu tousses beaucoup »
Lui
« T’inquiète pas, j’arrête quand je veux »
« Ben arrête alors ? »
« Heu, c’est toi qui veux qu’ j’arrête, pas moi »
Merci Françoise Dolto

2) Parlez-lui du tabac en général et de sa consommation, avec calme et sans hausser le ton.

Moi, en mode militante
« J’ai lu quelque part que 50% des jeunes de 18 à 22 ans fument et que s’ils persistent, un sur deux mourra prématurément d’une maladie liée au tabac ! Ça fiche la trouille, non ? »
Lui
« Maman, c’est pas avec quelques cigarettes par jour que je vais me choper le cancer ! »
« C’est ce qu’ils disent tous avant de mourir »
« Maman, t’es reloue grave ! »
« Ben toi t’es grave débile ! »
« Écoute fumer, ça me déstresse. D’ailleurs, si tu pouvais sortir de ma chambre, je serais moins stressé et j’aurais moins envie de fumer »
Sans hausser le ton, ils avaient dit.

3) Maintenez l’interdit de fumer au sein de la maison.

Moi, en mode suspicieuse
« Tiens c’est drôle, ça sent la cigarette dans ta chambre… »
« Ouais, j’étais au Kebab, ça pue grave la clope »
On peut vraiment pas les claquer un peu ?

 4) N’essayez pas de le contraindre à arrêter.

Lui, en mode furax
« C’est toi qui m’a piqué mon paquet de clopes ? »
Moi
« Non, mais j’approuve celui qui l’a fait »
« Pfff… n’importe quoi ! J’vais en griller une pour me détendre »
CQFD

 5) Calculez avec lui ce qu’il dépense en cigarettes.

Moi, en mode éco
« La moitié de ton argent de poche part en fumée. Tu imagines ce que tu pourrais t’acheter avec ? »
Lui
« Ben justement rien, puisque j’ai pas le droit de sortir. »
Rien qu’une toute petite claque ?

6) Abordez ensemble la question de la dépendance.

Moi, en mode philo
« Tu es conscient qu’en fumant tu deviens dépendant et du coup adieu la liberté ? »
Lui
« La liberté, mais quelle liberté ? Parce que si je ne fumais pas je pourrais sécher les cours ou dormir toute la journée ? »
Soupirs

Comme dirait mon père : Article 1 : le tabac est un poison. Article 2 : tant pis.

    

Syndrome du Lapin Blanc

Depuis la rentrée des classes, je fais mon syndrome du Lapin Blanc. Attention, hein, pas le vrai syndrome du lapin, vachement inquiétant, mais celui qui consiste à s’agiter dans tous les sens tout en étant constamment à la bourre. Sur fond d’inscriptions aux activités extra-scolaires et de réunions de rentrée, dans le cadre peu enthousiasmant de la reprise générale et de l’ajustement aux nouveaux rythmes scolaires (voir mon post « Arythmie scolaire »).

« Je vais où aujourd’hui ? » me demande le petit, attablé devant ses tartines matinales. Moi non plus j’ai pas encore intégré le nouveau planning. Je prends le calendrier familial :
« Alors aujourd’hui je te cherche à midi (c’est la Roumanie dans le frigo → courses impératives)
… après l’école, t’as Atelier en allemand avec la nouvelle animatrice (Oups, c’est moi qui l’accueille et la présente aux enfants  me munir de la liste desdits élèves)
… ensuite je te dépose aux Arts du cirque ( prévoir la tenue de gym et ne pas oublier le dossier d’inscription avec le certificat médical que j’ai mis 2 heures à obtenir hier)
… ensuite je reviens te chercher (j’ai une heure de battement  aller acheter les baskets à semelles non marquantes ?)
… et après … j’ai une réunion de rentrée avec le groupe théâtre de ta sœur ( prévenir que je vais arriver en retard + prévoir goûter)
… et enfin on rentre ( demander au grand de cuire les pâtes) »
Je me demande si je ne devrais pas investir dans des post-it de couleur.
« Et demain, j’ai quoi ? »
« Multisports, rendez-vous chez le dentiste avec ta sœur et réunion de rentrée avec tes deux maîtresses ( prévoir goûter, acheter pizzas) »
« Et la musique, c’est quand ? »
« Samedi matin ( acheter le livre de formation musicale demandé par la prof.) »
« Et l’anniversaire de mon copain ? »
« Samedi après-midi ( prévoir cadeau). »
Juste quand j’allais lui dire de se taire et de finir son petit-déjeuner (→ penser à acheter des céréales, c’est plus rapide le matin), son frère aîné passe en coup de vent dans la cuisine :
« Maman, si tu passes en ville, t’oublies pas de m’acheter Objectif Bac, hein ? »
Et sa sœur n’est pas en reste  :
« Il faudra aussi renouveler mon abonnement de bus à l’occasion, hein maman ? »
Quand la bourrasque est passée, z’Homme débarque tranquillement dans la cuisine, frais comme un gardon.
« Je sais pas toi, ma chérie, mais j’ai trouvé cette rentrée assez cool finalement. On stressait vraiment pour rien »
Je rajoute mentalement à ma liste :  inscription à un cours de yoga ou de sophro.

Comme dirait mon père : parfois, mieux vaut un malentendu qu’un silence compris.

 

  

Arythmie scolaire

Dans le charmant village de Nidorfla, 3765 habitants, on a adopté la réforme des rythmes scolaires. À reculons et non sans avoir mené une vaillante bataille. Trêve de plaisanterie a dit Mme Vallaud-Belkacem, les maires récalcitrants seront mis à l’amende. On n’a pas osé la désobéissance civile. Maintenant, on ne peut que déplorer les effets pervers de cette mesure.

Le réveil en douceur et plus tardif du mercredi a été remplacé par la sonnerie stridente et implacable du réveil.
« Il est l’heure de se lever » dis-je à mon petit dernier, frappé de plein fouet par cette mesure destinée à alléger son rythme scolaire. Je suis à peine plus réveillée que lui.
« J’veux pas aller à l’école »
« Et tes copains alors ? Ils vont s’ennuyer sans toi ! » (je sais, c’est vaseux, mais j’ai pas encore bu mon café)
« J’veux quand même pas aller à l’école »
Après les mesures habituelles de supplication, chantage puis engueulade, il se lève. Le mercredi commence fort. Mais je me dis que ça vaut le coup de le lever un jour de plus dans la semaine et d’essuyer sa mauvaise humeur puisqu’il aura des journées moins chargées le reste du temps.
« Je t’ai préparé ton pantalon, habille-toi »
« Nan, j’veux pas mettre çui-là, il est moche »
« Bon alors mets le bleu »
« Nan pas le bleu ! »
Après les mesures habituelles de supplication, chantage puis engueulade, il s’habille.
« Tu veux une tartine de fraise ou d’abricot ? »
« J’veux du Nutella »
« Ben y’en a pas, alors c’est ça ou rien »
« J’veux rien »
Après les mesures habituelles de supplication, chantage puis engueulade, il mange.
« Mets tes baskets, on y va »
« J’veux encore jouer »
« Arrête de me faire parler et mets-les, tes baskets »
« Elles me font mal »
Après les mesures habituelles de supplication, chantage puis engueulade, il s’habille et on part. Je suis à cran, j’ai l’impression d’avoir déjà une journée de travail derrière moi, mais je me dis qu’au moins il aura des matières essentielles ce matin et du coup il sera plus reposé le reste du temps.
Sur le chemin de l’école, je lui demande :
« Tu as quoi ce matin ? »
« Sport »
« Tu as du mal comprendre mon kiki, le matin c’est réservé à l’écriture, au calcul, … »
« Non, la maîtresse elle a dit qu’on fait sport aujourd’hui »

Je récapitule : 1) le mercredi est devenu la même course contre la montre que les autres jours de la semaine, exit la pause qui s’imposait en milieu de semaine 2) l’argument des matières essentielles étudiées le matin ne semble pas résister à l’épreuve des faits 3) certes les enfants finissent l’école à 15h30 mais très peu sont cherchés à cet horaire parce-que – allô – les parents travaillent. De facto, la plupart des enfants restent en collectivité comme avant, ce qui n’allège guère leur rythme 3) les activités extrascolaires ont aussi lieu le samedi matin désormais, on lève donc les enfants 6 jours sur 7.

Comme dirait mon père, si les cons n’existaient pas, il ne faudrait surtout pas les inventer.

Petit week-end entre amis

Z’Homme a fêté ses 50 ans. Avec ses amis. Et avec les amis de ses amis qui ont fêté, eux, 40 ans. J’ai eu la joie et le privilège de coordonner toutes les festivités de ce triple jubilé. Et jubilations, il y eut !

Du rallye dans le souk, qui restera dans les annales en matière de marchandage, à la soirée marocaine, où les belles Shéhérazade ont envouté leur z’Homme respectif en djellaba, des jeux en équipes, inévitablement clôturés de gages hilarants, aux témoignages vidéo émouvants : oui, un fabuleux week-end, digne des 1000 et 1 nuits. Et puis, le cadre était à la hauteur de l’événement : un beau Riyad en plein cœur de la médina avec le soleil en invité permanent, un bassin pour se rafraîchir, un solarium pour lézarder, les odeurs et les couleurs du pays berbère. En l’absence de nos Chers Boulets, nous avons tous retrouvé l’enfant en nous, et quel bien ça fait ! Cette insouciance, ce laisser-faire et ce lâcher prise quand on se retrouve entre adultes, heureux d’être là et de faire la fête.

il y a eu, tout au long de ce week-end, une incroyable harmonie entre les 21 personnes que nous étions, toutes réunies autour du même objectif : célébrer l’amour et l’amitié qui nous relie les uns aux autres depuis 10, 20, 30 voire 40 ans. Il y a des moments dans la vie où le temps s’arrête, ou l’horloge cesse de tourner, ou le moment présent est si fort qu’on l’habite pleinement. Je ne vous remercierai jamais assez, mes chers amis, d’avoir co-créé avec moi cet instant d’éternité.

On se donne rendez-vous dans 10 ans ?

Rentrée des grands et des petits

A chaque rentrée, c’est plus fort que moi : j’ai une irrépressible envie de tenir la main à mes enfants et de franchir la grille de l’école à leurs côtés. Nostalgie ou syndrome de la mère poule ? Qu’importe puisqu’ils ne l’entendent pas de cette oreille.

Je demande à mon aîné qui passe en terminale, funeste année du bac :
« Je peux t’accompagner à la rentrée demain ? » (ton interrogatif-sceptique)
« Maman ! » (l’ado, excédé)
« Ben quoi, moi de mon temps, les parents venaient encore avec ! Enfin, pas toujours, mais quand même… » (je me dis que les temps ont changé)
« Ouais, c’est normal, c’était il y a trois siècles, si tu remontes un peu plus loin en arrière, y’avait même des dinosaures » (l’ado qui sort ses griffes)
« Pfff… » (c’est bien ce que je disais : on comparait pas nos parents à des dinosaures. Bon, parfois on le pensait très fort, mais quand même)
Je me tourne vers la cadette qui, elle, ne fait « que » passer en 5ème:
« Demain, pour la rentrée, je t’accompagne, hein ? » (ton interrogatif-dubitatif)
« Ah non maman, tu viens pas avec moi, c’est trop la honte ! » (la pré-ado, outrée)
« Parce que tu as honte de moi maintenant ? » (je me dis que finalement les temps n’ont pas changé)
« Aucun autre parent ne vient, alors oui, c’est la honte, si toi tu viens. Et puis pourquoi tu peux pas faire comme tout le monde ? »
Je regarde mon petit dernier qui devient un grand ce matin puisqu’il fait sa rentrée en primaire et je me dis, soulagée, que, lui au moins, il a encore un peu besoin de moi.
« Prêt ? Allez, on y va ! » (ton affirmatif-assertif)
Il appréhende la rentrée et ne me lâche pas d’un pouce. Arrivé dans la cour de l’école, il s’accroche de plus en plus à ma main, voire s’y suspend. Un peu plus il me démettrait le bras. Quand tout à coup :
« Tu as vu maman ? Mes copains sont là ! »
Je n’ai pas le temps de répondre que déjà il me lâche la main et va vers eux, tout guilleret. Je le suis des yeux jusqu’à ce qu’il se mette en rang à l’appel de son nom. Sans un regard pour moi.
Je dois me forcer à me rappeler les paroles du Prophète « Vos enfants ne sont pas vos enfants, et bien qu’ils soient de vous ils ne vous appartiennent pas. »

Comme dirait mon père : mieux vaut lâcher nos enfants avant qu’ils ne nous lâchent.