La télé et la réalité

Les enfants ont le chic de nous mettre devant nos contradictions. C’est très agaçant. Pour avoir le dernier mot, tous les moyens sont bons. Y compris de couper court à la discussion.

Le petit m’interpelle en plein milieu du pliage de linge :
« Maman ? »
« Oui ? » (en train de plier le linge, esprit occupé)
« Eh ben tu sais, Léo c’est plus mon copain »
« Ah bon ? » (réponse machinale, esprit toujours occupé)
« Ben non pasqu’y voulait mon avion, mais moi j’avais pas envie de lui prêter »
« En même temps, si tu prêtes pas tes affaires … » (sans conviction, esprit pas encore disponible)
« Oui mais toi t’as dit qu’on est pas obligé de prêter si on veut pas »
« J’ai dit ça ? » (esprit enfin disponible)
« Oui, même que t’as pas voulu me prêter ton téléphone quand on était aux courses »
« Euh … quand ça ? » (attentive à 100%)
« Ben hier, quand on était aux courses »
« Oui mais c’est pas pareil, c’est des affaires de grand, j’avais peur que tu le casses » (rationnelle)
« Ben alors pourquoi t’as pas prêté ta voiture à papa ? T’avais peur qu’il la casse ? »
« Euh non, là c’était autre chose » (embêtée)
« C’était quoi ? »
« C’était parce que ma voiture elle est toute neuve, que j’avais envie de rouler avec, bref, j’avais envie de la garder pour moi, pour une fois que j’ai une voiture neuve !» (sur la défensive)
« Ben ouais, c’est comme moi avec mon avion quoi… »
« Dis, tu veux pas aller voir la télé ?  Je crois qu’il y a les Tortues Ninja à cette heure » (agacée et même pas honte)

Comme dirait mon père : la télé tue la communication. Parfois, c’est une bonne chose.
    

Comme à l’hôtel

Vous avez remarqué comme on se recycle en propriétaire d’un hôtel–restaurant-pressing-taxi quand nos enfants grandissent ?
Ma fille me dit qu’elle aimerait aller chez une copine samedi. C’est pour un anniversaire.

« D’accord. »
« Ah, au fait, ça commence assez tôt le matin, vers 9h30, le temps de tout préparer. J’ai promis de donner un coup de main. »
« Ben en effet, c’est aux aurores*. »
« Tu pourras m’emmener ? »
« Heu, ben d’accord. »
« Du coup, je ne mange pas avec vous à midi. »
« Heu, ben non, en effet. C’est dommage, j’avais prévu des lasagnes, puisque tu les aimes. »
« C’est pas grave, vous m’en laisserez. Et le soir comme je sais pas à quelle heure ça va finir, ce serait bien que je passe la nuit là-bas. »
« Ah ? »
« D’ailleurs, il me faudrait la tenue que j’aime bien, avec le short en jeans et le t-shirt venice beach qui se noue devant. Ils sont au linge. Tu feras une machine d’ici là maman ? »
« Ben, je vais y penser. »
« Non, vraiment, il me les faut. Je peux rien mettre d’autre. Mes copines ont déjà vu toutes mes autres tenues. Ah et pour dimanche, tu peux me chercher entre 11h et midi ? Pas après hein ? Pas comme la dernière fois où tu es arrivée en retard et ça m’a fichu la honte !»
« En même temps c’est aussi dimanche pour moi, hein ? »
« Au fait, on mange quoi dimanche midi ? »
« Nous, j’sais pas encore, mais toi le reste de lasagnes. Et prie pour qu’il en reste. »
Comme dirait mon père : quand on est trop bonne pâte, on risque de finir dans le pétrin.

*NDLR : pour un samedi matin

    

Chante toujours, tu m’intéresses !

Vous avez remarqué que c’est impossible de chanter avec les enfants ?

L’autre matin, j’emmène le petit dernier à son cours de batterie et pendant le trajet en voiture, je commence à fredonner une chanson que j’ai visionnée ce matin sur Youtube. Je sais, c’est Céline Dion, et oui, c’est plein d’émotions. D’ailleurs je ne peux m’empêcher d’être émue en chantant à tue-tête For all the truth that you made me see quand soudain, j’entends cette petite voix flûtée que j’aime bien en temps normal, mais qui me dérange là, tout de suite : « Maman ? ». Je continue à chanter en me disant il va comprendre que c’est pas le moment, hein ? Mais non « Maman ! ». Je m’obstine à l’ignorer et reprend un cran plus haut For all the joy you brought to my life. Mais la voix n’en reste pas là et répète avec une nette impatience : « Maman !! » puis « Mamannnnnn … je veux te dire quelque chose-eu ». J’allais entonner For all the wrong that you made right mais la moutarde me monte au nez.

Que pensez-vous que je fis ?

Craquer pour un fondant

Vous avez remarqué que nos enfants ont la fâcheuse tendance à engloutir la petite douceur que l’on s’était mise (subrepticement) de côté ?

Je m’étais réservée un moelleux au chocolat, planqué dans le bac à légumes du frigo. Sur un paquet de 4, ça ne me paraissait pas exagéré. Oui, je sais, on est 5, mais quelqu’un d’autre peut se sacrifier pour changer, non ? Alors le moelleux, c’est le truc au cœur fondant qui se mange tiède, pour que le chocolat se barre quand vous plongez la cuillère dedans. Je vous ai mis l’eau à la bouche ? Ben changez votre visuel parce que quand j’ai ouvert le frigo, il n’y était plus ! Après enquête, c’est mon ado de service qui se l’était goinfré vite fait en rentrant du lycée. « Ben quoi, y avait pas ton nom dessus ! ».
Je l’ai envoyé m’en chercher un autre au P’tit Casino du coin, et fissa. Faut pas exagérer tout de même.
Comme dirait mon père : « ils nous tondraient la laine sur le dos. »

Tout un cirque

Vous avez remarqué comme nos enfants savent nous culpabiliser, l’air de rien ?

L’autre soir, ma fille avait sa dernière séance d’arts du cirque. Clôture de l’année scolaire oblige. Je suis la seule maman à n’avoir pas compris que les parents étaient « invités » à accompagner leur enfant (en décodé, fallait venir). Donc quand elle est rentrée j’ai eu droit à : « Pourquoi t’es pas venue maman ? ». Jusque là ça va. J’ai même répondu très posément : « Ben voyons ma chérie, c’était pas pour les parents ». Et là, réponse cinglante de l’intéressée qui croise les bras pour plus d’effet : « Ben justement, si, et t’étais de nouveau la seule à pas être là. » Dans cette petite phrase que les non-mamans auront peut-être du mal à trouver toxique, il y avait trois coups de griffe : 1) tu n’étais pas là 2) tu étais la seule absente et 3) de nouveau.

Ouch. J’ai opté pour le signe universel du « c’est-pas-grave-et-d’ailleurs-j’en-m’en-fiche-un-peu » : j’ai haussé les épaules.

Comme dirait mon père : « la parole est d’argent, le silence est d’or. »